Un revenant et du renouveau

Six fois le Félix sera à la portée de Serge Fiori.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Six fois le Félix sera à la portée de Serge Fiori.

Fiori, forcément. Triomphe annoncé au Gala de l’ADISQ, 36e du nom, qui aura lieu fin octobre comme d’habitude, animé par Louis-José Houde comme il se doit.

 

Ce mardi en fin d’après-midi, dans un Club Soda qui débordait jusque sur la Main, on entérinait le retour inespéré, le succès phénoménal de notre miraculé de la chanson : six fois, le Félix sera à la portée du doux Serge. Si l’on inclut la « nomination industrielle décernée à l’artiste » (pour la réalisation de l’album, avec Marc Pérusse).

 

Précisons tout de suite, les chiffres ici se veulent inclusifs, on additionne tout : les nominations « artistiques » (individuelles, généralement), les « industrielles décernées à l’artiste » (en collaboration, souvent), ainsi que les « industrielles en lien avec l’artiste ou le projet artistique » (les collaborateurs, quoi). C’est ainsi qu’on arrive à sept mentions pour un Pierre Lapointe, signalant autant Les callas (en lice pour l’« album de l’année – adulte contemporain ») que la « pochette de l’année » (celle de Punkt, en l’occurrence). Et on obtient également sept fois la qualification pour Michel Rivard, majoritairement pour son entourage de qualité supérieure. Se qualifie en équipe, le cher Flybin.

 

On calcule de la sorte six fois Émile Proulx-Cloutier au compteur, six fois Klô Pelgag, six fois Daniel Bélanger, cinq fois le couple Marie-Ève Janvier–Jean-François Breau, et cinq fois Jimmy Hunt. Et l’on constate : la chanson populaire et la chanson d’auteur se font risette, l’ADISQ en a pour tout le monde. Mais on constate derechef : l’Émile et la Klô, sur la force d’un premier album et du spectacle assorti, se sont distingués avantageusement dans les votes des membres et divers jurys de l’association. Significatif ? Significatif. Oui, la donne change, et rien ne le reflète plus que la catégorie phare de l’« auteur ou compositeur de l’année », où la seule nomination est déjà une sacrée reconnaissance : s’y côtoient cette année Klô, Jimmy, Émile, David Marin et Philippe B. La chanson va bien, se dit-on, même quand le disque va de mal en pis : des créateurs surgissent et s’imposent. Qui l’emportera dans ce cas particulièrement intéressant ? Hâte de savoir.

 

L’ADISQ, vaste monde, large donne. Parmi les « choix de la critique », les Dead Obies se frottent tout naturellement à un Alex Nevsky. Variété qui vaut au sein de genres qui ne sont jamais aussi balisés qu’on pense. En rock, Éric Lapointe et Mordicus, même combat ? C’est plus simple pour « l’artiste de la francophonie s’étant illustré au Québec » : il y a Stromae et les autres. On note aussi la proximité, dans l’une ou l’autre des catégories majeures (celles qui auront droit à la grand-messe iciradiocanadienne du dimanche), de Hay Babies et d’une Valérie Carpentier (révélation de l’année), de Soeurs Boulay tançant Kaïn pour le Félix du « groupe de l’année ». Des mondes.

 

Eh ! Considérez qu’on a décanté ces meilleurs et meilleures à partir de 214 albums, une grosse cinquantaine de spectacles et à peu près autant de clips : et encore, ce n’est pas la production chansonnière et musicale au grand complet, tout le monde n’est pas membre. Vertige du nombre, angoisse de la rentabilité, joie du choix. Allez voir la liste complète des aspirants aux 49 statuettes nommées Félix. Ça donne envie d’en écouter beaucoup, voire d’en acheter quelques-uns. Ça se fait encore.