Concerts classiques - La croisée des chemins
Arion
Haydn : Symphonies n° 49
« La Passione » et n° 8 « Le Soir ». Mozart : Symphonie n° 17, K. 129 et Concerto pour piano n° 14, K. 449. David Breitman (pianoforte), Jaap ter Linden (direction). Salle Bourgie, vendredi 19 avril 2013.
Où va Arion ? Que défend Arion ? Quels ont été les acquis, les évolutions, les améliorations des dix dernières années ? Combien de temps peut-on continuer ainsi en roue libre, comme si de rien n’était ?
Poser ces questions peut vexer. Mais ne pas les soulever serait irresponsable. Yuli Turovsky ne les avait pas envisagées pour I Musici quand sa santé déclinait et que les concerts devenaient si irréguliers que la base d’abonnés se désagrégeait. I Musici ne s’en remettra pas avant longtemps, malgré la fulgurante pertinence du travail de Jean-Marie Zeitouni. Arion est à cette croisée des chemins.
Manque de finition
Le concert de vendredi n’était pas particulièrement mauvais, pas spécialement bon ou bien conçu non plus - commencer par un chef-d’oeuvre en fa mineur de Haydn pour cheminer vers du Mozart-chantilly avec (concerto) ou sans (symphonie) crème…
Mais il y a ce qu’on est désormais quasiment sûr de retrouver : les sonorités d’instruments anciens, certes, mais une finition nettement inférieure à I Musici et aux Violons du Roy ; tous ces moments d’angoisse pour l’auditeur, pressentant la catastrophe au moindre solo de violon (Ah, le Finale de la Symphonie « Le Soir » de Haydn !) ; et cette espèce d’état d’esprit que parce que c’est ancien, ça peut être un peu faux (ensemble dans l’Andante ou contrebasse dans le Trio de la même symphonie). Ces approximations ne sont pas des accidents, ils deviennent une marque de fabrique.
Je laisse les têtes pensantes d’Arion réfléchir à tout cela, mais je me dis pour la première fois que l’offre de service non sollicitée ratée d’Hervé Niquet sur le milieu baroque montréalais il y a dix ans a peut-être été une grande occasion gâchée en matière de développement du répertoire, de la qualité de ce que nous entendons et des compétences.
Jaap ter Linden a mené un concert pépère avec un pianofortiste compétent. Je n’ai absolument pas compris pourquoi le chef ne faisait pas les reprises des secondes sections de mouvements dans la suprême 49e Symphonie de Haydn alors qu’il les observait dans l’insignifiante 17e de Mozart et organisait un orage récurrent dans « Le Soir ». J’ai subodoré que c’était pour que la première partie ne dure pas trop longtemps et, au contraire, pour étoffer la seconde. Si c’est bien cela l’explication, on voit l’étendue du problème : donnez-nous donc moins de notes et plus de musique, s’il vous plaît !
Pour l’instant, les musiciens d’Arion ont encore l’air de bien s’amuser entre eux. La question est de savoir, dans cinq ans, devant combien de personnes ils le feront… Il n’est ni trop tôt ni trop tard (heureusement) pour s’en inquiéter.








