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    Concerts classiques - Wagner Boudreau et le fantôme de Gauvreau

    16 janvier 2013 |Christophe Huss | Musique

    Les grands concerts

    Wagner : Ouverture Les maîtres chanteurs. Boudreau : Concerto de l’asile (première mondiale). Debussy : Images. Alain Lefèvre, Orchestre symphonique de Montréal, Ludovic Morlot. Maison symphonique de Montréal, mardi 15 janvier. Reprise mercredi. Diffusion sur Espace Musique le 22 janvier à 20h.

    Avec le regain de l’attrait de l’entité orchestrale aux yeux des compositeurs contemporains, le genre du concerto est de plus en plus cultivé. Parmi les compositions de ces dernières années, on peut prendre pour références le Concerto pour violon d’Esa-Pekka Salonen (2009), digne lauréat du Prix de composition Grawenmeyer en 2012, ou le Battlefield Concerto (2012), pour deux pianos, de Richard Dubugnon. Tous deux montrent des voies très intéressantes pour stimuler le sens de la découverte du public et un renouvellement du répertoire.

    C’est assurément dans cette veine que cherche à se situer Walter Boudreau avec son Concerto de l’asile. La musique contemporaine n’a ici assurément plus la fonction première de choquer le bourgeois. Cela dit, comme le concerto calque l’univers de Claude Gauvreau, il n’est pas question de bluette, surtout pas de la part de notre Jon Leifs national, digne émule de ce compositeur islandais du genre éruptif.


    Le concerto comporte trois mouvements : Les oranges sont vertes, où le piano représente Gauvreau face à une masse obscurantiste ; St-Jean-de-Dieu, l’hôpital psychiatrique et ses paradis artificiels ; La charge de l’orignal épormyable, d’une grande fébrilité, Boudreau tuant le héros pour le célébrer en un grandiose postlude.


    Si Wagner tenait 5 heures avec quelques motifs mélodiques, Boudreau étend sa Valse de l’asile, soit une page de musique, sur quarante minutes. Pulvérisée en bribes dans le 1er volet, atomisée dans des sonorités éthérées (superbes) dans le mouvement lent, la valse rendue célèbre par Alain Lefèvre se reconstitue au 3e mouvement. L’ensemble tourne en rond comme la folie tourne dans le crâne du créateur. Quant à l’effet produit, la cellule thématique des Oranges sont vertes rappelle un peu la musique de Waxman et, beaucoup, celle du Fantôme de l’opéra, le tout aboutissant à une cadence du type 2e Concerto de Prokofiev. « Wagner Boudreau » réussit une oeuvre que tous peuvent recevoir, même si le compositeur aurait pu resserrer les 1er et 3e volets, sans doute plutôt ce dernier car, dans le 1er, la cadence diabolique, jouée par Alain Lefèvre comme un beau diable, prend beaucoup de place.


    Cela dit, je ne pense pas que le Concerto de l’asile ait été créé dans des conditions de sérieux suffisantes. Le hiatus entre Lefèvre, branché sur 400 volts et connaissant son sujet à la perfection, et l’orchestre et son chef, pataugeant en essayant de ne pas se noyer, était assez évident. D’ailleurs Morlot n’a pas évité le plantage et a dû reprendre du début après 17 pages. Il faut évidemment un chef français pour ne pas savoir que Montréal est une métropole francophone et s’excuser auprès du public… en anglais !


    Mais lamentable, Morlot, qui avait pourtant fait bonne impression à l’OSM lors de sa première visite, l’a, hélas, été de bout en bout. Son ouverture de Wagner, moins d’un an après le grand James Conlon, fut invertébrée et dans Images, il valait mieux ne pas se souvenir de l’Ibéria sublime de Stéphane Denève, qui laisse respirer la musique, alors que Morlot la cadre avec froideur et raideur, ne laissant émerger aucune atmosphère. Quant au concerto, lui et l’orchestre semblaient l’avoir pris à la légère. À la vue de la partition, on s’étonnait de l’ensemble de choses que l’on n’entendait pas et de flottements majeurs au coeur du Finale.


    Fabien Gabel et l’OSQ ont un gros coup à jouer, lorsqu’ils programmeront Boudreau en mai, car je suis convaincu qu’il y a bien plus à faire avec un vrai dialogue/confrontation piano et orchestre et des oppositions dynamiques plus poussées (Finale). Par ailleurs il y a matière à creuser du côté de la disposition, en isolant d’une certaine manière un bloc piano, harpes et percussion.













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