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    Jake Bugg au Corona - À lui le flambeau!

    20 septembre 2013 09h45 |Sylvain Cormier | Musique
    On aurait pu être au Marquee, à Londres en 1964, époustouflé par les boutonneux Rolling Stones en train de vitaminer du Jimmy Reed, vieilles âmes dans de jeunes corps. Ou dans un club de Newcastle, même époque, découvrant un Eric Burdon avec ses Animals, Eric-le-gamin se prenant pour la réincarnation de Sonny Boy Williamson (qui n’était même pas mort). On était pourtant ce jeudi soir au Corona Virgin Mobile, sur Notre-Dame pas loin du marché Atwater, à presque un demi-siècle (et un océan) de distance: et pourtant, c’est l’extraordinaire impression que faisait le jeune gars sur scène, ce Jake Bugg né Jacob Edwin Kennedy, fort de ses 19 ans mais n’en paraissant pas seize. L’impression d’être là au tout début, quand l’exaltante histoire du rock britiche démarrait. 

    À tout le moins pour les garçons et filles de mon âge (ou de mon espèce), qui partagent cet amour du British Blues Boom et du folk première époque Dylan-Donovan, et qui trouvaient en ce jeune homme une sorte de miracle sur pattes (avec tête de Justin Bieber à coupe Beatles), tellement ses formidables chansons, les délicats pickings et les furieux strummings qu’il extirpait de sa collection de guitares nous donnaient l’esprit, l’essence, le feu, le zeitgeist de ces spectacles et lieux mythiques. Et tout ça au présent, c’est bien là le miracle, avec la totale fraîcheur de la nouveauté. Rien de moins que la réinvention d’un monde! 

    Pour les autres, qui n’entendent pas nécessairement le saupoudrage de Salt Of The Earth (fameux folk-blues des Stones de 1968) dans Someplace, ou Buddy Holly nulle part, l’expérience de ce deuxième spectacle de Jake Bugg à Montréal en moins de deux mois (il se produisait parmi des tas d’autres au festival Osheaga, le 2 août dernier), était tout simplement la célébration extatique du nouveau chouchou: ce sont ces gars et filles de l’âge de Jake Bugg (ou à peine plus) qui criaient le plus fort et chantaient avec lui ses refrains. Sous le regard admiratif des gars et filles de mon âge (tels des parents fiers de leurs enfants, me faisait remarquer fort justement l’amie — ravie elle aussi — qui m’accompagnait). Communion, passage du flambeau, c’était tout ça, Jake Bugg au Corona jeudi soir.

    Pas long, mais tout bon 

    Le spectacle n’était pas bien long, forcément (une heure et des poussières), le fils de Nuttingham a donné seize titres dont presque l’intégrale de l’unique album paru à la fin de 2012, mais tout était profondément enthousiasmant. La candeur du gars, sa gêne lorsque submergé de cris nourris, ne rendaient que plus craquante la simplicité de son approche: presque sans bouger, il y allait de ses morceaux r’n’b en survitesse (Trouble Town, Kingpin, Slumville Sunrise, Taste It, l’irrépressible Lightning Bolt) avec la même transparence que ses ballades folk tendres (splendides Someplace, Country Song, Broken, qui n’avaient pas pour moindre mérite de parvenir à faire taire cette foule majoritairement anglo et typiquement grande gueule). Les inédites – Song About Love, Me & You – étaient immédiatement gagnantes, comme le disque à la première écoute (allez acheter ou télécharger si ce n’est déjà fait cet album épatant et revigorant). Fallait voir tout le monde partager Two Fingers, peut-être la meilleure chanson de tout le lot: il n’y a pas beaucoup de refrains qui soulèvent autant, et j’en ai mille millions en tête, des refrains. 

    Et quand, au rappel, entre la toute douce Broken et la dûment foudroyante Lightning Bolt, Jake Bugg a chanté du Neil Young en guise d’hymne national, sa façon de faire sienne Hey Hey, My My (Into The Black) disait tout: ça disait que le passé nourrit le présent, et que le présent doit exulter pour que l’avenir soit possible. Et ça disait aussi, toutes générations confondues, que lorsque s’amène un jeunot vraiment, mais alors là vraiment bon, on est tous d’accord et on l’acclame.
     
     
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