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La télé française boycotte Dolan

Jugé trop violent, son vidéoclip de la chanson College Boy, d’Indochine, ne sera pas diffusé

3 mai 2013 | François Lévesque | Musique
Insultes, intimidation, passage à tabac, exécution : tel est le chemin de croix du protagoniste adolescent de College Boy. En France, certains médias se scandalisent tandis que d’autres estiment que le cinéaste frappe fort, mais juste.

Ça commence par des regards de travers dans une salle de classe. Ça culmine avec la crucifixion d’un élève dans la cour de récréation. Son crime ? Il est différent. Rien d’apparent, mais quelque chose d’intangible le distingue du groupe. Qui ne se fond doit disparaître. Tourné en noir et blanc et exhibant les savants mouvements d’appareil que l’on est désormais en droit d’attendre d’une oeuvre de Xavier Dolan, le vidéoclip College Boy oppose la beauté de la forme à la laideur du fond. Il en résulte un contraste puissant qui suscite des réactions extrêmement polarisées dans l’Hexagone. Joint par Le Devoir, le principal intéressé réagit à chaud.


« Au moment où on se parle, aucun télédiffuseur français ne souhaite passer le clip, peu importe la recommandation que leur fera le CSA (le Conseil supérieur de l’audiovisuel). Cette censure me sidère. Surtout qu’elle émane de gens qui n’éprouvent aucun scrupule à diffuser en boucle des clips hip-hop ou pop dans lesquels des femmes aux corps enduits d’huile se font traiter de salopes », dénonce Xavier Dolan, dont le téléphone ne dérougit pas depuis le petit matin. « Ça fait tellement longtemps qu’on banalise la violence, la vulgarité, l’objectivation de la femme, comme je le mentionnais : il y a des débats légitimes qui ne se font pas. » Et celui autour de la violence dans College Boy en est un faux, estime le cinéaste.


Pendant que l’on discute, College Boy est le sujet numéro un sur Twitter en France et au Québec. « Je m’attendais à certaines réactions, mais rien de cette ampleur, poursuit le réalisateur. […] À la base, Indochine m’a donné carte blanche. Dès les premières notes, dès les premiers mots de la chanson, le récit s’est imposé. »


Et le noir et blanc ? « Honnêtement, l’enjeu économique a joué. Le noir et blanc facilite la direction artistique. Au-delà de ça, j’étais plus à l’aise d’aborder la violence sans la couleur. Le sang, à la fin, ç’aurait été insupportable en couleur. » En cela, Xavier Dolan suit la trace d’Alfred Hitchcock, qui opta pour le noir et blanc dans son film Psycho, entre autres pour amoindrir l’impact du sang versé.


Un reflet de l’actualité


« La violence dans mon clip n’est en rien pire que celle qu’on voit dans un film de Tarantino ou dans d’autres clips, estime l’auteur de Laurence Anyways. Le plus récent du chanteur français Vitalic montre un groupe d’individus qui s’assassinent les uns les autres pour la propriété d’une mallette dont on ignore le contenu. Ils se tranchent la jugulaire, se tirent une balle dans l’oeil : c’est absolument gratuit. J’aime ce clip et je suis capable de l’apprécier ; je ne veux pas jouer les démagogues. Or, qu’on ne trouve rien à redire dans ce cas-là et qu’on prétende ensuite que moi, je fais l’apologie de la violence alors que je l’insère au contraire dans le cadre d’une réflexion, d’une dénonciation, je trouve que c’est de l’hypocrisie. »


Xavier Dolan en veut pour preuve le préambule silencieux qu’il a imposé à Sony, l’étiquette d’Indochine. « Dans cette première minute-là, dans la classe, on prend un parti. Un gentil est identifié et un méchant est identifié, c’est aussi simple que ça. » Et la violence, on l’aura compris, est l’apanage du méchant. Or, c’est l’approbation tacite du groupe qui secoue, celle-ci se traduisant tour à tour par une participation active ou de l’aveuglement volontaire. « Un enfant de 5 ans est capable de comprendre la dynamique mise en place au début. Qui plus est, la violence que je montre fait écho à une actualité brûlante ».


Un climat social inquiétant


Et si la violence du vidéoclip n’était qu’un prétexte ? Et si le vrai malaise se situait ailleurs ? College Boy sort en France alors que la législation sur le mariage pour tous en indispose plusieurs. Le Point le rappelle : « Le clip frappe juste, l’actualité le prouve, depuis les récents suicides d’adolescents ayant subi les brimades de leurs “camarades” jusqu’aux violentes agressions en marge du débat sur le mariage pour tous. »


« C’est très inquiétant, ce qui se passe là-bas en ce moment, croit Xavier Dolan. Le reste du monde avance, mais on dirait que la France recule. Et le monde regarde la France et attend de voir. L’exacerbation du pavillon extrême de la droite est vraiment gênante. » Selon un sondage de la maison TNS Sofrès publié dans Le Monde en février dernier, en effet, environ un tiers des Français se disent sympathiques aux propositions de Marine Le Pen, présidente du Front national, un parti d’extrême droite. « C’est très épeurant, très inquiétant. On ne parle même plus de droite ou de gauche. On est rendu ailleurs. On est rendu dans l’ostracisme. On est rendu dans l’intolérance dans sa forme la plus pure : l’intolérance qu’on assume. » College Boy se clôt sur le sourire du bourreau scolaire. Un sourire triomphant. Assumé.

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	Une scène du vidéoclip réalisé par Xavier Dolan</div>
 
 
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