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    Festival international de jazz de Montréal

    Le souffle Akinmusire au Festival de Jazz

    À 32 ans, le trompettiste américain étonne par son audace et sa maîtrise

    Photo: Autumn De Wilde
    Tout sur le Festival international de jazz

     

    Au Festival international de jazz de Montréal Le 29 juin avec Bill Frisell Le 30 juin avec son quintet Le 1er juillet avec Tigran

    Les magazines se l’arrachent, les grands du jazz le saluent, critiques et public convergent. En deux albums, Ambrose Akinmusire a déjà imposé sa manière et ses audaces. Et ce n’est que le début.


    Ambrose Akinmusire aime les titres longs, comme un Dany Laferrière, mais en version musique, et jazz. Il y a d’abord eu When the Heart Emerges Glistening en 2011. Puis The Imagined Savior Is Far Easier to Paint ce printemps. Tout aussi poétique que nébuleux.

     

    Qu’a donc voulu exprimer le trompettiste de l’heure du jazz en coiffant ainsi son dernier disque ? Mystère. La National Public Radio (NPR) américaine lui a posé la question, le magazine Downbeat aussi. Et la réponse veut qu’Akinmusire ait essayé une cinquantaine de titres avant de choisir celui-là, mais qu’il ne souhaite pas fournir d’explications sur le sens profond de l’expression : à chacun d’y voir ce qu’il désire à partir des impressions laissées par la musique, suggère-t-il.

     

    Il indiquera tout de même qu’il en va du fait qu’il aime créer de la musique comme d’autres peignent : en superposant les couches plutôt qu’en opérant de gauche à droite, dans le sens de la portée.

     

    Cinquante titres, c’est à la mesure d’un album aussi audacieux qu’ambitieux, complexe et fluide. En 79 minutes — la longueur maximale que permet le format CD —, Ambrose Akinmusire déploie une créativité exceptionnelle qui confirme qu’il représente déjà une voix incontournable du jazz moderne. Le souffle Akinmusire prend de l’allant.

     

    Son ex-professeur Terence Blanchard l’a d’ailleurs couvert d’éloges lorsque Le Devoir lui a demandé de parler d’Akinmusire. « Oh, man… Je suis tellement fier de lui, s’exclame le grand trompettiste afro-américain. C’est incroyable de voir la croissance qu’il a eue depuis son passage à l’Institut Monk. Il a toujours été terriblement doué. Il a toujours eu sa propre identité musicale — ça n’a jamais été un enjeu. Mais son jeu s’est développé à un tel niveau… Et quand je le vois avec son groupe, je m’aperçois qu’il a tout assimilé : ce que ça prend pour être un leader, ce que ça prend pour captiver le public, faire en sorte que les gens aient envie de le voir et de l’entendre, et qu’ils sortent impressionnés quand ils le font. Et il le fait à sa manière, avec son propre son, sa propre étoile. »

     

    Au bout du fil, Blanchard prend une pause. Avant de conclure sur un constat plein de promesses : « Il est si jeune, en plus. » Trente-deux ans, précisément.

     

    Dans l’édition d’avril de Downbeat, qui consacrait sa une au trompettiste, le pianiste Jason Moran — un des plus respectés et des plus célébrés de la profession — défilait lui aussi les bons mots pour raconter Akinmusire. « Ambrose a vraiment trouvé sa sonorité, sa voix, son rythme, comme un artiste qui trouve le bon matériau pour son travail, que ce soit un film, une toile ou du bois. Ambrose a le bon groupe, le bon répertoire et la bonne attitude. Il a des idées sur les textures, l’instrumentation, le langage… »

     

    Composer

     

    Révélé en 2007 lorsqu’il a remporté le Thelonious Monk International Jazz Competition, Akinmusire a rapidement attiré l’attention de ses pairs. Steve Coleman (bien avant tout le monde), Vijay Iyer, Aaron Parks, Esperanza Spalding et Moran l’ont tous embauché. Un contrat avec le prestigieux label Blue Note a suivi. Et ses deux disques sur cette étiquette ont été largement salués, le New York Times classant le premier au sommet de son palmarès annuel 2011.

     

    Techniquement parlant, Ambrose Akinmusire peut faire ce qu’il veut avec une trompette. Mais à la virtuosité, il préfère de loin la profondeur d’une composition soutenue — son dernier album est une somme en la matière, avec des chansons aux thèmes sociaux, des segments de musique de chambre, du jazz de haute voltige, des éléments de culture hip-hop.

     

    Comme Moran ou Robert Glasper, Akinmusire envisage pour le jazz un nouveau paradigme, au confluent de plusieurs modes d’expression artistiques. Et son écriture révèle un artiste au sens large.

      

    Sus à l’ego

     

    « Le monde ne manque pas de grands solistes, disait Akinmusire au magazine Jazz News en mai. En tant que musicien afro-américain, je considère que l’art de la composition s’est perdu parmi nous. De nos jours, tout est centré sur l’individu, sa capacité à prendre de super solos. Mais au bout du compte, ce n’est pas le plus difficile. »

     

    Le plus difficile serait plutôt de traduire dans un contexte musical cohérent les émotions, les messages, les intentions avec lesquels jongle le trompettiste au moment d’écrire. Ses pièces se construisent généralement… par le titre. Akinmusire rédige ensuite quelques versions de l’histoire qu’il a en tête — comme ce personnage dont il parle sur The Imagined Savior, un itinérant de son quartier qui a réussi à amasser 250 $ pour le donner à l’église qui le nourrit chaque jour, ou comme ces victimes noires de bavures policières. C’est seulement après qu’il traduit musicalement, par une mélodie, une série d’accords, une atmosphère, une couleur.

     

    À travers ce processus, Akinmusire dit respecter un principe cher au légendaire saxophoniste Wayne Shorter. « Une composition n’est jamais terminée, c’est quelque chose de vivant. » Dont acte, chaque concert donnant une nouvelle vie aux compos. « La puissance de l’art, c’est le pouvoir de changer les gens, expliquait le trompettiste à Downbeat. Faire un solo qui tue, ça ne change rien à personne. C’est juste bon pour l’ego. »

     

    Or lui veut surtout « éviter l’indifférence ». Plutôt déranger, remettre en question. Et jusqu’ici, ses rafales laissent peu de sceptiques derrière.

    « Une composition n’est jamais terminée, c’est quelque chose de vivant », estime Ambrose Akinmusire.












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