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    Mois multi - Prière de ne pas éteindre votre cellulaire

    Walter Boudreau et Yves Daoust revisitent Bach pour le plonger dans les univers numériques

    9 février 2013 |Fabien Deglise | Musique
    Téléphone bien tempéré est une relecture contemporaine du premier prélude et de la fugue du Clavier bien tempéré de Bach, nourrie par les sonneries des téléphones cellulaires.
    Photo: Jacques Cabana Téléphone bien tempéré est une relecture contemporaine du premier prélude et de la fugue du Clavier bien tempéré de Bach, nourrie par les sonneries des téléphones cellulaires.

    Le génie, c’est un peu ça. Le téléphone cellulaire est devenu dans les dernières années une nuisance ordinaire et sonore durant un spectacle, sauf peut-être pour les compositeurs Walter Boudreau et Yves Daoust.


    Au lieu de subir le bruit du moderne animal, le duo a décidé en effet de l’intégrer à une oeuvre musicale, forcément contemporaine, et hautement participative. Le téléphone bien tempéré - c’est son nom - va être présenté samedi après-midi au Palais Montcalm de Québec dans le cadre du 14e Festival international d’arts multidisciplinaires et électroniques. Et, contrairement à la formule en vigueur, les propriétaires de cellulaires vont y être invités à ne surtout pas mettre leur appareil en sourdine.


    « Le bruit d’un téléphone cellulaire, c’est très irritant quand il n’est pas souhaité », résume à l’autre bout du fil Walter Boudreau. Le Devoir lui a parlé la semaine dernière à l’approche de ce spectacle livré devant public aujourd’hui pour la quatrième fois seulement. « Par contre, si on le prend, qu’on le contextualise et qu’on le fait participer à une création artistique, alors là, ce bruit prend une tout autre signification. Et c’est ce que nous voulions explorer avec cette composition », qui détourne un fléau pour le rendre délicat, tout en mettant deux époques en résonance : celle du tout à l’ego portée par les cellulaires avec celle plus harmonique de Jean-Sébastien Bach.


    C’est que ce Téléphone bien tempéré est aussi une relecture contemporaine du premier prélude et de la fugue du Clavier bien tempéré de Bach, sur lequel Boudreau et Daoust ont inscrit une ligne harmonique bien de notre temps : des sonneries enregistrées de téléphones cellulaires, mais également les sonneries des téléphones présents dans la salle et que les spectateurs sont invités à activer lorsque le chef d’orchestre leur en donne l’ordre. Dans les univers numériques, on parle d’une oeuvre participative - ou tellement 2.0. Sur Facebook, ce genre de truc s’accompagne généralement de la mention de circonstance : « j’aime ».


    Créée en 2011 par la Société de musique contemporaine du Québec, l’oeuvre a déjà été présentée dans une église, et ce, dans une version magistrale où les sons des cellulaires provenaient de 12 zones différentes découpées dans la salle, toutes sous la baguette d’un assistant chef d’orchestre. « Cela permet de créer des vagues sonores, de l’est vers l’ouest, du sud vers le nord », résume le compositeur en précisant qu’à Québec, c’est plutôt une version tutti, de 55 minutes, qui va être présentée, tout aussi métissée, certes, sans vagues dans la salle, mais toujours avec clavecin, orgue, flûte, hautbois, cor, clarinette et basson.


    Ces instruments - et le marqueur sonore de la modernité qui vient cohabiter avec eux - sont mis au service de la musique contemporaine, sans arrière-pensée, avoue Walter Boudreau, qui se défend bien d’avoir créé cette oeuvre pour dénoncer la prolifération des cellulaires dans les poches de ses contemporains, tout comme la gêne, les malaises et la pollution sonore qu’ils induisent parfois. « Ce que l’on propose aux gens, c’est le plaisir d’une écoute plus active, dit-il. Rien de plus. La musique, c’est l’art de rendre les sons agréables à l’oreille. Tous les sons dans la nature se valent. C’est ce que l’on en fait qui leur donne un sens. »


    Un sens qui, pour ce Téléphone bien tempéré, se trouve autant sur scène, autant dans la salle, autant chez ceux qui ont un téléphone avec eux, comme chez ceux qui n’en ont pas et qui ne vont pas être exclus pour autant de cette proposition artistique : « On leur suggère de simuler une sonnerie de téléphone avec la bouche, s’ils le veulent », conclut l’homme. Avant de raccrocher.

     

    Apportez vos cellulaires from JEREMIX on Vimeo.













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