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L'ADISQ a 25 ans - La chanson monte au front

Sylvain Cormier   15 octobre 2003  Musique
L'heure n'est pas à la fête dans l'industrie québécoise du disque et du spectacle, malgré le quart de siècle de son association et de son gala. Internet tue le disque, se plaint-on. Et les radios n'aident pas beaucoup. Des solutions? L'ADISQ en a.

Vingt-cinq ans de vie associative, cela se célèbre, bretelles pétées, bedaines flattées et tout ce que cela suppose de récapitulatifs et d'autocongratulations: de fait, on se les pétera et on se les flattera comme il se doit d'ici au gala du dimanche 26 octobre. Mais hier, le déjeuner de presse auquel l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (l'ADISQ) conviait ses membres, ses anciens présidents et les médias était plus solennel que festif. Bretelles en place, des fois que tout le monde se retrouverait culottes baissées. Hier, pour dire les choses crûment, l'industrie a avoué qu'elle avait peur à ses fesses. Et l'industrie a réagi en bottant quelques derrières.

La fidèle Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l'ADISQ, a certes relevé les bons coups du regroupement depuis 1978: quotas mis en place pour la diffusion de chansons d'ici, redevances obtenues pour les interprètes et les producteurs, hausse du financement des entreprises, bonification du statut de l'artiste, sans oublier les cotes d'écoute et indéniables retombées de la grande séance annuelle de lèche-vitrine qu'est le gala. Mais elle-même avait le ton alarmiste, évoquant le «profond séisme qui secoue notre industrie» avant de laisser son nouveau président Yves-François Blanchet (gérant des Éric Lapointe et cie, et nouveau locataire du Cabaret du Plateau) passer à l'action.

Car c'est bien de cela qu'il s'agissait. Ce déjeuner anniversaire n'était rien de moins qu'un appel aux armes: oui, il faut «s'attaquer à la notion de gratuité» (c.-à-d. les 2,6 milliards de fichiers musicaux téléchargés à l'oeil par mois sur Internet), et oui, il faut «défendre la diversité musicale» contre les pratiques actuelles des radios commerciales, qui jouent tout le temps les mêmes chansons: les 15 titres en tête du palmarès s'arrogeraient 50 % des ondes, selon les chiffres de Blanchet. Le président de l'ADISQ ne se demandait pas hier comment pourrait prospérer son membership, mais bien comment les artistes et leurs producteurs survivront, jamais payés pour des oeuvres désormais échangées comme des billes dans une cour de récré, jamais diffusées par des radios plus préoccupées par la rentabilité à courte vue qu'à la véritable variété variée, garante de fidélité à long terme.

Pas gêné, Blanchet est monté sur le front Internet avec la solution d'affaires la plus plausible: faire payer les fournisseurs d'accès. L'ADISQ demandait hier officiellement aux Sympatico et consorts une «juste et équitable rétribution», à savoir 3 % de leurs faramineux revenus. Sur les 1,9 milliard de dollars canadiens par an qu'amassent les fournisseurs d'accès (selon l'ADISQ, toujours), l'industrie se partagerait ainsi quelque 57 millions. Demande «conviviale» d'abord: l'artillerie juridique suivra, le cas échéant.

On saura gré à Blanchet, même si celui-ci se disait «assez content» des poursuites intentées aux États-Unis contre les téléchargeurs les plus actifs, de ne pas jouer trop lourdement la carte de la coercition: hier, il parlait surtout de «valoriser la musique et ceux qui la transportent». Distribué à l'entrée, un document intitulé Pour une musique au pluriel, entre cahier commémoratif, constat des dommages et manifeste, en disait plus long: «[...] les efforts de l'ADISQ et de ses partenaires devront porter également, et porteront, sur le rétablissement d'une communauté d'intérêts et de liens commerciaux entre le milieu de la musique et l'amateur lui-même.» On en reparlera.
 
 
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  • Robert Geoffrion - Inscrit
    15 octobre 2003 11 h 02
    Qui est voleur?
    Bonjour,
    Personnellement, je me réjouis des nouvelles possibilités qu'offrent les nouvelles technologies. En effet, ces dernières vont forcer toute une industrie à redéfinir de façon plus équitable les rôles et les redevances de chaque intervenant.

    Ce qui me choque dans cette situation c'est l'hypocrisie des compagnies de disques qui prétendent vouloir se porter à la défense des artistes. Or, à mon avis, ce quelles veulent sauver c'est plutôt leur marge de profit.

    Jusqu'à maintenant, elles ont toujours eu le gros bout du bâton et n'ont jamais hésité à profiter de leur position de force pour faire signer des contrats indécents aux artistes (avec des clauses comme "pas un sous de ristourne sur les 15 000 premiers album vendus", etc.). Sans compter les tactiques malhonnêtes souvent pratiquées (comme par exemple mettre sous contrat un nouvel artiste au talent indéniable mais possédant un style semblable à un artiste djà sous contrat pour ensuite le "tabletter" afin de s'assurer de tuer la compétition dans l'oeuf).

    Si le piratage fait mal aux artistes en les privant des quelques sous qui leur reviennent sur chaque album, il leur fait aussi du bien. Toute la musique diffusée via internet contribue à leur promotion. Combien de spectateurs de plus assisteront à leurs spectacles grâce à ce phénoméne? Combien d'articles promotionnels supplémentaires seront vendus? Voilà des résultats que l'industrie n'est pas pressée d'étudier ou d'évaluer car les résultats pourraient venir contrecarrer leur montée aux barricades.

    Les technologies maintenant en place changent la donne. En tant que consommateur je suis bien prêt remettre aux artistes leur juste part (qui pourrait mme être supérieure à celle que leur laisse les compagnies de disques).

    En fait, j'ose espérer que les artistes saisiront l'occasion de vraiment prendre en main leur carrière. J'espère même que les rôles seront inversés et que ce sera l'artiste qui fera signer un contrat à la compagnie de disque afin de profiter de leur expertise dans certains domaines précis comme la promotion ou la représentation.

    Nous avons de moins en moins besoin de CD ( et conséquemment de l'impression, de l'emballage et de la distribution de ce dernier) et ce phénomène ira en s'accentuant.

    La soudaine importante baisse de prix n'est elle pas la preuve que durant toutes ces années antérieures les compagnies de disques ont profité sans scrupules des consommateurs?

    Oui, les technologies provoquent de profonds changements mais dans le débat qui s'en suit je vous demande "quelle place l'industrie a t-elle fait au consommateur pour qu'il se fasse entendre?".

    Les rôles sont appels à changer. Je doute toutefois que les multinationales de la musique soient prêtes à faire des concessions.

    Je suis navré pour les artistes mais je crois qu'à moyen terme ce sera, comme l'expression populaire le dit "un mal pour un bien".

    Ne comptez pas sur moi pour pleurer sur le sort des compagnies de disques.


    Robert Geoffrion
    M.A. Multimdia
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