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Vitrine du disque - Des cadeaux pour les Fêtes

Depuis plusieurs années, les fêtes sont l'occasion, pour les éditeurs de disques, de proposer au consommateur des coffrets de rééditions parmi lesquels le consommateur avisé peut trouver de véritables perles à très bas prix. Les plus élégants parmi ces coffrets évacuent toute matière plastique, au profit de beaux albums cartonnés peu encombrants. Deux labels sont à la pointe de cette activité: Universal et EMI.

Le label anglais propose cette année deux collections intéressantes: les budget boxes d'EMI et les coffrets 4 Pleasure de Virgin Classic. Parmi les premiers, deux incontournables sur cinq références : l'oeuvre pour piano de Satie dans la seconde intégrale (1983-1986) d'Aldo Ciccolini (5 CD 72435 85602 20M) et la boîte rassemblant notamment les enregistrements des grands Quatuors de Mozart par le Quatuor Alban Berg, une référence gravée dans des conditions techniques optimales entre 1986 et 1990 (7 CD 72435 85581 28M). Très raisonnables quant au prix (4 CD pour le prix d'un) et bénéficiant d'une belle présentation, les huit coffrets 4 Pleasure de Virgin sont presque tous recommandables. Ne serait la prise de son, trop réverbérée, la collection de Quatuors de Beethoven par les Borodine figurerait dans le trio de tête, constitué du coffret de Cantates et Messes de Bach par Philippe Herreweghe (72435 62252 20M), de la réunion des CD Caldara, Bononcini, Haendel et Alessandro Scarlatti du contre-ténor Gérard Lesne (72435 62247 28M) et d'un très beau coffret de Concertos et Sonates de Haydn et Mozart par Mikaïl Pletnev, à l'impeccable classicisme (72435 62259 23M).

Chez Universal, la bonne aubaine est une compilation des grands enregistrements de sonates (Beethoven, Brahms, Schumann, Prokofiev...) par Gidon Kremer, dont la plupart réalisés en partenariat avec Martha Argerich. Il y a là des références absolues (les Schumann et les Prokofiev, par exemple) et, surtout, plus de neuf heures de musique «à l'adrénaline» (DG 8 CD 474 648-2). Pour les amateurs d'un Bach sensuel et romantique, il faut mentionner le coffret des Sonates, Partitas et Suites pour violon (Shlomo Mintz) violoncelle (Mischa Maïsky, premier enregistrement), et guitare

(Göran Söllscher dans des transcriptions d'oeuvres pour luth). Une extrapolation stylistique, mais qui peut plaire aux âmes sensibles (DG 6 CD 474 641-2).

Le distributeur SRI nous propose cinq rééditions de fêtes du label Naïve consacrés à Jordi Savall (E 9986), Pierre Hantaï (E 8891), Fabio Biondi (OPS 30389), le Quatuor Mosaïques (E 8889) et Grigory Sokolov (OPS 30388). Les coffrets Savall et Biondi peuvent s'acheter les yeux fermés, celui de Pierre Hantaï s'adresse aux amateurs de clavecin musclé.

Qui dit «coffrets», aujourd'hui, dit Brilliant Classics, le spécialiste des réédition à bas prix réalisés sous licence. Outre une activité de vendeur de disques au poids (des intégrales Mozart, Beethoven et Vivaldi...), Brilliant est également un éditeur de plus en plus avisé. Parmi les choix intéressants sur ce label on mettra en avant les deux intégrales Chostakovitch - Symphonies par Rudolf Barshaï (11 CD référence 6324) et Quatuors par le Quatuor Rubio (5 CD 6429), - les deux coffrets du Quatuor Stamitz (Quatuors de Dvorak - 10 CD 99949 - et de Martinu,Smetana et Janacek - 5 CD 6473), ainsi que le très précieux coffret de l'oeuvre chorale de Mendelssohn par le choeur de chambre d'Europe dirigé par Nicol Matt (10 CD 99997), qui déçoit, par contre, dans une intégrale des Messes de Mozart par le choix discutable de solistes.

Le nec plus ultra, mais à un tout autre prix, la perle absolue pour les discophiles en cette fin d'année 2003, est un coffret édité par l'Orchestre du Minnesota pour son centenaire: 12 CD d'archives, d'autant plus passionnants que l'orchestre eut pour chefs des démiurges de la trempe de Mitropoulos ou Dorati. Mais même les enregistrements récents sont parfaitement choisis, avec une suite de Ma Mère l'Oye de Ravel à faire pleurer par... Charles Dutoit en janvier 2003 et des extraits de Peer Gynt de Grieg par Osmo Vänskä qui pulvérisent l'entière discographie. Ce coffret est en vente directement auprès de l'orchestre (voir www.minnesotaorchestra.org et suivez les liens).

Christophe Huss

***

Jazz

Live At The Birdland

Dave Holland

ECM

Le contrebassiste Dave Holland est prolixe. Il travaille beaucoup. Lorsqu'il ne promène pas son quintet aux quatre coins du globe, il dirige son big-band ou prête son talent d'accompagnateur sûr et constant à ses amis musiciens. Aujourd'hui, il nous propose un double album enregistré live au Birdland à New York.

