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    La première rock star de l’Amérique

    Une première biographie est consacrée à la reine du vaudeville d’origine québécoise Eva Tanguay

    15 février 2013 |Isabelle Paré | Musique
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	Au plus fort de sa carrière, vers 1916, Eva Tanguay parvenait à négocier des cachets aussi mirobolants que ceux de Robert Houdini, maître</div>
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	de l’illusionnisme, soit de 3500 $ par semaine</div>
    Photo: Courtoisie de Dan Johansson
    Au plus fort de sa carrière, vers 1916, Eva Tanguay parvenait à négocier des cachets aussi mirobolants que ceux de Robert Houdini, maître
    de l’illusionnisme, soit de 3500 $ par semaine
    À relire sur le sujet: le dossier du Devoir sur Eva Tanguay

    Une première biographie vient d’être consacrée à la Québécoise d’origine Eva Tanguay, superstar du vaudeville qui régna sur le show-business américain jusqu’au début des années 30. Superstar avant l’heure, elle est aujourd’hui considérée, aux côtés des Janis Joplin, Madonna et Lady Gaga, comme la première d’une longue lignée d’icônes qui ont contribué à révolutionner l’image de la femme.


    Tombée dans l’oubli, la flamboyante Eva Tanguay parvenait il y a 100 ans au faîte de sa gloire. Seule sur scène, Tanguay, armée d’une poigne de fer et d’un style sans pareil, était la seule femme à tenir des propos explicitement sexuels, à se vêtir de costumes plus excentriques les uns que les autres et à mener l’industrie du spectacle par le bout du nez.


    Au plus fort de sa carrière, vers 1916, elle parvenait à négocier des cachets aussi mirobolants que ceux de Robert Houdini, maître de l’illusionnisme, soit de 3500 $ par semaine, ce qui équivaudrait aujourd’hui à 100 000 $ en dollars constants.


    Il y a trois ans, Le Devoir consacrait tout un dossier à ce personnage historique hors de l’ordinaire, à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Pour mieux comprendre l’impact de cette jeune femme née en Estrie sur la société américaine, nous avons rejoint son biographe, Andrew Erdman, à New York.

     

    Pourquoi affirmez-vous qu’Eva Tanguay a servi de modèle à des stars féminines comme Lady Gaga ou Madonna ?


    D’une certaine façon, elle a été la première d’une lignée de femmes qui, après elle, ont proposé de nouveaux modèles féminins. Elle faisait fi des tabous, faisait tout ce qu’une femme de cette époque n’aurait osé faire, en étant extravertie, à l’aise avec son corps, dangereusement spontanée, au grand dam des autorités religieuses. Mae West et Judy Garland se sont directement inspirées d’elle, et dans le même esprit, on peut dire qu’elle a précédé Madonna et Lady Gaga.

     

    Comment a-t-elle réussi à devenir aussi célèbre?


    Plus que du talent, elle avait érigé autour d’elle un culte de la personnalité. Ses chansons les plus célèbres avaient des titres assez provocants pour l’époque comme I Don’t Care et Go As Far As You Like. Elle n’avait pas de sex-appeal à proprement parler, mais elle misait sur son extravagance, sa drôlerie, ses costumes étonnants, sa soif de liberté et sur l’utilisation très habile de la presse à scandales. En ce sens, elle fut la première superstar à savoir parfaitement comment manipuler en sa faveur les médias de masse modernes.

     

    Pourquoi le public entretenait-il cette fascination envers elle?


    Ses moindres faits et gestes étaient rapportés par la presse. Elle a affiché sur scène un nouveau modèle féminin. Celui d’une femme qui n’avait pas besoin d’hommes pour réussir et qui était totalement libre de ses gestes et affranchie des tabous du temps. Elle fut presque toujours célibataire, négociait seule ses contrats. Des femmes comme Sarah Bernhardt l’ont précédée, mais leurs publics étaient moins populaires. Tanguay a incarné un modèle de réussite et de liberté pour la jeune classe ouvrière urbaine, au moment où les États-Unis vivaient une grande époque d’urbanisation.


    Est-ce que ses origines canadiennes-françaises ont joué un rôle dans sa trajectoire extraordinaire?


    Comme bien des immigrants, il était difficile de sortir du lot, et la scène fut une façon pour elle de prendre sa place. Elle a commencé sa carrière à 8 ans dans le Massachusetts, où vivait un grand nombre d’immigrants canadiens-français, ce qui a aidé à lui bâtir un public idèle.


     

    Pourquoi soutenez-vous que l’influence d’Eva Tanguay se fait sentir encore aujourd’hui?


    Même si bien des gens n’ont jamais entendu parler d’elle, ce qu’elle a apporté à l’univers de la scène était tout à fait inédit et a été imité par bien d’autres femmes par la suite, dont Sophie Tucker. L’art de la provocation, d’être sans compromis et de se bâtir une célébrité à travers les médias semble aujourd’hui couler de source. Mais elle fut vraiment la première à ériger cette manière de faire en un art.


    Recensé par le New York Times et le Wall Street Journal, Queen of Vaudeville : The Story of Eva Tanguay est le seul ouvrage jamais consacré à la star du vaudeville d’origine québécoise qui, en quarante ans de carrière, n’est venue jouer que deux fois à Montréal. Selon nos informations, publiées en 2010, Eva Tanguay s’est produite en 1908 au Théâtre Royal, puis en 1909, au Théâtre Bennett’s, rue Sainte-Catherine, en première américaine, juste avant de prendre la vedette dans l’immensément populaire revue des Ziegfeld Follies sur Broadway. Des producteurs américains lui avaient offert alors 3500 $ pour la convaincre d’annuler son voyage à Montréal, mais Eva Tanguay les aurait gentiment envoyés balader. Quelques années plus tard, l’arrivée du cinéma muet aura raison de la carrière de Tanguay et signera la fin du vaudeville en Amérique du Nord.













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