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    Danielle Palardy-Roger, fondatrice du Vivier

    La musique nouvelle avait besoin d’un lieu

    24 janvier 2015 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboratrice | Musique
    La compositrice, percussionniste et improvisatrice Danielle Palardy-Roger
    Photo: Céline Côté La compositrice, percussionniste et improvisatrice Danielle Palardy-Roger
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Tout le milieu en est certain : sans elle, Le Vivier ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui et surtout, surtout, il ne pourrait pas s’enorgueillir d’avoir enfin, avec son installation au Gesù début janvier, un lieu, une salle, un carrefour de rencontres pour tous les professionnels et amateurs de musiques nouvelles. Elle, c’est Danielle Palardy-Roger, compositrice, percussionniste, improvisatrice et grande défenseuse du bruit comme partie intégrante de la pratique musicale. Fondatrice du Vivier, elle a présidé à sa destinée depuis ses débuts, avant de passer le témoin, l’automne dernier.


    « Elle n’arrivait pas à croire que les musiques nouvelles ne parviennent pas à avoir un lieu à elles. Elle a réuni le milieu derrière cette idée, raconte Pierrette Gingras, directrice générale du Vivier. Il y a juste elle qui aurait pu faire ça. Son caractère de rassembleuse et le respect qu’elle peut aller chercher chez tous les membres ont véritablement joué. C’est quelqu’un d’admirable. Elle n’est pas glamour, elle ne se met pas de l’avant, elle n’a pas cherché son profit personnel. Nous sommes un milieu qui n’était pas nécessairement habitué à la solidarité, poursuit-elle. Le milieu musical travaille plutôt de manière individuelle. Elle a réussi à amener la confiance chez chacun avec une vision très centrée sur le besoin, c’est-à-dire un lieu. Elle est parvenue à convaincre tout le monde qu’il ne fallait pas se contenter de petites choses. Résultat : nous venons d’emménager au Gesù ! »

     

    Lorsque, en 2007, Le Vivier voit le jour, le milieu des musiques nouvelles est en plein désarroi. Deux organisations avaient été mises sur pied par le passé pour tenter d’obtenir une salle de concert dédiée, mais en vain. Et puis, au début des années 2000, Radio-Canada, l’un des rares organismes à faire rayonner ce genre musical si particulier, se met à en diffuser et à en parler de plus en plus.

     

    « On l’a ressenti très vivement, se souvient Danielle Palardy-Roger. Nous avions déjà commencé à organiser des tables sectorielles, au Conseil québécois de la musique, pour essayer de mettre en place des outils qui nous permettraient de mieux faire rayonner les musiques nouvelles, qu’elles soient actuelles, contemporaines ou électroacoustiques, qu’il s’agisse d’interprétation ou d’improvisation. Toutes nos discussions aboutissaient toujours au même constat : il nous fallait une salle où se réunir, discuter, présenter des activités, des conférences. C’était une question de vie ou de mort. »

     

    C’est à l’automne 2007 qu’a lieu le premier grand rassemblement Montréal, métropole culturelle 2007-2017. Pour Mme Palardy-Roger, c’est une évidence, il faut y être présent, faire du bruit, montrer à toutes les instances gouvernementales à quel point il est urgent de soutenir la diffusion et la création des musiques nouvelles.

     

    « Ç’a été l’événement déclencheur et, pour moi, le grand motivateur pour réunir toutes les troupes afin de nous assurer une visibilité dans la ville, raconte-t-elle. La danse avait son tremplin, avec l’Agora de la danse, le théâtre de création avait ses lieux. La musique nouvelle n’avait pas le sien et on le ressentait comme une grande blessure. Or ce jour-là, lorsque j’ai pris la parole devant toutes les instances gouvernementales, pour la première fois, nous avons eu l’impression d’être écoutés. Christine St-Pierre, qui était ministre de la Culture à ce moment-là, est venue personnellement me voir pour me dire que notre situation l’intéressait et qu’elle allait nous soutenir. »

     

    La route allait cependant être encore longue… Il a fallu évaluer les besoins administratifs et techniques, bâtir un argumentaire, définir ce que serait le regroupement aussi, monter des dossiers, frapper à toutes les portes, faire du lobbying, ne rien lâcher, recommencer chaque fois que les gouvernements tombaient à Québec.

     

    « La première année, le comité exécutif s’est réuni 180 fois, se souvient Mme Gingras. Et tout cela, bénévolement ! La direction était collective. L’objectif était de développer notre milieu tout en restant pluriel au niveau de l’esthétique, de l’artistique. Définir les conditions qui nous conviennent à tous, trouver un fonctionnement qui nous convienne à tous. Danielle avait cette vision, elle allait toujours au fond des choses, elle a une capacité d’écoute exceptionnelle. Elle a agi assez discrètement et très démocratiquement. Et avec les résultats qu’on connaît. »

     

    Ainsi, depuis le début de l’année, Le Vivier a ses bureaux au Gesù, où les musiciens peuvent également tenir leurs réunions artistiques. En outre, l’amphithéâtre leur est réservé 105 jours par an, soit une semaine par mois environ, et les cinq autres salles, une vingtaine de jours par année, à commencer par ce dimanche, à l’occasion de la journée portes ouvertes, destinée à mieux faire connaître les musiques nouvelles au grand public.

     

    « Avoir notre salle, c’est déjà un bon bout de chemin parcouru, estime Danielle Palardy-Roger. Mais il en reste encore à faire. D’abord, il faut qu’on s’implante au Gesù, qu’on y devienne incontournable. La scène montréalaise est exceptionnellement dynamique en matière de musiques nouvelles. Nous avons une reconnaissance internationale, tant du point de vue de la création que de la production. Il faut maintenant que, dans la tête de tous, nous soyons associés au Gesù. Que si quelqu’un veut un soir aller écouter ce type de musique, il sache où aller. »

     

    Un objectif que la compositrice laisse le soin à d’autres de mener à bien maintenant.

     

    « Avec l’obtention du Gesù, elle a considéré que la boucle était bouclée, commente Pierrette Gingras, tout en la remerciant au nom de tous les membres du Vivier pour tout le travail accompli. Durant ses six derniers mois de présidence, nous avons travaillé à ce que l’élan ne retombe pas. C’est une nouvelle époque qui s’ouvre et nous sommes tous prêts à entrer en phase 2. »













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