Et alors? C'est l'ennui. Total, absolu. Les compositions sont soporifiques. Le jeu des protagonistes est d'une froideur polaire. En fait, à l'écoute de cet album, on comprend pourquoi des gens vous interpellent parfois en clamant que «le jazz est ben platte». Cet album a confirmé au moins une chose: Chris Potter est un saxophoniste qui a beau être un as de la pyrotechnie, il n'a aucun son. Cet album est un album de bons étudiants qui sont restés de bons étudiants. Soit dociles et bien gentils. Amen!

Serge Truffaut

***

Pop

THE ESSENTIAL

Simon & Garfunkel

Columbia/Legacy (Sony)

Oui, je sais, quand on les regarde d'aujourd'hui, tels qu'ils s'affichent sur cette photo de 1967 au recto du petit dépliant qui tient lieu de livret, on rigole. Petit Paul le pince-sans-rire, Artie le frisé filiforme, deux mauviettes du Queens d'allure si prétentieusement intello qu'on a le goût de taper sur le premier en se servant du second. Plus mou, pour ne pas dire plus moumoune, tu t'appelles John Denver. N'empêche. Prétentieux, ils avaient de quoi l'être. Pour ce qui est d'entrelacer des mélodies, pour ce qui est de marier des voix, ces lavettes formaient un sacré couple (et John Denver n'était pas non plus un mauvais chanteur, comme quoi on ne peut vraiment pas se fier aux apparences). «Two-part harmony, there's nothing better», affirma un jour Art Garfunkel, et il avait bien raison: deux timbres qui vibrent ainsi l'un par rapport à l'autre, ça tient de la preuve de l'existence de Dieu. Moi, quand ces diplômés du col roulé passent de l'unisson à l'harmonie dans Scarborough Fair/Canticle, c'est simple, je me répands. Liquéfié. Et puis je me vaporise: l'ascension, vous dis-je! Presque toutes leurs chansons me font cet effet: j'ai mes préférées, America (fabuleux arrangement, génial texte en plus), Old Friends, Bookends Theme, The Dangling Conversation, A Poem On The Underground Wall, mais elles confinent très majoritairement au sublime. Et si j'ai jamais pu souffrir El Condor Pasa (If I Could), c'est à cause de la flûte de pan, cause chez moi de bubons purulents, gratelle et picote volante. Exception toute personnelle: je crois fermement qu'il faut à tout le monde l'intégrale du duo, mais bon, à 33 titres, dont pas mal de versions en spectacle pas piquées des hannetons (divine For Emily, Whenever I May Find Her), cet Essential est quand même bien nommé.

Sylvain Cormier

***

Traditionnel

Les Mauvais Conseils

Jean-François Bélanger

Indépendant - Local Distribution

Troisième opus de ce médecin-compositeur-interprète. Bélanger a pris une pause de la faculté de médecine de l'Université de Montréal pour pondre ce disque à saveur traditionnelle. Le multi-instrumentiste revient sur quelques pièces tirées du répertoire traditionnel, auxquelles il donne ses couleurs, comme il le dit lui-même dans les commentaires qui accompagnent chacune des pièces. Ainsi, à Sonny Brogan's, Bélanger donne les accents de la mazurka polonaise, voire de la valse, et ajoute une instrumentation inédite, le nyckelharpa, une vielle suédoise à clés. Si les musiques du monde, le monde ancien comme celui des contrées éloignées, vous plaisent, ce disque risque de vous accrocher. Ses couleurs sont celles de l'automne, ses rythmes, ceux d'une certaine mélancolie, ses arrangements à l'avenant. Et avec les invités de marque de qui Bélanger s'est assuré les services, la qualité est au rendez-vous: Daniel Boucher sur la très belle Le Malheur des habitants, auquel il donne une âme véritable, La Volée d'Castors ou encore Catherine Lambert, elle qui est connue pour ses relectures de chansons médiévales. Ne casse pas la baraque mais s'écoute très volontiers.

Bernard Lamarche

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Chanson

The Randy Newman Songbook Vol. 1

Randy Newman

Nonesuch

Randy Newman a toujours eu une place singulière dans le panthéon des songwriters de l'Amérique. Ses racines dans le R&B de La Nouvelle-Orléans sont bien ancrées, mais il a toujours tenté, avec un succès mitigé, de devenir une star pop, enveloppant ses critiques sévères de l'Amérique pour qu'elles rejoignent un plus grand nombre. C'est finalement à travers ses musiques de film, notamment celle de Ragtime, que Newman connaîtra la consécration. Une fois son Oscar gagné, l'homme, qu'il faut sans contredit considérer comme faisant partie de la crème des compositeurs au même titre que Dylan ou Springsteen, s'est remis à écrire des chansons terriblement touchantes. Ici, il dénude ses propres compositions, leur retire leur habillement, pour n'en livrer que la substantifique et essentielle moelle. Ici, Newman est assis derrière le piano, sans aucun autre accompagnement. Il revisite 15 de ses propres pièces écrites entre 1966 et 1999 (en plus de jouer quelques extraits de ses trois trames sonores de films). On retrouve une You Can Leave Your Hat On méconnaissable, mais c'est pour d'autres comme God's Song ou encore I Think It's Going To Rain Today qu'on revient à cette collection. Ces pièces, parmi d'autres, révèlent la voix épaisse et riche de Newman, lui qui manie le texte comme peu savent le faire, activant par là les registres de l'ironie. Sur des airs de spiritual, de blues ou de ragtime, ces musiques et ces textes décrivent le parcours de l'homme, un des artistes au talent des plus singuliers.

B. L.
 
 
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