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    Concerts classiques

    Éric Champagne: une symphonie québécoise?

    10 mars 2014 |Christophe Huss | Musique
    Le compositeur Éric Champagne a créé une 1re Symphonie qui respecte la structure en 4 mouvements pour une œuvre de 30 minutes environ.
    Photo: André Greusard Le compositeur Éric Champagne a créé une 1re Symphonie qui respecte la structure en 4 mouvements pour une œuvre de 30 minutes environ.
    Couleurs symphoniques
    Berlioz : Scène d’amour et Scherzo de la Reine Mab extraits de Roméo et Juliette. Éric Champagne : Symphonie n° 1 (création mondiale). Rachmaninov : Danses symphoniques. Orchestre Métropolitain, Julian Kuerti. Pierrefonds, dimanche 9 mars. Reprises à LaSalle mercredi, à Rivière-des-Prairies jeudi et à la Maison symphonique de Montréal vendredi.

    Le concert de dimanche à l’église Marie-Reine-de-la-Paix de Pierrefonds était marqué par un événement : la création de la 1re Symphonie d’Éric Champagne, compositeur québécois de 34 ans.

     

    Avant d’aborder le sujet, il est important de souligner l’engagement et le professionnalisme de l’Orchestre Métropolitain, qui prend très au sérieux sa présence dans les arrondissements. Il pourrait ne pas être motivant de jouer Berlioz ou Rachmaninov en un dimanche après-midi ensoleillé dans une église devant 200 à 250 personnes, mais les musiciens et le chef se sont pleinement donnés. Lors des trois prochains concerts, tous les rouages s’huileront : circulation des phrases du Scherzo de la Reine Mab, transitions rythmiques du 2e volet et carrure de la coda des Danses symphoniques. Le concert est très bien composé, et le choix de Julian Kuerti comme chef associé du Métropolitain est une idée dont on ne se lasse pas de se réjouir.

     

    Éric Champagne, donc, et la première symphonie notable d’un compositeur québécois depuis la création de la 5e Symphonie de Jacques Hétu à Toronto en 2010. Le choix du genre symphonique est à lui seul un postulat. Cela nous change des titres dont la gaudriole est proportionnelle à l’inanité artistique. Un truc du genre La chevêche incontinente s’esbaudit sur le poteau télégraphique mordoré, ça permet de prétendre (et de faire) n’importe quoi. Symphonie, ça vous pose un homme !

     

    Éric Champagne respecte la structure en 4 mouvements pour une oeuvre de 30 minutes environ, qui se repose sur une tradition héritière des grands compositeurs du XXe siècle, convoquant notamment Mahler, Bartók et Chostakovitch en filigrane. Le mouvement lent, après un duo cor-piano mahlérien, surprend par l’apparition du Lacrimosa du Requiem de Mozart, subverti et débouchant sur le grand accord de Montaigu et Capulet de Roméo et Juliette de Prokofiev. Le tout se dilue dans une ondée sonore nostalgique de la 9e de Mahler.

     

    Éric Champagne vibrionne beaucoup dans ses références. Le début ressemble aux Pins de la Villa Borghese de Respighi, puis se colore de Mandarin merveilleux avant de rappeler Spirituals de Morton Gould. Le second volet évoque Copland, Khatchaturian, Chostakovitch, mais dans une « sauce » orchestrale propre au compositeur qui cherche les textures épaisses et les cataclysmes. Il n’y a pas ici une recherche d’identité québécoise, comme chez Jacques Hétu. Ce pourrait être du James MacMillan tant l’art de l’orchestrateur est affirmé. On attend maintenant d’Éric Champagne qu’il réalise que le monde n’est pas unilatéralement priapique et qu’il trouve une « manière », plus riche encore, qui le rende identifiable, comme le sont Christopher Theofanidis aux États-Unis, Poul Ruders au Danemark ou Kalevi Aho en Finlande.

     

    Le point faible de cette 1re Symphonie est symboliquement le Finale, dont la finalité, justement, après une bonne idée de début (un big bang dont émergent des fragments) semble avoir présenté un casse-tête au compositeur. Ce 4e mouvement est tout à l’image d’Éric Champagne lui-même : il sait assurément d’où il vient ; il lui reste à trouver désormais où il va.

    COULEURS SYMPHONIQUES
    Berlioz : Scène d’amour et Scherzo de la Reine Mab extraits de Roméo et Juliette. Éric Champagne : Symphonie n° 1 (création mondiale). Rachmaninov : Danses symphoniques. Orchestre Métropolitain, Julian Kuerti. Pierrefonds, dimanche 9 mars. Reprises à LaSalle mercredi, à Rivière-des-Prairies jeudi et à la Maison symphonique de Montréal vendredi.












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