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    Poirier prend le virage Boundary

    29 mai 2013 |Philippe Papineau | Musique
    Si Poirier visait les corps à coups de basse lourde, son projet parallèle Boundary s’adresse davantage à notre tête.
    Photo: Philippe Sawicki Si Poirier visait les corps à coups de basse lourde, son projet parallèle Boundary s’adresse davantage à notre tête.

    Figure de proue de la musique électronique montréalaise et champion des pièces rebondissantes souvent inspirées des musiques antillaises, Ghislain Poirier fait danser la métropole depuis plusieurs années, entre autres avec les défuntes soirées Bounce le gros. Mais le revoici, sous un nouvel éclairage et avec un nouveau nom, Boundary, qui retourne à ses premières amours avec un son plus froid et cinématographique.

     

    Si Poirier visait les corps à coups de basse lourde, son projet parallèle Boundary s’adresse davantage à notre tête. Le musicien troque la crème solaire pour la tuque, même si le climat de ses 13 nouvelles pièces n’est pas glacial. Cette aventure sonore nous plonge en nous-mêmes, force une expérience plus cérébrale que physique.

     

    Poirier arrive à l’entrevue à vélo avec un t-shirt sur lequel il est inscrit « c’mere hippie », avec l’illustration d’un vieux rasoir de barbier. Rieur, mais aux opinions tranchées, il est très serein face à son nouvel album. « J’ai fait le disque sans autocensure, sans préconception. J’ai fait beaucoup de musique pour faire danser, mais là, il me manquait la dimension plus atmosphérique, et ça me fait du bien de faire ça. C’est un équilibre personnel. En même temps, oui, c’est différent, mais on sait que c’est moi, ça s’entend dans la façon dont je fais les beats. »

     

    On pourrait appeler ça sa touche, sa manière de faire vibrer le son, de mélanger des textures organiques à des fréquences synthétiques. Mais avec Boundary, Poirier laisse de côté le soca, le dancehall, le ragga. « La première chanson que j’ai composée pour l’album, c’est Double-Edged Sword, qui est rythmée mais hautement mélodique. En la faisant, je me suis dit: Ah, dans cette piste-là, il y a les éléments que je veux développer pour le disque. Le côté planant, avec une longue intro, le côté mélodique et le beat qui frappe de manière répétitive. J’aime qu’il y ait peu d’éléments dans ma musique, j’aime ça, jongler avec peu de choses, mais bien jongler avec. Je trouve qu’on a tendance à surproduire les choses, à mettre trop de glaçage. Moi, j’ai fait le pari contraire. »

     

    Parce que pari il y a, même s’il est plutôt agréable de découvrir les facettes dans Boundary au fil des écoutes. L’étiquette de disque Ninja Tunes, qui avait une option sur ce disque, a décidé de ne pas embarquer dans l’aventure. Ghislain Poirier a choisi de foncer quand même et de le faire paraître à compte d’auteur, payant de sa poche, pour la promotion, entre autres. « Je vais utiliser le mot carrière, lance-t-il avant d’en rire, mais si dans ma carrière musicale j’avais attendu que les portes s’ouvrent au complet, ou que le contexte soit idéal, j’aurais rien fait. Et si on ferme des portes, que ce soit au niveau des labels ou des subventions, si on me met entre quatre murs fermés, je vais faire un trou au plafond ! »

     

    Des pistes à suivre

     

    Ce premier disque de Boundary - Poirier promet que ce ne sera pas le seul - fera plaisir aux initiés d’une musique électronique dite « intelligente », mais qui sait se faire accessible aux néophytes. Le fabricant de rythmes montréalais déteste les musiciens qui veulent à tout prix faire montre de leur virtuosité, qui composent pour épater la galerie, particulièrement leurs collègues musiciens. « J’ai toujours cru qu’en art, même si t’as une proposition immensément intellectuelle, conceptuelle, le produit final doit être autonome juste par… sa beauté, je dirais. Et si tu veux avoir une autre lecture, voir ce qui se passe derrière, tu le peux aussi. »

     

    Et en bon berger, Poirier aide les auditeurs à se créer des images avec des titres de pièces évocateurs. Fukushima, Expo 67, Quarantine, Devil’s Triangle… « Un titre en musique instrumentale est un guide, mais pas la réponse. C’est essayer de dire “va regarder par là au lieu de regarder partout autour de toi ”. Une des pistes les plus électroniques et dures de l’album s’appelle Abidjan. J’ai une image de quand j’étais là-bas, de nuit, dans cette grosse ville africaine, sur le pont, avec le centre-ville et toutes ses lumières. »

     

    Au grand plaisir de Poirier, c’est au festival MUTEK - qui commence ce mercredi soir et se termine dimanche - que Boundary sera présenté pour la première fois sur scène, avec le batteur Chris Olsen. « MUTEK, sérieusement, c’est une institution, un passage extrêmement important pour les gens qui font de la musique électronique sur la scène mondiale. » Habitué de faire danser les gens, Poirier s’attend bien sûr à une autre réaction avec les pièces de Boundary. « Je soupèse même l’idée d’indiquer aux gens qu’ils peuvent s’asseoir. Assis-toi, le gros ! »













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