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    Dans l’antre d’une bête à 83 têtes

    Le Grand Orgue Pierre-Béique est enfin prêt à faire entendre la finesse de ses multiples voix

    24 mai 2014 |Christophe Huss | Musique
    L’organiste en résidence de l’OSM, Jean-Willy Kunz, et le Grand Orgue Pierre-Béique, propriété de l’Orchestre symphonique de Montréal
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’organiste en résidence de l’OSM, Jean-Willy Kunz, et le Grand Orgue Pierre-Béique, propriété de l’Orchestre symphonique de Montréal
    6489
    Nombre de tuyaux, dont 108 «jeux de montre» en façade

    1,5
    Le poids du plus gros tuyau en tonne

    Méfiez-vous des apparences. Les tuyaux que voit le spectateur assis dans la Maison symphonique de Montréal ne représentent même pas 2 % du Grand Orgue Pierre-Béique, qui sera inauguré la semaine prochaine. Propriété de l’Orchestre symphonique de Montréal, l’imposant ouvrage de 4 millions, acquis grâce à un don de la mécène Jacqueline Desmarais, porte le nom du fondateur et premier directeur général (1939-1970) de l’OSM.

     

    Sa façade comporte 108 de ces tuyaux, dits « jeux de montre », pour un total de 6489 tuyaux, dont le plus petit fait un centimètre. La façade, dont la conception visuelle a été réalisée avec les architectes de la salle, pèse 15 tonnes, le plus gros tuyau comptant à lui seul pour 1,5 tonne. L’organiste en résidence de l’OSM, Jean-Willy Kunz, nous a emmenés visiter l’antre de la bête.

     

    Complexe et moderne

     

    L’orgue de la Maison symphonique de Montréal a été réalisé par la maison Casavant. Dans les registres du facteur de Saint-Hyacinthe il porte le numéro d’opus 3900. Son appellation est « grand orgue d’orchestre ». Selon la définition de Jean-Willy Kunz, cela veut dire que « cet orgue, pensé pour jouer avec l’Orchestre symphonique, possède donc davantage de jeux qui imitent les sons de l’orchestre : jeux d’anche avec clarinette, hautbois, basson, cromorne ; une voix humaine ; une variété de cuivres — clairons, cor français, trombones, trompettes… » Certains jeux imitent même les cordes. Oui, des cordes imitées par de l’air qui souffle dans des tuyaux !

     

    L’instrument n’en possède pas moins toutes les fonctionnalités de l’orgue d’église et peut jouer en solo, imitant, par exemple, un orgue baroque allemand. Comme le résume Jean-Willy Kunz : « 83 jeux, ce sont 83 instruments différents ». Le facteur d’orgue cherche sa variété de timbres à travers des tuyaux en métal tantôt ouverts tantôt fermés en haut, des tuyaux en métal avec une petite cheminée, des tuyaux coniques. Le grand orgue compte même 170 tuyaux en bois.

     

    Mais le secret de la polyvalence de l’instrument réside dans ses « boîtes expressives ». Trois claviers de l’orgue, le 2e, le 3e, le 4e, respectivement nommés positif, récit et grand choeur, sont expressifs, c’est-à-dire que les tuyaux commandés par ces claviers sont logés dans des caissons en bois avec des volets. Ces caissons sont acoustiquement étanches lorsque les volets sont fermés. Lorsqu’on ouvre les volets, le son se propage dans la salle. Ce qui distingue l’orgue montréalais, c’est la finesse de dosage : « Les volets ont 32 crans d’ouverture, on peut donc faire des nuances très précises et subtiles dans le but d’accompagner l’orchestre », dévoile Jean-Willy Kunz.

     

    Longuement mûri

     

    Le Grand Orgue Pierre-Béique est le fruit d’un long processus. Fin 2006, un comité a été constitué pour définir les besoins artistiques et les particularités techniques. Casavant Frères a obtenu le contrat en septembre 2009, à la suite de quoi l’organiste de Notre-Dame de Paris, Olivier Latry, a été nommé conseiller artistique auprès de l’orchestre afin de suivre la conformité de la réalisation.

