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    L’homme composite de Monogrenade

    Le groupe montréalais indépendant revient en force avec un canevas rétro-futuriste où les synthétiseurs ont remplacé les pianos

    1 février 2014 |Philippe Papineau | Musique
    Les musiciens du groupe Monogrenade ne vivent pas encore de leur musique, mais n’en sont pas frustrés pour autant. « Si tu le fais pour l’argent, fais pas du indie francophone ! »
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir Les musiciens du groupe Monogrenade ne vivent pas encore de leur musique, mais n’en sont pas frustrés pour autant. « Si tu le fais pour l’argent, fais pas du indie francophone ! »

    Fort d’une cohésion et d’une confiance mutuelle soudées par la longue tournée qui a suivi son premier disque, le groupe montréalais Monogrenade a pris les mois qu’il fallait pour composer et enregistrer de nouvelles chansons pop électro-orchestrales, rassemblées sur Composite, à paraître mardi. Cette fois, l’envie de parler de la complexité de l’homme et l’arrivée de synthétiseurs ont porté le groupe davantage vers les étoiles.

     

    Assis sur le grand sofa rouge du local 114, face à la console de son, le parolier et compositeur de Monogrenade, Jean-Michel Pigeon, ne s’affiche pas comme le plus grand bavard de l’univers. Il y a bien la violoncelliste Marianne Houle à ses côtés qui l’aide un peu, mais les choses se passent beaucoup de l’intérieur pour le musicien, qui a aussi mixé et réalisé ce nouvel album. « J’aime pas ça, parler de moi. Comme là, ça m’énerve ! », rigole-t-il en grimaçant un peu, lui qui vient de passer sa journée à enchaîner les entrevues.

     

    Sur Composite, il y a bien des « je » qui traversent les dix chansons, mais les textes de Pigeon sont assez peu anecdotiques ; ils tracent beaucoup plus des portraits, des tableaux. Ce deuxième album, qui suit Tantale paru en mars 2011, décrypte un peu les actions de l’homme avec ses semblables, les routines et les spirales, les hasards et les déjà-vu. Et ce, dans un canevas rétro-futuriste où les synthétiseurs ont remplacé les pianos. Le chanteur ne parle pas de lui, mais de nous.

     

    « On n’a jamais travaillé avec un concept préétabli, dit Jean-Michel Pigeon. C’est venu à mi-chemin, avec la musique et les mots. Il y a un peu une question de hasard. Quand je me suis installé ici, en studio, il y avait plein de synthétiseurs, dont le [Roland] Juno, avec lequel c’est facile de faire de beaux sons chauds. Je trouvais ça inspirant, ça faisait rétro-futuriste. Et, à mi-chemin de la composition des textes, j’ai réalisé que tout parlait d’une personne, ou d’une relation, d’un conflit ou whatever. J’ai compris que c’était un album sur les relations humaines. Et le titre Composite fait le pont entre tout ça, le rétro-futurisme et le fait que l’homme est composé de plein de choses, de son bagage génétique, de son éducation, de ses amis, des places où il va. »

     

    Assise à ses côtés, le genou replié, Marianne écoute attentivement, elle qui a plus de distance que son collègue, de qui tout ça est sorti. À notre époque, « il y a un surplus de savoir, tout a été analysé mille fois. On a l’impression d’avoir compris tout parce que la science est rendue tellement loin, alors qu’il y a toujours cet aspect mystérieux derrière, qui rend toutes nos explications invalides, à cause d’un élément de hasard », explique-t-elle.

     

    Assumé

     

    Le premier album du groupe, Tantale, a reçu un bel accueil du public, tout en profitant d’un bon succès critique avec sa musique que ne renierait pas Karkwa, ni Radiohead ou Patrick Watson. Monogrenade a fait beaucoup de spectacles pour la tournée de ce disque, dont quatre voyages en Europe, signant aussi en France sur l’étiquette Atmosphérique.

     

    C’est donc avec de bien meilleures bases que le groupe est entré en studio. Composite a été enregistré sur près d’un an à Montréal, sauf deux titres qui ont été captés au studio La Frette à Paris. « Au premier album, on n’avait pas d’expérience, avoue Pigeon. Tu sais pas trop ce que tu fais, t’es full gêné… J’écoute Tantale aujourd’hui et je trouve que tout est trop bien placé, y’a rien de trop fort. Pour le deuxième, on avait plus confiance, on se connaissait mieux. On pouvait dire : “OK, cool, on va jouer trop fort, et en remettre encore !” »

     

    On note la présence de Marie-Pierre Arthur sur la pièce Labyrinthe, et du cor de Pietro Amato (Torngat, The Luyas, Bell Orchestre) sur plusieurs titres. L’ensemble de cordes Mommies on the Run a de nouveau enregistré avec Monogrenade, prenant une grande place dans le son du disque. « Dans les chansons, les cordes ont des thèmes vraiment importants, explique Marianne Houle, qui a elle-même arrangé quelques titres. On ne pourrait pas s’en passer. Et c’est pas juste pour les mélodies ; il y a beaucoup d’harmonies, ça serait tout nu sans ça. »

     

    Sur la scène, le groupe ne peut pas inviter tous les musiciens qui sont passés en studio. Mais Monogrenade compte quand même six membres, dont deux violonistes et le violoncelle de Marianne pour « résumer » les cordes du disque. « Six, c’est un minimum, tranche Jean-Michel. C’est con, mais y’a pas de lignes que je lâcherais, déjà qu’on réduit. Bon, on peut toujours tout remanier, mais un spectacle, un vrai, six, c’est le minimum. »

     

    La scène occupera donc une bonne partie des prochains mois du groupe. Pour l’instant, il lancera Composite devant public mercredi à La Tulipe à Montréal, et sera à Québec le 1er mars, au Cercle. Et si tout va bien, Monogrenade pourrait faire un saut en Europe aux alentours du mois de mai, date où son disque pourrait être lancé là-bas. A-t-il envie de pousser un peu plus de ce côté-là de l’Atlantique ?

     

    « C’est tout le temps le questionnement, dit Jean-Michel. On a des sous, on y vas-tu ? Est-ce que j’investis là-dedans, est-ce que ça vaut la peine ? En Europe, on a fait des choses tripantes dont on va se souvenir toute notre vie, mais le constat après, c’est que ç’a coûté cher. » Les musiciens du groupe ne vivent d’ailleurs pas encore de la musique de Monogrenade, mais n’en sont pas frustrés pour autant. « Si tu le fais pour l’argent, fais pas du indie francophone ! », lance Pigeon en rigolant.

    ***

    L’autre (belle) scène pop

    La musique de Monogrenade a souvent joué sur les ondes de la radio publique et chez les radios communautaires et universitaires. Sa musique très accessible, voire pop, n’a toutefois pas trouvé de place sur les ondes commerciales, sans grande surprise. « Je trouve que le pop au Québec, c’est rendu un peu quétaine ; on écoute la même chose depuis dix ans, constate Jean-Michel Pigeon. Et pourtant, il y a une belle scène pop. Je trouve que Peter Peter a fait un super-album, le dernier disque de Jimmy Hunt est super cool, et j’ai de la misère à comprendre pourquoi ces gens-là ne sont pas sur les radios commerciales. Et ça nuit à l’image, à la réputation de la musique pop au Québec. Le pop, ça devrait être une belle chose. »

     


     
     
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