40 voix, 40 bougies

Le Studio de musiqueancienne de Montréal (SMAM), dirigé par Christopher Jackson, donne ce jeudi soir le concert célébrant son 40e anniversaire. Au programme, le célèbre Spem in alium à 40 voix de Thomas Tallis ainsi que le motet et la messe Ecce beatam lucem, composés par Alessandro Striggio pour le même effectif.

 

Le Studio de musique ancienne de Montréal est né en 1974. « Au début, nous étions quelques enthousiastes. Mais nous avons vite vu qu’il y avait un public intéressé. » Christopher Jackson se remémore pour Le Devoir la toutepremière prestation sur un bateau nommé L’Escale. Puis le premier vrai concert, au Grand Séminaire. « Nous étions inconnus, mais il y avait 350 personnes dans la salle. »

 

Huit cents oeuvres plus tard, « les choses ont beaucoup changé ». Au début, Christopher Jackson dirigeait « des instrumentistes qui chantaient parce qu’ils voulaient faire cette musique ». Ensuite s’est dessiné un modus operandi. Le SMAM est constitué de piliers — le plus vieux est là depuis 38 ans — et « de jeunes chanteurs qui passent un moment avec moi et vont faire carrière ». Parmi eux, on compte Daniel Taylor et Susie LeBlanc.

 

En 40 ans, Montréal s’est enrichi « de groupes et de musiciens de très haut niveau », constate Christopher Jackson. Montréal, « ville très bizarre », est devenue « une mecque pour la musique ancienne ». La bizarrerie ? « On produit beaucoup, mais pour un auditoire pas énorme, en comparaison à d’autres centres comme Boston. »

 

L’autre phénomène qui frappe Christopher Jackson est l’abolition de la ligne de fracture entre les baroqueux et ceux qui jouent le baroque sur instruments modernes : « On a dépassé cette espèce de purisme un peu infect qu’on a eu pendant longtemps », juge celui qui trouve qu’il n’y a « pas vraiment de dissonance » entre l’approche d’un Jean-Marie Zeitouni et ses propres orientations : « I Musici est un exemple de groupe qui joue la musique baroque avec style et flair », constate-t-il.

 

Montréal « n’ayant pas le public correspondant à l’offre de concerts », Christopher Jackson entrevoit de nouveaux défis et espère désormais pouvoir « aller dans les régions du Québec et au Canada pour que les chanteurs, vraiment dévoués, puissent rester dans le métier et ne pas avoir à trouver des jobs ailleurs ».