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    Le labo de Navet Confit

    Le chanteur et guitariste teste le marché en lançant trois albums d’un coup

    21 décembre 2013 |Philippe Papineau | Musique
    Jean-Philippe Fréchette, alias Navet Confit, se sert du méchant pour faire des chansons.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jean-Philippe Fréchette, alias Navet Confit, se sert du méchant pour faire des chansons.
    «Les artistes sont considérés comme des tableaux Excel, comme matière à subventions, comme matière à revenus. C'est désolant, et en même temps j'ai voulu rire de ça.» — Navet Confit, à propos de son lancement original

    À la fois pour s’amuser et témoigner d’une industrie musicale qui se cherche, Navet Confit lance rien de moins que trois disques sur le Web, et un best-of en copie physique. Rencontre avec un défricheur en profonde réflexion et en constante évolution.

     

    Si tout fout le camp, alors aussi bien plonger et en rire, de la couleur que vous voulez. Voilà ce à quoi fait penser le récent lancement par le chanteur et guitariste Navet Confit de 33 nouvelles chansons d’un coup, divisées en trois disques distincts et résumées en un best-of. Chacun, bien sûr, offert au public de manière différente par-dessus le marché. Le musicien, lui, y voit un laboratoire, autant pour la création que pour la diffusion.

     

    Ç’a quand même donné un coup quand, à la mi-novembre, quatre ans après son dernier disque, Navet Confit nous apprenait presque sans avertissement qu’il levait le voile sur toute cette musique. Déjà, quand, en 2007, il avait lancé un disque double, on l’avait trouvé un peu audacieux. Là, il offre ses quatrième, cinquième et sixième albums — après pas moins de six EP — et on se demande ce qu’il a reçu sur la tête.

     

    La première pièce de Bestove, recueil de douze des titres les plus forts du lot de nouveautés, donne des indices. Sur un air aux allures de Taking Care of Business, il chante ironiquement : « opter pour le confort de la sécurité/c’est plus facile de vivre ainsi sans jamais se mouiller ». En effet, Navet maîtrise l’art de marier l’audace sonore et le refrain pop, le premier degré et le suggéré, la violence et l’humour, le nonchalant et le sautillant. Il se mouille, et vit avec.

     

    « Si ça va mal dans l’industrie ou dans ma vie, je vais avoir un moment d’insomnie, mais j’ai tendance à ce que ça serve à quelque chose ; ça devient des tounes, ou des projets de sortir trois albums », lance le grand bonhomme de 6 pieds 4 en éclatant de rire.

     

    Le labo créatif

     

    Depuis son dernier disque, Papier-Vampire, lancé en 2009, Navet Confit — de son vrai nom Jean-Philippe Fréchette — n’a pas chômé. En plus de travailler avec différents musiciens (Ludo Pin, Maude, Cou cassé, Massicotte), il a cofondé avec ses potes Guillaume Tremblay et Olivier Morin la compagnie Le Théâtre du Futur, qui a présenté avec un certain succès l’opéra-rock Clotaire Rapaille ainsi que L’assassinat du président.

     

    Mais il a aussi connu des moments moins heureux : défaite amoureuse, soucis de santé, frustrations professionnelles… et donc il a écrit des chansons. Pas mal de chansons, certaines plus travaillées, d’autres étant en quelque sorte les belles retailles, « ce qui dépassait ». « C’est le côté laboratoire ; j’aime ça, ouvrir les portes et à la limite laisser les gens échapper un erlenmeyer en faisant la visite ! Le LP4 est plus léger un peu, plus facile d’approche. Les deux autres, ça reste ben edgy par moments. J’ai pas beaucoup de pudeur sur le LP5, contrairement à par le passé, où j’ai eu souvent tendance à faire dans l’abstraction pour contourner ou effleurer les sujets, sans les nommer. […] Et le LP6, c’est des trucs de pré-prod que j’ai réarrangés pour donner une collection de B-sides très éclatés dans les styles. »

     

    Dans un ensemble plutôt grunge, la touche habituelle de Fréchette, il multiplie les riffs accrocheurs mélangés à des bips étranges, nous montre l’hameçon et nous fait travailler un peu. On est touché par certaines phrases sombres (« j’ai envie de te tuer mais je t’aime encore »), on rit d’autres (« Louis-José Houde/tout le monde le trouve drôle/tout le monde à part peut-être ma mère […] elle dit qu’il parle un peu trop vite »).


    Le labo marchant

     

    Ces dernières parutions sont non seulement un labo créatif, mais aussi une façon de tester le marché, toujours avec humour. « La mise en marché fait partie de la démarche artistique au complet. » Même que les trois disques et la compil ont été lancés lors d’une fausse conférence présentant une fausse étude sur l’industrie musicale. « Les artistes sont considérés comme des tableaux Excel, comme matière à subventions, comme matière à revenus, lance Navet Confit. C’est désolant, et en même temps j’ai voulu rire de ça, pour alléger un peu. »

     

    L’« étude », rédigée par le musicien, montrait que trop de disques étaient lancés en même temps — « j’en sors trois ! » —, que les gens n’ont pas le temps d’écouter la musique — « on a fait un best-of » — et qu’il n’y avait plus de repères ni de plateforme de base pour les maisons de disques — « on a un album physique, y’en a un payant, mais uniquement numérique, l’autre en contribution volontaire numérique et l’autre gratuit en ligne ».

     

    « C’est fait bon enfant, ben satirique, mais ça montre une réflexion constante que j’ai avec mes amis musiciens. Ça nous préoccupe. Comment on fait pour continuer à vivre de ce qu’on fait ? Ou juste comment rejoindre notre public, comment faire pour que nos chansons soient écoutées ? »

     

    Le sous-titre fleuve de son LP6 est d’ailleurs savoureux à ce sujet : Au moins, quelques personnes et/ou compagnies et/ou médias prennent encore le risque de promouvoir la diversité dans l’industrie de la musique au Québec en 2013 [ou « si je vends pas plus que 500 copies, j’arrête de faire de la musique »]. « Mais il est gratuit sur le Web, celui-là, y’a pas de copies, c’est un gros clin d’oeil. Mais le titre, je l’ai réécrit quelques fois pour être sûr qu’il soit bien compris que ce n’était pas de l’amertume, mais bien de l’espoir. »

















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