Francis Mineau, le lycanthrope
Le batteur de Malajube lance Oothèque, un album en dualités qui évite l’évidence
L’album Oothèque sera lancé à Montréal avec une courte prestation le 16 mai au O Patro Vys. En prestation au Festival d’été de Québec le 7 juillet au Cercle.
Même s’il garde ses lunettes fumées tout au long de l’entrevue, Francis Mineau n’arrive pas en jouant le paon. Prudent, discret, il hésite d’emblée à ouvrir grandes les vannes. « Je vais répondre à chaque question en disant que c’est un mélange de tout. » Philosophe ou réservé, on ne sait pas trop. Mais parlez de musique à un musicien de métier et la passion fera le travail.
« J’ai composé mes premières chansons à 12 ou 13 ans, raconte-t-il. Je me souviens que plus jeune, avec Julien [Mineau, son cousin et chanteur de Malajube], quand on a eu notre première guitare, on a tout de suite essayé d’écrire des tounes, on n’a jamais essayé d’apprendre les chansons des autres, sauf Nirvana au début. Je me souviens qu’on était contents quand on trouvait deux accords qui allaient ensemble, et encore aujourd’hui je peux ressentir ça après toutes ces années. C’est quelque chose qui me stimule. »
Oothèque, le nom du projet et le nom du disque, évite la monochromie et montre plusieurs facettes d’un rock baigné dans les claviers. On sent bien sûr des liens avec Malajube, mais Mineau s’éclate dans d’autres directions, faisant parfois penser à Jérôme Minière, à Peter Peter ou à la musique britannique eighties.
Fait totalement en solitaire, le disque a permis à Francis Mineau de toucher à tous les instruments, testant ses limites à chaque étape de l’enregistrement. « C’est étrange à dire mais, quand tu travailles tout seul, c’est dur de te surprendre, tu te prévois. Mais je me suis rendu compte que, quand je compose et que j’enregistre, je vais tout le temps m’accrocher un peu, et ça donne un accord totalement différent que celui prévu. Et j’ai décidé de les garder. Mon inconscient me dirigeait vers quelque chose d’autre, et ça devient une façon de travailler à deux, c’est comme ça que je le vois. »
Dualités
Le batteur de Malajube n’est pas le type de parolier qui parle de lui-même en écrivant au « je ». Francis Mineau brouille les pistes, évoque plus qu’il ne dit, fait résonner des images plutôt qu’il ne raconte des histoires, utilise des mots surprenants, comme « oothèque » - un groupe d’oeufs enfermés dans une même coque, et métaphoriquement un album ! - ou « lycanthrope » - un loup-garou.
Ses pièces intriguent, et quand on gratte un peu, on trouve souvent des oppositions, entre la folie et la raison, l’organique et le synthétique, par exemple. « Lycanthrope, la dualité de l’album est là-dedans ; la question identitaire, tu jongles entre deux, c’est l’homme et le loup en même temps. »
Grand consommateur de musique, Mineau voue un culte à Alain Souchon, qui représente pour lui le summum de la chanson francophone. Oothèque ne sonne pas comme du Souchon, mais on y retrouve une dose de mystère et un esprit à la fois investi et détaché, souvent ressenti chez le Français.
« Les chansons qui me parlent le plus sont celles que je comprends tout de suite sans pouvoir dire exactement de quoi elle parle. Mais tu les comprends sentimentalement parlant, dit Mineau. Je ne veux pas donner les choses toutes cuites, ou crues. Je veux créer des images assez fortes pour que quelqu’un qui écoute se fasse sa propre idée, et que même en étant perdu, il y ait un sens pour lui. »


Oothèque - FM (mp3)





