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    Festival Orford

    Le Schubert en lévitation de Marc-André Hamelin

    14 juillet 2014 |Christophe Huss | Musique
    Hamelin, l’incomparable, joue Schubert
    John Field : Andante inédit en mi bémol majeur. Liszt : Soirées de Vienne. Schubert : Sonates en la majeur, D. 664 et en si bémol majeur, D. 960. Marc-André Hamelin (piano). Salle Gilles-Lefebvre du Centre d’arts Orford, vendredi 11 juillet 2014.

    Le concert que nous a offert, vendredi, Marc-André Hamelin au Centre d’arts Orford aurait sa place au Festival de Salzbourg, à Carnegie Hall, au Musikverein de Vienne ou à la Philharmonie de Berlin. À une époque où l’amateurisme, l’improvisation et le n’importe quoi gangrènent de plus en plus le commentaire culturel en le ravalant au rang de resucée de dossier de presse, je tiens à préciser de quelle matière sont faits les lauriers que je m’apprête à tresser ici au pianiste québécois et quelle fut l’ampleur du miracle auquel la salle comble du Centre d’arts a assisté.

     

    Mon parcours m’a donné la chance de vivre en concert l’une ou l’autre des deux dernières sonates de Schubert sous les doigts de Rudolf Serkin, Murray Perahia, Radu Lupu, Alfred Brendel, Mitsuko Uchida, Emmanuel Ax et j’en passe. À l’aune de la fréquentation de cet aréopage, je puis affirmer que seul Radu Lupu, dans la Sonate D. 959 à la Salle Pleyel, à Paris, avait su à ce point transformer une interprétation en véritable expérience mystique.

     

    C’est dire que le temps où il était de mise de regarder Marc-André Hamelin comme un « supervirtuose » qui n’avait pas la hauteur de vue pour se frotter aux « vrais » chefs-d’oeuvre de la littérature pianistique est largement, et définitivement, révolu. Hamelin est un grand virtuose ; il est aussi devenu un immense artiste.

     

    Les deux grands secrets du miracle ont été une maîtrise absolue de l’espace-temps, dans lequel s’inscrit la musique — et notamment la dernière sonate de Schubert —, ainsi qu’un contrôle hors normes de la production sonore, chose pour le moins ardue dans une salle d’un tel rendement acoustique. La « fine touche » d’Hamelin n’est jamais devenue mignarde, mais elle fut absolument indispensable à la pérégrination du 2e mouvement de la D. 960. Le registre grave représentait la fatalité, face aux aspirations et échappées dans l’aigu du clavier, un combat particulièrement mis en exergue dans le volet initial. Ces luttes, ces espoirs n’ont jamais brisé l’inéluctable avancée du voyageur Schubert dans son ultime parcours.

     

    Partout, les pianissimos minimalistes de l’épurée Nocturne de Field, le rondo cristallin de la Sonate D. 664, une descente chromatique irréelle et une conclusion incroyable de Soirées de Vienne ont montré à quel point la technique est désormais mise au service d’un discours majeur. Marc-André Hamelin a offert en bis l’Impromptu op. 142 n° 3 à un public à ce point fasciné que l’on aurait entendu une mouche voler entre les mouvements des deux sonates de Schubert.

     

    Rebelote appréhendée, en matière de lévitation musicale à Orford, dans deux semaines, le 26 juillet, avec le concert Mozart de Christian Blackshaw. Comme le cadre est exceptionnel et qu’on peut désormais se restaurer très remarquablement sur place avant l’événement, nous vous recommandons de noter cette date, et celle du 2 août, avec la venue de Till Fellner, dans votre agenda, tout comme la diffusion du présent concert, le 13 août au soir, sur ICI Musique…

     

    Orford est sans conteste « la » destination piano de l’été.

    Hamelin, l’incomparable, joue Schubert
    John Field : Andante inédit en mi bémol majeur. Liszt : Soirées de Vienne. Schubert : Sonates en la majeur, D. 664 et en si bémol majeur, D. 960. Marc-André Hamelin (piano). Salle Gilles-Lefebvre du Centre d’arts Orford, vendredi 11 juillet 2014.












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