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    Concerts classiques - Chef-d’oeuvre à l’opéra

    11 mars 2013 |Christophe Huss | Musique
    Dead Man Walking est porté par Étienne Dupuis, en transe.
    Photo: Yves Renaud Dead Man Walking est porté par Étienne Dupuis, en transe.

    Opéra de Montréal : Dead Man Walking
    Opéra en deux actes de Jake Heggie (2000). Étienne Dupuis (Joseph De Rocher) ; Allison McHardy (Soeur Helen), Chantal Nurse (Soeur Rose) ; Kimberley Barber (la mère), John MacMaster (père Grenville), Alain Coulombe (directeur de prison), etc. Choeur de l’OdM, Orchestre Métropolitain, Wayne Marshall. Mise en scène : Alain Gauthier. Décors et costumes : Harry Frehner et Scott Reid. Éclairages : Éric W. Champoux. Salle Wilfrid-Pelletier, samedi 9 mars. Reprises mardi, jeudi et samedi.

    On nous a donc menti ! Cela fait soixante ans que d’aucuns cherchent à nous faire croire que la musique contemporaine est une pilule amère constituée d’ingrédients auxquels on ne comprend rien. Et plus c’est indigeste, plus ce serait génial ? Vraiment ?

    Ces fossoyeurs de haut vol, dont certains chefs d’escadrilles voulurent même brûler les maisons d’opéra (symboliquement ou métaphoriquement), ont-ils réussi à tuer la musique ? La réponse, qui nous bouleverse jusque dans nos tripes lorsqu’elle devient tangible et évidente, est « non » ! Et Dead Man Walking (2000) de Jake Heggie, compositeur né en 1961, en est la preuve. Cette preuve, il vous reste trois soirées - mardi, jeudi, samedi - pour la vivre dans votre chair. Ne laissez pas passer cette occasion.


    L’engagement du public et son soutien à cette programmation de l’Opéra de Montréal auront plus qu’une portée symbolique. Ils détermineront à court et moyen terme la marge de manoeuvre de l’institution permettant (ou non) un contact avec ce type de créations, que ce soit Doctor Atomic ou The Death of Klinghoffer de John Adams, The Handmaid’s Tale de Poul Ruders ou des opéras de Sallinen ou Boesmans. Tous (plus ou moins faciles d’approche, certes) ont en commun d’être à même de relier préoccupations de notre temps et création musicale, mais aussi d’unir théâtre et opéra en attirant un autre public.


    La saine écologie d’un opéra, dans une saison de cinq spectacles, devrait être une découverte par an dans ce registre du théâtre chanté. Il en va de l’avenir. Mais, pour cela, il fallait éradiquer la peur du public et réparer des décennies de travail de sape.


    Grand et bouleversant


    Dead Man Walking est un chef-d’oeuvre, dans la lignée des meilleurs opéras de Britten, ou de Dialogues des Carmélites de Poulenc. Dead Man Walking à l’Opéra de Montréal est un grand et bouleversant spectacle, huilé dans ses moindres rouages par une équipe scénographique parfaitement inspirée. Alain Gauthier retrouve la grâce de Suor Angelica et de son diptyque Paillasse/Gianni Schicchi.


    Dead Man Walking est porté par Étienne Dupuis en transe, avec un chant physique toujours parfaitement en contrôle, mais aussi par Allison McHardy, qui transcende ses limites (plafonnement des aigus au IIe acte) par un investissement viscéral. Dead Man Walking est par ailleurs illuminé par la direction limpide de Wayne Marshall et par quatre compositions exceptionnelles dans des rôles secondaires : Thomas Goerz en père de la fille assassinée, Kimberley Barber en mère du meurtrier, Alain Coulombe en directeur de prison et John McMaster en père aumônier.


    Celui qui met la table et tire les ficelles est Jake Heggie, le compositeur. Heggie est un malin, doté d’une suprême intelligence. Il sait que dans les vieux pots on trouve les meilleurs onguents. La partie orchestrale est quadrillée en motifs récurrents comme du Wagner (l’art et la manière de glisser musicalement d’une scène à une autre est déjà parfaitement achevé dans ce premier opéra) ; on trouve aux trois quarts du premier acte un sextuor comme chez Mozart et Donizetti ; les choeurs interviennent à des moments clés ; le livret est implacable, humour compris (!) ; le parcours émotionnel pour le spectateur n’est ni plus ni moins que du Puccini cent ans après Puccini.


    Comme le prône Heggie, chaque scène doit apporter un élément, une mutation, rehaussée par la musique, et tout s’agrège au final en un exemple édifiant pour l’auditeur - ici un regard sur l’inhumanité de la peine de mort.


    Mission accomplie à 100 %. Merci à tous.

     
     
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