Musique classique - Fastes musicaux à Saint-Pétersbourg
La présence du président Poutine a généré une parano sécuritaire au point où des rideaux opaques ont dû être ajoutés en l’espace de 48 heures derrière les plus intéressantes parois en verre de la façade afin d’éviter d’éventuels tireurs embusqués lors du cocktail d’après-spectacle.
Pour sertir la nouvelle salle d’une superbe coque en onyx couleur miel, les ressources en onyx de la Turquie, de la Macédoine et de l’Iran ont littéralement été épuisées ces dernières années ! L’édifice, construit au coût de 700 millions de dollars (environ six fois plus que la Maison symphonique) et conçu par les architectes torontois Diamond Schmitt, suscitait ces dernières semaines une vive polémique quant à son esthétique. Nous reviendrons plus longuement sur une analyse des enjeux architecturaux et musicaux de ce projet, le plus ambitieux de la décennie en Europe, aux côtés de la Philharmonie de l’Elbe à Hambourg, prévue désormais pour une inauguration en 2017.
Le cadeau du tsar de la Russie moderne au tsar de la musique a donc été inauguré le 3 mai 2013, jour du 60e anniversaire de Gergiev et lendemain du 1er Mai, qui a vu Poutine ressortir de la naphtaline la très soviétique médaille de « Héros du travail », concept enterré depuis 1991 et décerné mercredi au chef et à quatre autres dignitaires. Gergiev est donc assuré d’avoir un buste en bronze dans sa ville natale et des médicaments gratuits jusqu’à la fin de ses jours !
Olga Borodina marque la soirée
La soirée de gala, fastueuse, réunissait une douzaine de grosses vedettes de la musique classique et comportait une remarquable et importante partie dévolue au ballet, marquée par la présence sur scène de la légendaire Ulyana Lopatkina.
Les grandes prestations vocales ont été celles de René Pape dans l’air du Veau d’or du Faust de Gounod, Placido Domingo chantant Sigmund dans un allemand très exotique, mais toujours d’un volume sonore impressionnant, et Anna Netrebko en Lady Macbeth. Mais le grand choc vocal et musical fut l’apparition d’Olga Borodina dans Mon coeur s’ouvre à ta voix de Samson et Dalila de Saint-Saëns. Elle a fait sortir pas mal de mouchoirs, dont le mien…
Comme tout bon gala, la soirée est allée crescendo, avec une amusante composition autour du La ci darem la mano de Don Giovanni, où cinq barytons se disputaient les faveurs d’Anna Netrebko à coups de surenchères florales, tout cela pour se la faire ravir in fine par Valery Gergiev lui-même. Le tableau final, tiré de Iolanta de Tchaïkovski fut à la fois colossal et émouvant.
Côté acoustique, Valery Gergiev, qui récuse le concept d’acoustique modulable, du genre de celle qu’on ne finit pas de régler à Montréal, a confié le projet aux Allemands de Müller-BBM. Il a sans conteste touché le jackpot ! Le son, riche, présent et équilibré, est parfait d’emblée.
Le Mariinsky II est, donc, d’ores et déjà une grande maison d’opéra pour le XXIe siècle.










