Andrew Megill, celui qui nous a greffé un choeur
La perle rare trouvée par Kent Nagano a permis de doter Montréal d’un choeur de top niveau
Dimanche 5 mai à 14h30. Requiem de Fauré et de Duruflé. Andrew Megill, direction. François Zeitouni (orgue). Solistes: Jana Miller et Clayton Kennedy (Fauré); Stéphanie Pothier et Marc-Antoine d’Aragon (Duruflé). 514 842-2112
Voici quelqu’un dont la venue à Montréal ne passe pas inaperçue. En deux ans de présence, Andrew Megill a façonné un vrai choeur symphonique de niveau international. Analyse d’un phénomène.
Habemus chorum!, titrait Le Devoir le 14 mars dernier, au lendemain de l’élection du nouveau pape et de la présentation, par le Choeur et l’Orchestre symphonique de Montréal, du Requiem allemand de Brahms. Il n’y a pas cinquante explications au phénomène. Il s’incarne en une personne: Andrew Megill, chef de choeur, la perle rare enfin trouvée par Kent Nagano.
Dans le Requiem de Brahms, tout repose sur une pulsation dont le ressort prend racine dans les consonnes des mots. Par rapport à la précédente exécution, en 2009, pourtant préparée par un chef de choeur germanophone, Megill a transformé ce que nous avions appelé alors un «charabia de diatomées» en des phrases intelligibles et signifiantes.
Une nouvelle ambition
Ce n’est pas faire insulte au travail d’Iwan Edwards, chef du choeur à Montréal pendant plus de trente ans, que de constater que nous sommes passés d’un ensemble à l’engagement enthousiaste à un véritable choeur de top niveau.
Il est vrai que les profils des directeurs musicaux avec lesquels Edwards, d’un côté, et Megill, de l’autre, travaillent ou ont travaillé n’est pas du tout comparable. Dutoit, chef symphonique, laissait Edwards maître de tout, allant jusqu’à ne pas requérir de répétition avec piano, chose à peu près aussi étonnante que de vouloir grimper l’Himalaya en espadrilles. Par opposition, l’univers de Nagano, chef d’opéra, est littéralement peuplé de voix et d’alliances musique et verbe. Évidemment, pour lui, la répétition choeur et piano est un moment clé du processus de préparation d’une oeuvre chorale avec orchestre.
Andrew Megill a été repéré sur les recommandations de deux membres d’un comité de recherche. Il préparait La Création de Haydn en Californie quand il a eu un appel de Kent Nagano en personne. Ce dernier l’a invité à mener les répétitions en vue du Messie en décembre 2010. Megill s’est vu offrir le poste dans la foulée.
Chanter ensemble
L’état des lieux était clair aux yeux de Megill: «Montréal avait de magnifiques chanteurs ne chantant pas magnifiquement ensemble. Il fallait restaurer avant tout une discipline d’ensemble afin de gagner une liberté dans l’approche de la musique.» Sans critiquer personne, Megill constate que, «depuis le départ d’Iwan Edwards, plusieurs personnes se sont succédé. Il n’y avait donc pas de ligne directrice, pas de parti pris pour chanter avec imagination, pour comprendre pourquoi une phrase diffère d’une autre ou pourquoi les dynamiques varient.» Bref, pour transformer une partition en quelque chose de signifiant.
Parmi les dimensions à travailler, il y avait aussi le rythme. «Les chanteurs comprennent vite les dimensions de phrases et de lignes, qu’il faut parfois enseigner plus longuement à des instrumentistes. Par contre, les chanteurs n’ont pas naturellement la même discipline rythmique que des instrumentistes.»
Enfin, sur le plan de la prononciation, Megill considère que le bilinguisme aide beaucoup, car il fait coïncider deux approches des voyelles. «La manière de prononcer influe le son. À Montréal, il est donc plus difficile de tout fondre. Mais, a contrario, c’est probablement le choeur le plus flexible avec lequel j’ai travaillé; il est très souple et assimile vite les langues.»
Sur mesure
Il y a deux ensembles chantant avec l’OSM : un grand choeur et un choeur de chanteurs professionnels, membres de l’Union des artistes. C’est ce choeur de chambre qui chantera le dimanche 5 mai les Requiem de Fauré et de Duruflé. «Le contrat syndical spécifie que les 50 premiers choristes de chaque production doivent être des professionnels, précise Andrew Megill en entrevue. Lorsque nous chantons Brahms, à 100, ou Honegger, à 150, nous puisons dans un vivier d’excellents chanteurs amateurs.»
Andrew Megill a auditionné tous les professionnels dès son engagement. «Kent Nagano m’a demandé mon avis sur l’édification du choeur et, en ne programmant que des oeuvres ne demandant pas beaucoup de choristes, il a permis que, lors de la saison 2011-2012, nous ne travaillions qu’avec les professionnels. J’ai ainsi oeuvré plusieurs fois de suite avec le même noyau de chanteurs et j’ai pu inculquer une discipline.»
Chaque concert implique une allocation de répétitions très soupesée. « Pour Brahms, nous avons eu sept répétitions avec les amateurs, une avec les professionnels, puis cinq avec amateurs et professionnels ensemble. » Pour optimiser ce processus d’édification à Montréal, Andrew Megill a pu bénéficier d’une année sabbatique d’enseignement (il enseigne à la Rider University, près de New York) et a vécu ici pendant toute la saison. Il organisera ensuite des venues par plages de deux semaines.
À ses yeux aussi, le Requiem de Brahms a été un tournant. «J’étais heureux et fier; nous avons eu la première fois un pupitre de ténors brillant et souple et ce fut un vrai postulat artistique.»
Pour le concert des Requiem de Fauré et de Duruflé - avec accompagnement d’orgue - qui s’annonce, Megill insistera sur les différences plutôt que sur les convergences entre les deux oeuvres. Il voit le Fauré comme une oeuvre plus «douce» alors que le Duruflé serait plus «intense». La différence la plus audible sera néanmoins la prononciation latine, puisqu’il n’a pas échappé au chef que l’oeuvre de Fauré précède l’abolition, par le pape Pie X, en 1904, de l’utilisation du latin gallican. La prononciation latine sera donc différente dans les deux oeuvres.










