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    Concerts classiques

    Sentiment doux-amer

    12 mai 2014 |Christophe Huss | Musique
    Grand concert du 25 anniversaire
    Claude Vivier : Bouchara. Walter Boudreau : Solaris. Berg : Wozzeck (orch. John Rea ; extraits). Nathalie Paulin (soprano), John Fanning (baryton), Guy Nadon (narrateur), Nouvel Ensemble Moderne, Lorraine Vaillancourt. Maison symphonique de Montréal, vendredi 9 mai.

    Le Nouvel Ensemble Moderne s’était offert, vendredi, la Maison symphonique de Montréal pour son 25e anniversaire. Un tel endroit lui est dû en de grandes occasions. Après tout, c’est notre maison, à nous contribuables et mélomanes québécois. Un truisme qui semble échapper à certains… Le NEM y a logiquement sa place : nous avons toujours reconnu la prééminence de cet ensemble dans notre univers de la musique contemporaine, grâce à l’ardent perfectionnisme de Lorraine Vaillancourt. Le NEM est à la contemporaine ce que Les Violons du Roy sont à Haydn ou Haendel : un ensemble d’élite, de niveau international.

     

    Force est de constater, hélas, que le fait de descendre de la montagne, où trône la Faculté de musique de l’Université de Montréal (UdM), n’a pas élargi l’assiette du public. L’aréopage de l’UdM, les compositeurs, le noyau de fidèles, bref, tout le microcosme était là. Pour le reste et au-delà, après 25 ans, force est de constater que le NEM prêche encore dans le désert. Musique et galère : Lorraine Vaillancourt a elle-même, associé les deux concepts dans son préambule !

     

    Oh, il y a toujours une bonne raison : les médias, la disparition de la Chaîne culturelle… Mais puisqu’on en est à l’ère des « vraies affaires », enlevons donc les lunettes roses et posons une simple question : qui, après d’être coltiné une demi-heure de fracassantes imprécations cosmiques du Solaris de Walter Boudreau, a envie de revenir en prendre une autre louche ?

     

    Je suis d’autant plus à l’aise de poser la question que j’aime bien Walter Boudreau. Je m’étais même promis de tenter de décrire sa création sans utiliser encore une fois le terme « priapique ». Mais ce défi-là est insurmontable. En 2014, à l’époque du Viagra, en plus, ça dure longtemps. Walter Boudreau a conçu du sur-mesure pour le NEM : une sollicitation permanente de l’effectif, des rythmes changeants et même des solos de piano qui permettent à Jacques Drouin (conjoint de la directrice) de recevoir en propre une part des applaudissements. Il faut entendre les huit dernières secondes pour savourer une texture qui fait tendre l’oreille. La couleur rouge qui l’accompagnait était peut-être un hommage à la lune rouge sang de la fin de Wozzeck.

     

    Bouchara fait partie des oeuvres vocales de Claude Vivier, sous un chant sinueux et des paroles énigmatiques, un accompagnement vertical aux teintes minérales, un son qui rappelle la rugosité des paysages islandais. La question posée vendredi est celle de la place de la voix : instrument ou soliste ? Par nature, comme elle n’a pas une immense ampleur, celle de Nathalie Paulin était plutôt intégrée, voire, parfois, couverte. Même si nous n’accordons pas le même sens au mot sensualité, il est évident que la coloration granitique de l’orchestre de Vivier fascine Lorraine Vaillancourt.

     

    Un sentiment doux-amer affleure cependant, à la sortie du concert, en constatant à quel point Wozzeck écrase tout. On ne trouve pas cette proposition immédiatement présente et fascinante parce que Berg serait familier ou entré dans le patrimoine, mais parce qu’il ne rentre dans aucun schéma, fait sens et s’impose. On ne dira jamais assez l’excellence de la réorchestration de John Rea, présent dans la salle. Le tandem Nathalie Paulin et John Fanning était déséquilibré : lui très imposant, elle très fragile. Excellente narration de Guy Nadon.

    GRAND CONCERT DU 25e ANNIVERSAIRE
    Claude Vivier : Bouchara. Walter Boudreau : Solaris. Berg : Wozzeck (orch. John Rea ; extraits). Nathalie Paulin (soprano), John Fanning (baryton), Guy Nadon (narrateur), Nouvel Ensemble Moderne, Lorraine Vaillancourt. Maison symphonique de Montréal, vendredi 9 mai.












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