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    Les chercheurs

    28 octobre 2013 |Christophe Huss | Musique
    Hommage à Bruno Maderna et Luigi Nono
    Nouvel ensemble moderne
    Luigi Nono (1924-1990) : À Pierre. Dell’azzurro silenzio, inquietum (1985)… sofferte onde serene… (1976). Buno Maderna (1920-1973) : Viola (1971), Honeyrêves (1961), Aulodia per Lothar (1965), Widmung (1967). Solistes du NEM. Salle Bourgie, vendredi 25 octobre.

    Le concert ouvrant la 25e saison du NEM m’a rappelé cette blague estudiantine, qui circulait dans les facultés de sciences : « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! »

     

    Comme l’a très bien montré cet étalage de soliloques abscons, les Vénitiens Luigi Nono et Bruno Maderna furent des chercheurs. Quarante ans après, force est de constater qu’ils n’ont pas trouvé !

     

    Nous touchons donc, là, à une différence fondamentale entre les sciences et la musique. Cette dernière discipline s’évertue à reproduire épisodiquement en vain des expérimentations dont, pourtant, il est avéré, depuis des décennies, qu’elles n’ont pas abouti.

     

    Du panorama de vendredi il reste très exactement ce qu’on attendait : ...sofferte onde serene… pour piano et bande, défendu avec maestria par Jacques Drouin, une oeuvre à classer au chapitre « intéressant ». Le reste tient de la « recherche infructueuse » ou de la poubelle de l’histoire.

     

    Il était symbolique et édifiant de voir que les notes de programme tenaient en une double page biographique pour chaque compositeur, textes émanant de l’IRCAM, le bien nommé Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique de Monsieur Boulez à Paris. Une bio mais pas un seul mot sur les oeuvres. La chose hautement intéressante eut ici été de demander à chaque interprète d’écrire un paragraphe expliquant son choix de l’oeuvre jouée, les raisons de son attachement à celle-ci et les choses auxquelles il désire sensibiliser l’auditeur. Les réponses « parce que je suis payé pour ça » ou « parce que c’est subventionné » ne sont pas admissibles. Merci.

     

    Je précise avoir plusieurs autres motifs d’admiration pour Nono et Maderna - la sincérité et les engagements du premier, le lumineux travail sur L’Orfeo et les idées du second sur Mahler ou Debussy - et il m’est tout aussi fondamental de souligner que le solo en musique contemporaine est une discipline qui peut se montrer féconde : Jean-Guihen Queyras jouant l’une des Trois Strophes sur le nom de Sacher d’Henri Dutilleux, l’a bien montré il y a quinze jours à Montréal. Mais voilà : Dutilleux a trouvé. Maderna pas.

     

    Dans les années 70, ils étaient peut-être 300 à le constater, vendredi ils étaient 150. En 2037, seront-ils encore une cinquantaine ? En tout cas les absents auront bien raison !













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