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    FME

    Une expérience artistique multiple

    30 août 2014 | Émilie Parent-Bouchard - Collaboratrice À Rouyn-Noranda | Musique
    Mathieu Connery crée dans la rue, en plein site du FME.
    Photo: Thomas Dufresne Mathieu Connery crée dans la rue, en plein site du FME.

    Depuis le début de la semaine, les bénévoles, bricoleurs et autres collaborateurs de la 12e édition du Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue (FME) s’activent dans les rues de Rouyn-Noranda afin de créer un décor éphémère mais interactif à l’intention des festivaliers et des habitants du quartier.

     

    Une tête de robot en cuivre de dix pieds de hauteur placée entre les lettres géantes et lumineuses F, M et E trône à l’entrée de la 7e Rue, quartier général du FME. Sur le côté opposé de ce mur éphémère, qui crée un écran pour la scène principale, un « Lite-Brite » tout aussi imposant, fabriqué avec des bouteilles de plastique remplies d’eau colorée en différentes teintes, invite petits et grands à se laisser prendre au jeu. Le festivalier, comme le passant, peut également relaxer sur les quelque 2000 pieds carrés de gazon qui recouvre quelques bouts d’asphalte, l’espace d’une fin de semaine.

     

    C’est que l’équipe du FME ne conçoit pas le festival comme une expérience strictement musicale. Les arts de rue et la scénographie urbaine font partie intégrante de la personnalité du FME. « Ça a toujours été une priorité pour le FME de ne pas seulement donner un show à un spectateur, mais de lui donner une ambiance, de créer une atmosphère, qu’il se sente immergé », explique la directrice artistique, Karine Berthiaume, qui planche presque toute l’année sur la personnalité à donner à la prochaine édition — identité visuelle, décoration de salles et tutti quanti. « C’est [aussi] d’investir un lieu et d’en faire profiter la ville […] Il y a monsieur et madame Tout-le-Monde qui sont venus faire leur tour toute la semaine. Même si les gens viennent voir un show gratuit, ça sera déjà ça.[L’idée], c’est de rapprocher les gens de la musique émergente par le biais de l’art parce que c’est ça qui les interpelle, qui les appelle », poursuit-elle.

     

    L’artiste en arts visuels Mathieu Connery intervient d’ailleurs en direct en peignant une oeuvre abstraite d’inspiration minimaliste entre de gros cailloux disposés à l’entrée du site. « [Ma démarche], c’est toujours une question d’intégration et d’interaction. [L’idée], c’est d’intégrer mes affaires à l’environnement. Ça s’applique aussi dans la rue, avec le béton, les tags qui étaient là avant, ou même après l’oeuvre », explique celui qui dit apprécier jouer avec la géométrie, les couleurs primaires afin de les mettre en perspective avec le côté plus radical que peut apporter le minimalisme.

      

    Et la musique?


    La musique s’approprie aussi la ville de manière plus officielle cette année. Le président du FME confirme que l’organisation a en quelque sorte officialisé les happenings si caractéristiques au FME — c’est Random Recipe qui avait lancé la tradition en s’offrant en spectacle chez Morasse Poutine, au petit matin, il y a quelques années. « On a appelé ça des shows impromptus et ils ont lieu dans des lieux différents. C’est parce qu’on cherchait à faire plus de groupes, sans nécessairement avoir une salle de plus et offrir un choix de plus le soir, nuance Sandy Boutin, dont le sourire narquois laisse présager que le festivalier n’est pas à l’abri des surprises. On s’est dit, on va aller une fois à côté de la gare, on va aller une fois au Jardin botanique, etc. Ça nous permettait d’avoir plus de groupes. »

     

    La formation indie rock doucereuse Kensico, dont le premier effort White Sage a été enregistré au mythique studio Rancho de la Luna de Joshua Tree (Daniel Lanois, Queens of the Stone Age, Mark Lanegan), jouait vendredi dans le cadre de cette nouvelle série de spectacles. La chanteuse d’origine française maintenant établie à Montréal était notamment accompagnée de Daran à la guitare pour une prestation intrigante à l’ancienne gare de Noranda, dans le décor industriel et minier de la fonderie Horne.

    Grosse soirée

    Après une valse de cinq à sept difficiles à départager (les Hay Babies, Philippe Brach, Antoine Corriveau, notamment), Bernhari lançait un album, à la fois pesant, mais se permettant quelques bribes plus aériennes, au Cabaret de la dernière chance. Projet lourd de sensibilité à suivre plus attentivement.

    À partir de 20 h, les festivaliers se sont départagés entre le Petit Théâtre du Vieux-Noranda, où sévissait notamment Dance Laury Dance avec son rock agressif, et l’Agora des arts, ancienne église transformée en salle de spectacle. Ceux qui ont choisi la dernière option ont eu droit à de belles surprises, notamment Blood And Glass, de la claviériste de Creature Lisa Iwanycki qui a donné dans l’électropop sans tomber dans le rose bonbon. Une deuxième voix féminine — celle d’Erika Angel — venait par moment appuyer la voix délicate d’Iwanycki, cependant que les claviers de François Lafontaine (Karkwa) et la section rythmique très présente rappelaient tout le monde à l’ordre afin de maintenir le rythme.

    Les Belges The Feather, sensation européenne, ont par la suite donné un bel aperçu de leur capacité à livrer la marchandise à l’occasion de cette première date en sol canadien. Vibraphone, batterie et basse à l’arrière et duo de guitares et claviers à l’avant, les jeunes musiciens sont capables de douceur comme de montées plus agressives. Personne ne se marche sur les pieds et il s’agit d’un jeu d’équipe.

    Entre deux spectacles, vers 22 h, les festivaliers ont pu se déplacer à L'Écart, lieu d'art actuel pour observer Thomas Bégin manipuler son installation sonore créée à partir de pièces d'équipement audiovisuel désuètes et d'instruments de musique. Le vernissage de cette exposition interactive qui déconstruit sons et mouvements avait eu lieu plus tôt cette semaine, dans le cadre du lancement de la saison de la petite galerie stratégiquement située entre l'Agora des arts et le quartier général du FME sur la 7e Rue. 


    Les attentes étaient par la suite grandes pour Fontarabie, projet solo du chanteur de Malajube Julien Mineau. Huit musiciens, dont sa copine, l’artiste en arts visuels Virginie Parr et Simon Trottier de Timber Timbre, ont été mobilisés pour livrer l’album que Mineau a mis deux ans à composer, réaliser, et porter seul, avec les angoisses du show-business qu’il apprend à distiller et des instruments choisis pour leur sonorité unique. Nul doute que cet éternel perfectionniste, qui porte aussi le bagage de ses études en arts plastiques, a le souci du détail. «Pour moi, la pochette, l’art, et tout ça, c’est aussi important que la musique — je ne suis pas musicien avant tout, moi-même, je dessine tout le temps et c’est vraiment important, jusqu’à un certain point, a-t-il confié avant de monter sur scène. Ça fait partie de la chose, c’est un tout», poursuit-il, avant de préciser qu’il a conçu la pochette de l’album avec sa copine.

    La table était donc bien mise pour terminer la soirée de façon conceptuelle avec la formation post-rock expérimentale Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra, reconfiguration des membres de la formation God Speed You! Black Emperor. Violons féminins à l’avant, guitare à la fois douce et percutante, basse alternée avec la contrebasse et batterie très présente par moments : cessez de conceptualiser la musique, ils le feront pour vous… et profitez du moment!













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