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    Notre Damn

    L’opéra du geste

    2 octobre 2014 12h13 | Yves Bernard - Collaborateur | Musique
    Tout au long de l’oeuvre, les interprètes Marie-Annick Béliveau, Anne Julien et Janet Warrington bougent en chantant, d’un pas souvent lent et même immobile.
    Photo: Rolline Laporte Tout au long de l’oeuvre, les interprètes Marie-Annick Béliveau, Anne Julien et Janet Warrington bougent en chantant, d’un pas souvent lent et même immobile.
    Au Théâtre La Chapelle jusqu’au 4 octobre à 20h
    Renseignements:  514 843-7738

    C’est un opéra contemporain très singulier que présente l’Opéra FOE au Théâtre La Chapelle jusqu’à samedi soir. Un opéra avec une histoire, mais où le geste remplace la narration et peut même répondre à la voix principale comme la guitare dans le blues. C’est aussi un peu une sorte de blues qui n’en porte ni le nom, ni la forme : la compositrice Rachel Burman a imaginé une bande de descendantes de soeurs renégates qui, sous prétexte d’aller fonder une mission religieuse au loin, ont rapidement abandonné leur vocation pour s’adonner à une forme d’indépendance radicale. Notre Damn présente la trame imaginaire de la vie de leurs descendantes.

     

    Au début, on entend des pas dans le noir et on imagine l’isolement. Une vielle, ou plutôt un violoncelle en vielle, se fait entendre avec le bruit étrange de ce qui pourrait provenir du fond d’un piano. Des femmes arrivent en marchant à genoux et une voix s’élève, céleste. Il en résulte tout un contraste qui se maintiendra. Tout au long de l’oeuvre, les interprètes Marie-Annick Béliveau, Anne Julien et Janet Warrington bougeront en chantant, d’un pas souvent lent et même immobile, sur le bourdon triste du violoncelle ou les boucles de Rachel Burman.

     

    Parfois, des harmonies corporelles doubleront ou complèteront les harmonies vocales. À d’autres moments, André Pappathomas jouera à partir d’une cage à sons sur des instruments inventés qui nous plongeront dans des climats intrigants, ténébreux, métalliques et terreux. Mais les atmosphères se font souvent en douceur et les pas sont lents. Une chanteuse se laissera tomber en terminant une note et les autres seront souvent très proches les unes des autres. On imagine cette présence charnelle en libre contrepartie de la vie des religieuses. Cela en devient même sensuel.

     

    Mystères et réclusion

     

    Où sommes-nous rendus ? Peut-être en Afrique, peut-être pas. Les langues se succèdent : beaucoup d’anglais et du latin de circonstance. Mais aussi des paroles inventées. On ressent cette atmosphère de réclusion, mais dans la fantaisie, dans un monde presque surréel au sein duquel l’extérieur semble représenté par la lumière. On exploite les silences, les mouvements au plancher, le coucher dans le silence, la danse près d’un mur et même une sorte d’enfermement dans ce qui semble être un tombeau fictif recouvert d’un drap. S’approche-t-on de la mort ? Des lamentations se font sans cris et la musique continue. La vie reprend donc et les filles expriment, par leur jeu, leurs épreuves, leur rébellion et leurs désirs.

     

    Les femmes chantent en se penchant la tête vers le sol ou en prenant une collègue dans leurs bras. À la fin, une voix s’éteint avant la fin du chant pendant qu’une lumière qui vient de l’extérieur semble laisser entrevoir des rêves nouveaux. Mais ce n’est qu’une illusion et la pièce se termine dans le noir. On en retient l’irrationnel, la fantaisie et les nombreux contrastes qui représentent une vie qui n’est peut-être pas si surréelle. Étrangement, on en sort empreint d’un sentiment de bien-être, comme si la beauté de ces voix féminines s’élevaient au-dessus de la réalité qui elle, est souvent tout aussi triste.













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