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    Les élans d’Avec pas d’casque et de Philippe B

    2 février 2013 |Philippe Papineau | Musique
    Philippe B (à gauche) en compagnie de Stéphane Lafleur, chanteur du groupe Avec pas d’casque
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Philippe B (à gauche) en compagnie de Stéphane Lafleur, chanteur du groupe Avec pas d’casque
    Un nouveau EP pour Avec pas d’casque

    Près d’un an après la sortie d’Astronomie, le quatuor Avec pas d’casque offre dès mardi sept nouvelles chansons rassemblées sur le EP Dommage que tu sois pris.

    « Au moment de faire Astronomie, ces morceaux-là n’allaient pas tout à fait avec l’esprit du disque. C’est donc pas la suite, mais un complément », dit le chanteur Stéphane Lafleur.

    Dommage que tu sois pris plonge ses racines dans le country plus que dans le folk. Les mélodies et les structures y sont toutes simples, la guitare slide prend beaucoup plus de place, laissant un peu derrière le cor baryton.

    « Toutes ces chansons-là étaient orphelines, et étonnamment, elles se retrouvent ensemble et forment un corpus qui se tient. Le groupe va arrêter une couple de mois, alors c’est une façon de dire merci pour la belle année. »
    Leur musique ne se chauffe pas tout à fait du même bois, mais il y a quelque chose qui unit le groupe Avec pas d’casque et l’auteur-compositeur-interprète Philippe B. Quelque chose qui fait écho chez les 25-35 ans qui pourrait peut-être expliquer leur récent succès. Les deux groupes seront d’ailleurs vendredi en concert à l’église Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, entre autres en compagnie du Quatuor Molinari. Philippe Papineau

    À un an d’intervalle, Philippe B et Avec pas d’casque ont connu à peu près le même destin. Artistes établis sur la scène indépendante montréalaise, leur plus récent disque respectif leur a ouvert des portes encore plus grandes, confirmant l’amour de beaucoup de Québécois pour le folk, la poésie évocatrice mais terre-à-terre, et aussi, pour l’humilité de ceux qui la composent.


    En 2011, Philippe B, Abitibien d’origine, a trouvé une place de choix dans les palmarès de fin d’année d’à peu près tous les médias - y compris au Devoir. Son album folk Variations fantômes, où il s’est inspiré des mélodies et des thèmes de la musique classique pour composer des pièces de rupture amoureuse, hante encore plusieurs mélomanes par sa puissance émotive. Cette année, le scénario s’est répété pour le quatuor Avec pas d’casque, dont l’album Astronomie a été récompensé dans les catégories « choix de la critique » et « auteur ou compositeur de l’année » au plus récent gala de l’ADISQ.


    Le chanteur d’Avec pas d’casque, Stéphane Lafleur, et Philippe B passent d’ailleurs du temps ensemble ces jours-ci, en prévision de leur concert commun de vendredi prochain, à l’église Saint-Jean-Baptiste. Spectacle complet depuis des lunes, c’est dire l’engouement. Petits chanteurs sont devenus grands.


    Cheveux bouclés, lunettes au nez, Philippe B trace tout de suite un parallèle entre son aventure et celle d’Avec pas d’casque. « On a un peu vécu la même chose eux et moi, nos albums ont connu un élan. On le sent dans la quantité de gens dans les salles, dans les quantités de disques vendus, qui restent modestes, mais qui ont quand même doublé ! » À preuve, Astronomie a trouvé plus de 10 000 preneurs à ce jour, un chiffre plus qu’honorable dans le contexte où les ventes de disques sont en chute libre.


    Il y a une grande humilité qui lie ces deux carrières. Les deux paroliers ont l’approche de l’artisan qui fait les choses pour qu’elles soient justes et belles avant que de penser à les vendre. Lafleur et Bergeron (c’est le nom de monsieur B) ne jouent pas aux fanfarons, et on ne voit pas leur visage sur leur pochette respective.


    « Y a peut-être un ton commun dans ce qu’on fait. On dirait que notre génération n’est pas dupe devant certaines affaires médiatiques, devant certains procédés, le cynisme a tellement détruit tous les mécanismes de promotion, lance Lafleur. De toute façon, j’ai toujours pensé mes chansons comme si je m’adressais à mes amis. Pis de toute façon quand tu pars un band, c’est un peu ça qui se passe ! »


    Le travail de la langue


    Avant d’être en solo, Philippe B a joué pendant plusieurs années avec Pierre Lapointe. « J’ai fait des chansons plus personnelles, plus intimistes, dans un contexte de réaction, après avoir créé dans un groupe où je ne pouvais pas parler de moi. J’écrivais des tounes dans des cahiers, mais elles ne pouvaient pas en sortir. Là, en solo, je peux les faire, au “je”. C’est plus sur le ton de la confidence, j’ai trouvé ma voix, pas trop cheesy. »


    Philippe B, par exemple, écrit des trucs comme ça : « Je monte le son jusqu’aux étoiles / et les décibels martèlent mon coeur de chacal / J’sais pas si c’est normal / Mais quand ça fait mal ça m’fait du bien ». Stéphane Lafleur, lui, est un peu plus cryptique. Sur Dommage que tu sois pris, le dernier EP du groupe à paraître mardi (voir encadré), il écrit : « Donne-moi la force de l’orignal / Quand le char veut passer à travers / Sans peur dans la lumière des phares ».


    Quand on le lance sur son niveau de langage, l’auteur de Variations fantômes s’emballe, souligne le travail du poète Dany Plourde, lacère « la poésie de madame qui décrit un arbre pendant une page », cherche un peu en marge de la poésie de bar et de sacre. Lafleur hoche la tête. « Ce qui unit nos trucs, c’est le travail de la langue, justement. Dans les deux cas, le texte n’est pas accessoire, la parole est beaucoup le moteur de ce qu’on fait. »


    Leurs mots sont quelque part entre le joual et la poésie sans jamais être l’un ou l’autre, et leur langue est totalement incarnée dans la réalité québécoise d’aujourd’hui. « Je cherche un ton québécois, résume Philippe B. J’ai pas envie de faire la proposition de Bernard Adamus à fond, et j’ai pas envie de faire Pierre Lapointe, avec un français international. Je cherche le ton entre les deux. Je pense à Desjardins, si j’enlève les tounes comme Le bon gars. » « Avec les années, tu raffines ton style, tu trouves ton camp, ta balance », résume Lafleur.


    Philippe B pointe Stéphane. « Quand Stéphane me parle, ça se peut. C’est comme un gars saoul dans un bar qui me parle d’une affaire abstraite, éthérée. Je ne comprends rien, mais c’est beau. Moi, j’ai moins ce naturel-là de décoller. Je suis trop cérébral peut-être… »













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