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    Forêt, à l’orée de deux univers

    16 mars 2013 |Philippe Papineau | Musique
    Émilie Laforest et Joseph Marchand forment un couple depuis longtemps ; ils sont mariés et parents de deux « chefs-d’œuvre ».
    Photo: Marie-Hélène Tremblay - Le Devoir Émilie Laforest et Joseph Marchand forment un couple depuis longtemps ; ils sont mariés et parents de deux « chefs-d’œuvre ».

    Forêt

    Simone Records/Select


    Forêt - Le sucre de mes larmes (mp3)

    On entre dans la musique de Forêt avec l’oreille circonspecte. Il y a cette guitare arpégée, haletante, qui marque le ton, et un chant féminin vaporeux qui flotte dans les branches. Puis plein de voix et de claviers comme autant d’apparitions intrigantes, et cette batterie étouffée qui bat la mesure. Voici un boisé clair-obscur, poétique, pas très conventionnel mais très attirant.


    Le groupe Forêt se trouve à l’orée des deux univers a priori pas très communs du guitariste Joseph Marchand et de la chanteuse Émilie Laforest. Lui navigue dans la chanson pop depuis plusieurs années comme musicien, réalisateur ou arrangeur, entre autres pour Ariane Moffatt, Stéphanie Lapointe et Pierre Lapointe. Elle, violoniste de formation, a fait l’université en chant classique, mais navigue depuis plusieurs années dans des eaux contemporaines, électro-acoustiques et expérimentales.


    Dans leur studio, Joseph est confortablement assis sur le sofa, tandis qu’Émilie est bien droite sur le banc de piano. Les deux musiciens sont francs, ouverts, sympathiques, sans prétention. Des blagues fusent, l’ambiance est à la jasette.


    Leur rencontre ne date pas d’hier. Marchand et Laforest forment un couple depuis longtemps ; ils sont mariés et parents de deux « chefs-d’oeuvre ». Mais leur union musicale, beaucoup plus récente, n’était pas évidente. « Je faisais une musique qui interpelle moins les gens, plus abrupte. Mais j’ai toujours aimé la pop, dit Émilie. La rencontre de nos deux personnes, c’est aussi un intérêt et une passion mutuelle pour le milieu musical de l’autre. Et là on était assez rapprochés pour faire un projet ensemble. »


    Avec ce premier disque de Forêt, coréalisé par François Lafontaine de Karkwa, on a l’impression que la Française Keren Ann a fait un stage avec Grizzly Bear. On y entend brièvement la voix de Pierre Lapointe - qui a composé un texte -, quelques notes d’Ariane Moffatt, la batterie de Robbie Kuster (Patrick Watson).


    En amont de la naissance de Forêt, il y a le recueil de poésie Le rayonnement des corps noirs, de Kim Doré, qu’Émilie Laforest lisait pour s’inspirer dans son écriture musicale. Et ce fut le coup de foudre. « On est dans des images de nature, de force. Et j’ai composé comme un exercice de style. » Puis la chanteuse décide de contacter la poète pour lui présenter son travail. Marchand est dubitatif, mais la réaction très positive de Doré confond le sceptique. L’oeil d’Émilie pétille un peu. « Elle m’a dit : “ Pourquoi, au lieu de mettre ma poésie en musique, on ne ferait pas quelque chose ensemble ? J’écrirais tes chansons. ” On a donc fait une demande de bourse pour ça… et on l’a eue ! Bang, dans la face à Joseph ! »


    Forêt est donc né. Doré écrit des textes sur les pistes de voix d’Émilie. Ou Joseph trouve un enchaînement qui inspire des mots à Kim, puis des mélodies à Émilie, qui écrit ses partitions à la main, assise devant des feuilles de portées vierges. « C’est à l’écrit que ça se passe. Ce que je compose mélodiquement et harmoniquement, c’est quand même rigoureux… Souvent, Joseph entendait ce que je faisais et il était surpris que je sois allée dans certaines directions. Et étant en couple, la barre était toujours assez haute pour satisfaire l’autre, il faut l’avouer. »


    Dans leur panorama sonore que Marchand qualifie d’« assez mouvant », Laforest a tissé une trame discrète de choeurs, qui peuvent prendre l’allure de synthétiseurs. Et quand elle chante, sa voix est dans les aiguës. « C’est une façon lyrique de voir les choses ; mon background doit m’influencer là-dedans. Mais on ne voulait pas faire de la pop opératique, avec ma voix classique de tête, bien pure. Alors j’ai trafiqué ma propre voix, je suis allée dans des zones d’inconfort, je me suis filtrée. Ç’a été mon gros travail. »


    Pour ces deux pigistes de la musique, sautant de projet en projet, Forêt ressemble au début de quelque chose de sérieux, qui leur appartient. Joseph rigole. « Maintenant je vais pouvoir mépriser mes amis musiciens avec qui je fais des sessions ! » Émilie le traite de niaiseux avec ses yeux. « Moi, j’aimerais ça vivre de ça. Pour moi, c’est davantage le début de ma nouvelle carrière. Je chérirais cette idée-là. J’aurais de la place pour ça dans ma vie. »

     

    ***

    Forêt vu par David Altmejd

    Pour créer la pochette de son disque, Forêt a fait appel au sculpteur David Altmejd. On y voit une photo de la chanteuse Émilie Laforest telle que vue à travers un miroir éclaté d’un coup de marteau. « Dans la plupart de ses sculptures où il y a un corps, il se passe toujours quelque chose avec la tête, raconte Laforest. Comme avec son archange devant le Musée des beaux-arts de Montréal, dont le visage est fait de mains. Des fois, c’est un monsieur en complet avec une tête d’oiseau. Et notre pochette n’est pas exclue de ça ! »













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