     

    L’instrument a été fabriqué dans les ateliers de Saint-Hyacinthe, avant d’être installé dans la Maison symphonique de Montréal à partir de décembre 2012. Une fois cette installation achevée, à l’été 2013, a commencé la phase d’harmonisation. Pour Jean-Willy Kunz, « le travail crucial est celui de l’harmonisation qui consiste à faire sonner chacun des 6489 tuyaux à son plein potentiel mais aussi d’harmoniser les tuyaux entre eux, de manière à ce que, lorsqu’on joue une gamme, il n’y ait pas une note plus forte que l’autre ». Ce travail, réalisé par deux techniciens, a duré quatre mois et s’est achevé en janvier 2014. Olivier Latry a alors avalisé ce travail. « Depuis janvier, l’orgue et l’orchestre font connaissance et l’organiste en résidence apprend l’instrument », dit Jean-Willy Kunz.

     

    Le Grand Orgue Pierre-Béique est un instrument mécanique, c’est-à-dire que, par une connexion physique, des baguettes de bois nommées vergettes actionnent des soupapes sous les tuyaux. Ces soupapes sont fermées. Lorsque l’organiste appuie sur les touches, les soupapes s’ouvrent et laissent passer l’air, faisant sonner le tuyau. Le tirage des registres est, lui, électrique et les technologies modernes permettent à l’organiste de pré-enregistrer ses registrations par un ordinateur intégré. L’iPad est devenu un accessoire de choix de cet univers…

     

    Plus spectaculaire encore, l’orgue est également doté d’une console (claviers) électrique et mobile, qui peut être placée au sein de l’orchestre et actionner, par un système électronique de transmission, tous les contrôles et touches de l’orgue. L’organiste peut donc, s’il le désire, jouer au sein même de l’orchestre !

     

    Le menu

     

    Les manifestations entourant l’inauguration du Grand Orgue Pierre-Béique seront nombreuses dans les jours qui viennent. Le concert inaugural, jeudi 29 mai à 20 h, diffusé jeudi en direct sur Internet à Medici.tv et repris dimanche 1er juin à 14 h 30, comprend désormais la Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565 de Bach ; la première mondiale de Maan varjot pour orgue et orchestre de Kaija Saariaho (commande conjointe de l’OSM, de l’Orchestre national de Lyon et du Southbank Centre de Londres) ; le Prélude et fugue sur B.A.C.H. de Franz Liszt ; A Globe Itself Infolding pour orgue et orchestre de Samy Moussa (création) et la Symphonie no 3, « avec orgue », de Saint-Saëns.

     

    Ce concert sera précédé, mercredi à 19 h, par un « Bal inaugural du Grand Orgue Pierre-Béique » où l’on entendra la Toccata et fugue de Bach, le Prélude et fugue de Liszt et la Symphonie no 3 de Saint-Saëns. Un mélange de tout cela (Bach et Saint-Saëns, avec le Boléro de Ravel et le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy) fera l’objet d’un concert supplémentaire le lundi 9 juin à 18 h 30, concert pour lequel Jean-Willy Kunz, organiste en résidence, remplacera Olivier Latry, organiste émérite.

     

    Rendez-vous de tous les curieux mélomanes : la journée portes ouvertes « L’Orgue dans la cité », samedi 31 mai de 11 h à 20 h 30, comprendra sept récitals gratuits de 45 minutes dont les billets (un par personne) seront attribués à partir de 9 h au 1600, rue Saint-Urbain pour le prochain récital disponible selon la règle du « premier arrivé, premier servi » à concurrence des places disponibles. Le récital de 11 h, le Carnaval des animaux, est destiné aux familles. À noter, à 17 h 30, le récital de Mireille Lagacé et à 20 h 30 une transcription du Sacre du printemps de Stravinski par Olivier Latry et Shin-Young Lee !

    L’organiste en résidence de l’OSM, Jean-Willy Kunz, et le Grand Orgue Pierre-Béique, propriété de l’Orchestre symphonique de Montréal Pour Jean-Willy Kunz, «le travail crucial est celui de l’harmonisation qui consiste à faire sonner chacun des 6489 tuyaux à son plein potentiel mais aussi d’harmoniser les tuyaux entre eux».












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