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    Musique en mutation

    À la recherche de la poésie cachée dans les données numériques

    30 janvier 2014 |Fabien Deglise | Musique
    Représentation graphique fournie par la NASA de la sonde Pioneer10 frôlant la planète Jupiter.
    Photo: Agence France-Presse (photo) John G. Mabanglo Représentation graphique fournie par la NASA de la sonde Pioneer10 frôlant la planète Jupiter.

    Le lien de causalité est binaire. En dématérialisant ses activités, en numérisant ses relations sociales, ses divertissements, ses activités commerciales, l’humain se retrouve de facto dans un environnement où les données numériques, ces assemblages de codes informatiques formés de suites de 0 et de 1, dominent et se multiplient de manière exponentielle.

     

    Or, dans un monde où le texte, l’image, le son, la vidéo, l’échange, le réel est appréhendé par ces assemblages de chiffres, le sensible peut-il encore trouver sa place au milieu de tant de froideur mathématique et calculante ? Oui, répond le jeune compositeur montréalais Guillaume Pascale, qui a décidé de traquer la poésie qui se trouve dans ces amas de données informatiques, et ce, à des endroits où on l’attend le moins : les informations transmises à la Terre depuis l’espace par les sondes spatiales Voyager 2 et Pioneer 10. Un projet étrangement créatif.

     

    « Beaucoup d’artistes s’intéressent aux données numériques en ce moment, reconnaît cet alchimiste du code binaire rencontré cette semaine par Le Devoir dans un appartement du Mile End. Ce n’est pas un hasard. Nous vivons en permanence au milieu de ces données en nous questionnant de plus en plus sur le sens à donner à tout cela. Pourtant, ces données peuvent avoir une dimension sensible quand on prend la peine de la chercher. »

     

    Sous son nom d’artiste, EQCQ — pour « erreur 404 », un code d’erreur sur Internet renvoyant à une page qui n’existe pas —, le compositeur croit l’avoir trouvé dans les suites de lettres et de chiffres envoyées sur Terre par les sondes spatiales de la NASA. Une fois « mises en arpège », ces données peuvent en effet dévoiler un caractère musical insoupçonné.

     

    « Il s’agit d’une utilisation stochastique de ces données [de positionnement dans l’espace ou de mesure de protons dans les rayons cosmiques qui entoure la sonde] que l’on ramène à des codes binaires et qui finissent par former des accords étranges, résume-t-il. Par la suite, ces accords sont liés à des séquences sonores pour obtenir une interprétation musicale de ces données » et, au bout du compte, une « sculpture sonore » qui « permet de voir quelque chose que tu entends », et inversement.

     

    Son projet, baptisé Les octogrammes, contient pour le moment plus d’une dizaine de créations aux titres parfois évocateurs (Close to Jupiter, Gravité intérieure), souvent sibyllins (5-2-4, 5-2-2). Plusieurs de ses mises en harmonie de données numériques trouvent parfois une résonance dans le cadre d’expositions ou d’installations artistiques, comme son Close to Jupiter, inspiré par les données produites par la sonde Pioneer 10. La pièce musicale a été sélectionnée en décembre dernier par les collectifs Mu et Le Clair obscur pour illustrer un tableau intitulé Planètes de François Dilasser dans le cadre d’un événement présenté au Musée des beaux-arts de Caen, en France.

     

    Les paradoxes liés à la représentation du réel aujourd’hui, Guillaume Pascale les explore également avec un autre projet de mise en sons et en arpèges de… la lumière fossile, ces photons émis 300 000 ans avant le Big Bang et dont il reste encore des traces aujourd’hui, particulièrement dans la « neige » produite par le tube cathodique d’un écran de télé. 1 % de cette neige est composée de cette lumière, fond diffus cosmologique. « C’est une façon de représenter la vitesse de la lumière à la vitesse du son », dit l’artiste, qui voit dans l’exercice une « friction paradoxale intéressante », particulièrement à une époque qui tend à contracter le temps sous l’effet de la numérisation de l’activité humaine.

     

    « Les données expriment des sentiments que l’on peut extraire », ajoute-t-il. C’est une belle façon de résister à leur emprise calculatrice, ajoute l’artiste, mais également de « trouver cet équilibre nécessaire entre le sensible et la raison », une note, un accord à la fois.


     

    Consulter le Soundcloud de Guillaume Pascale

    Close to jupiter



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