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    Kent Nagano, ce succès qui dérange

    La machine à rumeurs a causé des dommages à l’image de l’OSM et de son chef à l’international

    13 avril 2013 |Christophe Huss | Musique
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	En sept ans, Kent Nagano a déjà marqué l’histoire de la musique à Montréal, d’une part en obtenant la construction d’une salle de concert, toujours refusée à Dutoit précédemment, et en remplissant cette salle à chacune de ses apparitions.</div>
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir
    En sept ans, Kent Nagano a déjà marqué l’histoire de la musique à Montréal, d’une part en obtenant la construction d’une salle de concert, toujours refusée à Dutoit précédemment, et en remplissant cette salle à chacune de ses apparitions.
    Kent Nagano, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), a vu, en octobre 2012, son contrat prolongé jusqu’en 2016. Des rumeurs insistantes veulent que l’OSM soit en train de lui chercher un successeur. À la vitesse d’Internet, les potins sont devenus « informations » et les démentis formels n’y font rien. Les dommages au niveau international causés à l’image de Montréal, de l’OSM et de son chef sont indéniables. Analyse.

    Si l’OSM a retenu les services de Zarin Mehta, retraité du New York Philharmonic, ce n’est pas pour trouver un successeur à Kent Nagano, comme le veulent les rumeurs, mais bien pour travailler à la percée du chef aux États-Unis.


    « M. Zarin Mehta agit à titre de consultant auprès de l’équipe artistique de l’OSM depuis la fin de l’année 2012 », précise la directrice des relations publiques de l’OSM, Véronique Boileau. Plus précisément, l’ancien directeur général de l’orchestre, bien connu à Montréal, a été engagé par la chef de la direction Madeleine Careau, un choix avalisé par le comité exécutif du conseil d’administration. Et cet engagement ne se serait pas fait dans le dos du directeur musical. « Kent Nagano s’est engagé très activement en faveur de l’embauche de Zarin Mehta comme consultant », nous confirme son attachée de presse, Gabriele Schiller.


    Selon nos sources, le mandat particulier de Zarin Mehta est de combler le déficit d’image de l’OSM et de Kent Nagano aux États-Unis avec, possiblement, une tournée à la clé en 2016. Ceci corrobore la réponse de l’OSM au Devoir affirmant que les conseils de Zarin Mehta n’auront d’effet que sur « la programmation à l’international ». L’orchestre confirme que Kent Nagano garde le pouvoir total et intégral sur le choix des chefs invités.


    L’administration consulte


    Zarin Mehta est connu pour faire partie de comités de recherche. Ce profil a assurément alimenté les rumeurs. Mehta, jadis membre d’un comité fantoche pour la recherche du directeur musical de l’OSQ, est beaucoup plus actif actuellement dans la recherche du successeur de Pinchas Zukerman à Ottawa. Même job à l’OSM ? La situation serait éthiquement intenable.


    Mais l’association Mehta-Nagano reste cocasse, puisque Zarin Mehta n’a jamais rien fait en douze ans à New York pour accueillir ou favoriser Kent Nagano, dont la carrière aux États-Unis est quasi inexistante. S’allier pour demain les ennemis d’hier est une vieille tactique éprouvée.


    Dans les bureaux de l’OSM, on peut s’étonner des qualifications de cette administration fort nombreuse qui nécessite pourtant de multiples expertises externes. Selon ses propres termes, « l’OSM a toujours pu compter, au besoin, sur l’appui de consultants de niveau international pour l’épauler dans différents champs d’expertise : Jean-Pierre Brossmann (surtout dans le domaine vocal), Dieter Rexroth (aspects musicologiques de la programmation à Montréal), ou encore Evans Mirageas (conseil en ce qui a trait au lien avec les agents, la négociation de contrats etc.) », explique dans un courriel Mme Boileau. La nouvelle étrangeté est le recoupement des expertises de Mirageas, ancien patron chez Decca, et Zarin Mehta, deux hommes aux carnets d’adresses bien remplis.


