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    Pop Montréal - La page blanche franco de Jason Bajada

    20 septembre 2013 |Philippe Papineau | Musique
    Son tout nouveau disque intitulé Le résultat de mes bêtises marque un virage prononcé dans la démarche de Jason Bajada.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Son tout nouveau disque intitulé Le résultat de mes bêtises marque un virage prononcé dans la démarche de Jason Bajada.
    En spectacle-lancement le 26 septembre, au National, dans le cadre de Pop Montréal.

    C’est fou ce qu’il est calme, Jason Bajada. C’en est quasiment déstabilisant. Un sourire prudent au visage, le pas leste, le débit égal, tout va pour le mieux dans le pire des mondes. Pourtant, le Montréalais aurait de quoi être fébrile et avoir la pupille pétillante, car le musicien lance un premier disque en français après 10 ans de carrière et quatre albums folk en anglais. « Je peux bien pousser, mais les trucs qui ont fonctionné le plus dans ma carrière, c’est les impondérables, c’est les trucs qui sont arrivés complètement au hasard. Alors… »

     

    Alors, il prend ça cool. Pas fou. Mais quand même, ce tout nouveau disque intitulé Le résultat de mes bêtises marque un virage prononcé dans la démarche de Bajada, dont le père (un Paquin) est francophone et la mère anglophone. Depuis son premier disque paru en 2005, le guitariste peaufine ses chansons dans la langue de Leonard Cohen et d’Elliot Smith, et n’avait jamais envisagé de franchir la frontière linguistique.

     

    Bajada, 32 ans, est Québécois, est allé à l’école en français et n’a évidemment pas d’accent, mais il explique que tout son bagage culturel s’est déroulé en anglais : émissions de télévision, films, cours de musique, lectures, etc. « Ça fait des années qu’on me le dit, pourquoi tu fais pas juste une toune en français ? raconte Bajada, rencontré dans son local de répétition rempli d’amplis. Ma compagnie de disques de l’époque disait : “Fais un cover, de Twinkle Twinkle Little Star, n’importe quoi !”Mais je le sentais pas, je ne pensais jamais, jamais, jamais faire une toune en français. Ou alors, il faudrait que ce soit pour les bonnes raisons. C’est ça qui est arrivé. »

     

    Faire ses devoirs

     

    Les raisons ? Encore les impondérables, et une certaine prise de conscience. Un certain jeudi soir, alors qu’une pièce de Bashung jouait dans la pièce, Bajada a réalisé qu’il n’avait pratiquement aucun disque franco à la maison. Même qu’il n’avait pour ainsi dire jamais écouté la musique de ses amis musiciens qui chantaient dans la langue de Miron. « Et j’ai fait : attends une minute, je vais juste essayer pour le fun. J’ai écrit Minolta, qui est sur l’album, pour essayer, pour voir. Et j’étais heureux du résultat. Je l’ai fait écouter à ma copine, est-ce que je suis dans le champ ? J’ai eu un bon feeling, j’en ai écrit une autre. »

     

    Et puis, un bel imprévu, son père lui prête sa maison de campagne pendant un mois. Tout s’emboîte dans l’horaire, et Bajada s’y installe pour composer et aussi pour y « faire ses devoirs » en écoutant plein de musique francophone. « Alors, je suis au chalet, il est huit heures, avec une bouteille de vin, et un soir c’est la soirée Pierre Lapointe, par exemple. J’ai tout écouté, pas parce que je suis un fan, mais pour savoir de quoi il parle, ses couleurs, son vocabulaire. Puis, un autre soir, c’était le même exercice avec Bashung, et puis, avec un autre après. »

     

    La création a été une expérience assez différente pour Bajada, les soucis n’étant pas tout à fait les mêmes. « Il y avait un peu le syndrome de l’imposteur, avoue-t-il, mais pour mes quatre albums en anglais, chaque fois, c’était plus difficile. Là, quelque part, c’était facile, c’était la page blanche, je recommençais à zéro, j’ai utilisé zéro mot de vocabulaire en français, j’étais frais, frais, frais. C’était stimulant artistiquement. »

     

    Du son

     

    Le virage de Bajada se sent aussi dans les sujets abordés. Le résultat de mes bêtises est certainement son disque le moins axé sur les relations amoureuses. Il y parle entre autres de souveraineté (Boire leur venin), d’amitié (William), et de musique (Le temps, Armée de montgolfière, écrite avec Peter Peter).

     

    Même musicalement, le disque réalisé par Marc Bell est plus ample et varié que ses prédécesseurs, et ce, en partie en raison des musiciens qu’on y entend. « J’ai un peu kidnappé le groupe de Marie-Pierre Arthur », rigole doucement Bajada. On en sent l’énergie et les textures, particulièrement sur Tes rêves, Le temps, et Au revoir est un mensonge. « Y en a du stock, y en a des guitares. »

     

    Patient, Bajada poursuivra son chemin sans trop pousser, laissant venir à lui les impondérables, tout en étant conscient que ce disque en français lui permettra une meilleure diffusion dans les médias québécois. « Je me trouve chanceux d’être tombé dans la francophonie un jeudi soir de novembre 2011, en écrivant Minolta, juste pour essayer. »


     
     
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