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    Lakmé, la magie se répétera-t-elle six ans après?

    Sensualité et dépaysement font le prix de l’opéra en trois actes de Léo Delibes

    21 septembre 2013 |Christophe Huss | Musique
    Audrey Luna remplace Eglise Gutiérrez dans le rôle de Lakmé au sein des mêmes décors et costumes foisonnants qui ont contribué à la magie en 2007.
    Photo: Yves Renaud Audrey Luna remplace Eglise Gutiérrez dans le rôle de Lakmé au sein des mêmes décors et costumes foisonnants qui ont contribué à la magie en 2007.
    Lakmé à l’oreille et pour les yeux

    Au disque : on recommande Michel Plasson, avec Natalie Dessay dans le rôle-titre (EMI, coffret Michel Plasson et l’opéra français).

    À l’écran : le DVD de ce spectacle par l’Opera Australia, sous la direction d’Emmanuel Joel-Hornak, avec Emma Matthews dans le rôle-titre. OPZ56021 BD (distr. Naxos)

    Lakmé de Léo Delibes reprend l’affiche de l’Opéra de Montréal ce samedi, pour quatre représentations. Le spectacle coproduit avec Opera Australia fit merveille et salle comble en 2007. « Une production à ne pas manquer », avions-nous écrit alors. Rebelote en 2013 ?

     

    Ce que nous découvrirons ce samedi lorsque le rideau se lèvera aura des allures de déjà-vu puisque Lakmé de Léo Delibes se présentera dans les mêmes décors et costumes foisonnants qu’en février 2007. Signés Mark Thompson, ils habillent avec luxuriance une production conçue initialement par Adam Cook.

     

    La reprise de 2013 sera mise en scène par Alain Gauthier, qui a séduit à plusieurs reprises à l’Opéra de Montréal, son dernier spectacle en date étant Dead Man Walking, seul événement de la saison passée. Les éclairages seront confiés à Anne-Catherine Simard-Deraspe.

     

    Depuis 2007, cette même production de Lakmé a aussi eu l’honneur d’une publication en DVD et Blu-ray dans une captation de la reprise du spectacle à Sydney, en septembre 2011. Là aussi, Adam Cook n’était plus de la partie, Rodger Hidgman assurant la reprise, avec Emma Matthews dans le rôle-titre.

      

    Clochettes et duo

     

    À Montréal, en 2007, le spectacle bénéficiait de la direction de Jean-François Rivest et d’une distribution de haut calibre, avec Aline Kutan et deux chanteurs canadiens alors en pleine ascension : Frédéric Antoun et Mireille Lebel. Cette fois, après avoir choisi de faire revenir à Montréal Eglise Gutiérrez, que l’on avait vue en Lucia di Lammermoor, l’Opéra de Montréal a dû enregistrer la défection de cette chanteuse cubaine, qui sera remplacée par Audrey Luna. Nous connaissons Audrey Luna comme la spécialiste des spectaculaires piaillements stratosphériques du rôle d’Ariel dans The Tempest deThomas Adès.

     

    Le ténor canadien John Tessier, le Tamino de La flûte enchantée à Montréal en 2009, reprendra le rôle de Gérald laissé vacant par Frédéric Antoun. La basse turque Burak Bilgili, Simon Boccanegra ici en 2010, incarnera Nilakantha, père de Lakmé. La prometteuse Emma Char chantera le rôle de Malika en lieu et place de Mireille Lebel. La distribution sera complétée par Dominique Côté, Florie Valiquette, France Bellemare, Rachèle Tremblay et Aaron Sheppard. Dans la fosse : Emmanuel Plasson, qui avait oeuvré dans le Faust de Gounod en 2012.

     

    Lakmé de Léo Delibes doit sa popularité au fameux « air des clochettes » chanté par l’héroïne au second acte et au sensuel duo Lakmé-Malika du premier acte, Dôme épais, où le jasmin à la rose s’assemble.

     

    L’ouvrage a été écrit par Delibes en 1882 et créé en 1883 à l’Opéra Comique (Paris) ; 77 ans plus tard, il y avait été représenté 1500 fois.

     

    Le roman de Pierre Loti qui servit d’inspiration à Lakmé raconte les amours d’un lieutenant de vaisseau et d’une Tahitienne, qu’il doit quitter pour échapper à la tuberculose. Les librettistes Edmond Gondinet et Philippe Gille s’en sont écartés, situant l’action de l’opéra en Inde à l’époque coloniale anglaise afin de sacrifier à la mode du moment, celle de l’orientalisme.

     

    Le brahmane rebelle Nilakantha a pour fille la prêtresse Lakmé. L’enceinte du temple est profanée par l’intrusion de la fille du gouverneur, Ellen, accompagnée de deux officiers, Gérald et Frédéric. Gérald et Lakmé tombent amoureux, ce qui ne plaira pas au papa de la prêtresse. Amour impossible, mort assurée…

      

    Bizet avant Delibes

     

    La distanciation géographique à l’opéra remonte déjà à Lully (Les Indes galantes), Mozart (L’enlèvement au sérail), Rossini (L’Italienne à Alger) et Weber (Abu Hassan). Mais Lakmé s’inscrit de facto dans la fascination qu’à l’époque l’Orient exerce.

     

    Lakmé n’existerait pas non plus sans Les pêcheurs de perles de Bizet, dont l’action se déroule à Ceylan. Les parallèles entre Les pêcheurs de perles (1863) et Lakmé (1883) s’imposent dès les premières minutes : un choeur pour camper la situation, un temple sacré, un duo en apesanteur (deux hommes pour Au fond du temple saint chez Bizet, deux femmes chez Delibes) et une prêtresse brahmane qui se signale par des mélopées au loin. Il n’en reste pas moins qu’entre 1863 et 1883, le traitement de l’orientalisme en musique a fortement évolué.

     

    L’oeuvre fondatrice de l’orientalisme musical français est Le désert de Félicien David (1844). À l’opéra, il y aura, deux ans après Les pêcheurs de perles, L’Africaine de Meyerbeer puis, en 1877, Le roi de Lahore du jeune Massenet, que son librettiste Louis Gallet conçoit alors comme un « grand opéra exotique sur un thème indien ». 1877, c’est aussi l’année de la création de Samson et Dalila de Saint-Saëns.

     

    Cette « externalisation » de l’action est avant tout l’occasion pour les compositeurs de se laisser aller en matière de sensualité des lignes musicales, sous prétexte de modes orientaux. Sur ce point, la différence entre la musique subtile et sinueuse de Léo Delibes et le franc Bizet des Pêcheurs de perles est patente. Sensualité et dépaysement font le prix de l’ouvrage.

     

    C’est cela que les spectateurs vont quérir.

     

     

    Lakmé 

    Opéra en trois actes de Léo Delibes sur un livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille, d’après un roman de Pierre Loti. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, les 21, 24, 26 et 28 septembre à 19 h 30. Billetterie : 514 842-2112

     

     













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