    À ce titre, Mme Boileau précise qu’Evans Mirageas est là pour le multimédia, le streaming, le downloading, etc. « Il est donc devenu consultant pour nous dans ce secteur et, petit à petit, il nous a conseillés aussi sur le marché américain, les agents, la négociation de contrats d’artistes, etc. »


    Quand bien même l’OSM se chercherait un chef pour un hypothétique après-Nagano, la présente période est stratégiquement mauvaise : dans l’année qui vient, le Symphonique de Boston se choisira un directeur musical. Il y a quatre « candidats », ce qui veut dire trois futurs déçus, probablement rassurés de trouver une oreille compréhensive pour atténuer leur peine. Du côté de Kent Nagano, rien ne saurait l’inciter à partir, à moins que le poste de Michael Tilson-Thomas se libère à San Francisco et s’offre à lui. Ce n’est pas le cas pour l’heure. Ceci explique que l’OSM et son chef insistent lourdement sur une phrase du communiqué : « Après 2016, le mandat de Kent Nagano pourra faire l’objet d’un renouvellement à la convenance des deux parties. »


    Les musiciens pour Nagano


    L’orchestre n’a pas été consulté, ni en grand comité ni en petit, sur l’après-2016. Tout au plus, les musiciens remplissent des fiches d’évaluation de tous les chefs invités, et celle de Vasily Petrenko, successeur potentiel évoqué par La Presse, est impressionnante. C’est tout. « Trois ans à se tirer dans le pied, je trouve ça vraiment bizarre », nous dit un musicien.


    De ceux qui apprécient Kent Nagano aux « Nagano sceptiques », tous les musiciens interrogés par Le Devoir s’accordent à dire que, s’il y avait un vote à bulletins secrets sur le renouvellement de leur chef, un « oui » l’emporterait assurément, probablement aux deux tiers. « Nous ne sommes pas tombés sur la tête : voyez tout ce que nous faisons grâce à lui : des tournées, des disques, des concerts remplis… »


    Même les sceptiques, adeptes d’une approche plus dionysiaque, plus intensément « chantée » de la musique, reconnaissent que le chef « prêche par l’exemple » et admirent en lui le « bourreau de travail, qui donne l’exemple », et celui « qui respecte la musique, le public et les musiciens ». « L’atmosphère de travail est agréable ; il est à la fois très exigeant et convivial », dit l’un de nos interlocuteurs. « Je ne connais pas un musicien qui parle négativement de Kent Nagano à l’extérieur depuis quatre ou cinq ans », dit un autre. « On ne parle pas de ça, il n’y a pas d’écoeurantite aiguë comme à la fin de l’ère Dutoit. » C’est peut-être pour cela que nous n’avons pas réussi à rencontrer ces supposés nombreux musiciens prêts à déclarer : « On s’ennuie tellement de Charly »…


    Qui en veut à Kent Nagano?


    En sept ans, Kent Nagano a déjà marqué de manière pérenne l’histoire musicale à Montréal en obtenant la construction d’une salle de concert, toujours refusée à Dutoit précédemment ; en amenant dans cette salle un orgue symphonique ; en remplissant ladite salle à chacune de ses apparitions ; en reconnectant l’orchestre avec le marché des tournées - en pleine dépression ; en faisant enregistrer l’OSM et en le crédibilisant dans des répertoires où on ne l’attendait pas du tout (Beethoven, Mahler) ; en rebranchant l’OSM dans la cité, grâce à de nombreux projets populaires (certes plus ou moins heureux) ; en remettant l’OSM à l’antenne de la télévision de Radio-Canada (au prix, hélas, de compromissions musicales) ; et en ayant des idées, des idées et encore des idées.


    Nagano a réussi à apparaître comme un personnage populaire, lui l’intello. En tout cas - tout comme Yannick Nézet-Séguin au Métropolitain -, il a cassé une image hautaine de la musique classique.


    Certes, tout n’est pas rose. Il y a cette arrogance de l’OSM, soutenue par des privilèges quasi iniques quant à l’utilisation de la salle ; ces programmes parfois abscons ; ce quasi-divorce avec la musique française pendant cinq ans ; cette méconnaissance ou ce désintérêt de ce qui bouge en musique classique, avec une différence abyssale entre Toronto et Montréal au chapitre des artistes invités.


    On ne se défera jamais de l’association OSM-Dutoit gravée en 25 ans sur des dizaines de disques. Mais Kent Nagano est tout simplement et naturellement en train de le supplanter dans l’éminence des directeurs musicaux de l’OSM. Si cela dérange certains nostalgiques au point de vouloir défaire son association avec l’orchestre, à en voir les conséquences on se dit que la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

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	En sept ans, Kent Nagano a déjà marqué l’histoire de la musique à Montréal, d’une part en obtenant la construction d’une salle de concert, toujours refusée à Dutoit précédemment, et en remplissant cette salle à chacune de ses apparitions.</div>
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	Kent Nagano l’intello, ici vêtu de son chandail du Canadien, a réussi à apparaître comme un personnage populaire. </div>
     
     
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