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    Yuli Turovsky 1939-2013 - Le musicien total

    16 janvier 2013 |Christophe Huss | Musique
    Yuli Turovsky laisse derrière lui un legs musical immense.
    Photo: I Musici Yuli Turovsky laisse derrière lui un legs musical immense.
    Le violoncelliste et chef d’orchestre Yuli Turovsky, fondateur de l’orchestre de chambre I Musici de Montréal et pédagogue inspirant, est décédé dans la nuit de lundi à mardi à Montréal, à l’âge de 73 ans. Il laisse derrière lui un legs musical immense dont les retombées dépassent largement les frontières du Québec.

    Originaire de Moscou, Yuli Turovsky avait élu domicile à Montréal en 1977, avant d’être naturalisé canadien en 1980. Son travail en faveur de la musique classique au Québec et du rayonnement de la métropole à l’international est indissociable de celui de sa femme violoniste, Eleonora, décédée en mars dernier. À eux deux, ils auront créé et mené - lui comme chef et directeur artistique, elle comme premier violon - un orchestre de chambre de niveau international portant haut les couleurs de Montréal.


    Pédagogues renommés, ils auront également formé de nombreux musiciens à l’Université de Montréal. Tel un chant du cygne dans sa carrière de professeur, Yuli Turovsky avait eu le bonheur de rencontrer ces dernières années « l’élève de sa vie » : Stéphane Tétreault. Très diminué par la maladie, il a pu assister, ému, en avril 2012, à la Maison symphonique de Montréal, à la première interprétation du Concerto pour violoncelle de Dvorak par son disciple, sur son fameux violoncelle Stradivarius « Paganini, Comtesse de Stainlein », d’une valeur de plusieurs millions de dollars.

     

    Un bagage impressionnant


    En arrivant à Montréal, Yuli Turovsky était déjà un musicien internationalement reconnu. Vainqueur, en 1969, du Concours de violoncelle de l’URSS et 2e prix, en 1970, du Concours international « Printemps de Prague », il avait été engagé, dès 1963, par Rudolf Barshaï à l’Orchestre de chambre de Moscou, dont il fut le violoncelle solo.


    Barshaï avait été le premier à développer un orchestre de chambre en Union soviétique, ce qui représentait aux yeux de Turovsky « une révolution similaire à celle du mouvement baroque ». Des leçons de Barshaï, Turovsky retint « la soif d’expérimentation dans l’approche du son, la méticulosité dans l’exploration des coups d’archet », comme il le résuma au Devoir lors de la mort du chef, en 2010. Le parallèle entre le parcours de Barshaï à Moscou et la mission que s’assigna Turovsky à Montréal est patent.


    La carrière d’enseignant de Turovsky se développe au même moment, à l’École centrale de musique de Moscou et au Conservatoire de Moscou. En 1976, il forme le Trio Borodine avec Rotislav Dubinsky (violon) et Luba Edlina (piano), puis quitte l’URSS la même année avant de se fixer à Montréal l’année suivante. C’est en tant que membre du Trio Borodine qu’il tissa des liens avec l’éditeur discographique Chandos. Et c’est par un lien vers l’enregistrement du Trio élégiaque de Rachmaninov par le Trio Borodine (voir plus bas) assorti d’un simple mot pudique « this time he plays it for himself… » que sa fille Natasha a, mardi matin, rendue publique sur sa page Facebook la nouvelle de la disparition de son père.

     

    Curiosité


    En 1983, Yuli Turovsky fonde I Musici de Montréal, orchestre de chambre composé de 15 musiciens. Sous sa direction, I Musici s’est produit en concert dans 23 pays et a enregistré une cinquantaine de disques, notamment pour Chandos. Ce qui caractérise le parcours de Yuli Turovsky à la tête d’I Musici est l’impressionnant répertoire, sans commune mesure avec les « ronronnantes » habitudes des organismes établis.


    Coordonnateur des communications et responsable des tournées d’I Musici entre 2001 et 2006, Martin Boucher parle de Yuli Turovsky comme d’un « musicien et d’un homme total », qui met en avant cette soif « de découvrir, de créer et de défendre des programmes originaux ». On trouve dans sa discographie des danses de Skalkottas ou de Sallinen, des oeuvres de Miaskovski, Denisov, Schnittke, Ginastera et nombre d’autres jamais programmées ailleurs au Québec.


    Il faut aussi mentionner son inlassable travail sur les transcriptions d’oeuvres de musique de chambre, notamment les quatuors de Chostakovitch. Turovsky bénéficiait de l’estime de la famille Chostakovitch. Ainsi, pour le dixième anniversaire de la mort du compositeur, I Musici de Montréal avait enregistré les deux concertos pour piano dirigés par le fils et joués par le petit-fils du compositeur.


    Des minutes pour l’éternité


    L’autre legs de Turovsky, par ailleurs chevalier de l’Ordre national du Québec et officier de l’Ordre du Canada, est sa « passion pour la jeunesse et le soutien de la relève pour créer de nouveaux projets », avec travail, constance, passion, estime Martin Boucher.


    Turovsky a enseigné le violoncelle au Conservatoire de musique de Montréal, à son arrivée, puis, à partir de 1981, à l’Université de Montréal. Son élève le plus célèbre, Stéphane Tétreault, a accepté de témoigner au Devoir. Il se remémore cet instant unique, après le Concerto de Dvorak à la Maison symphonique : « C’était très spécial ; la première fois qu’il n’avait pas de liste des choses à revoir. Nous étions tous deux, accotés sur le mur. Nous parlions tout doucement. Vingt ou trente personnes voulaient me voir, mais personne n’approchait. C’était un signe d’un très grand respect pour lui et pour notre relation. »


    C’est à l’âge de 9 ans que Stéphane Tétreault a rencontré Yuli Turovsky. Le violoncelle était alors encore « un intérêt, mais pas une très grande passion » pour lui. Turovsky a failli ne pas l’écouter, car il n’enseignait pas à des élèves aussi jeunes. Mais le courant est passé : « Sa passion était très contagieuse ; il a piqué ma curiosité pour la musique », dit Tétreault de son « catalyseur », dont les premiers cours « duraient plus de trois heures ». Plus tard, à 14 ans, Yuli Turovsky lui a mis une baguette dans les mains après avoir programmé un concert consacré à la relève. « Tu sais qui va diriger ? », demanda-t-il à son élève interloqué. « Eh bien, c’est toi ! » Stéphane Tétreault en rit encore : « C’était complètement lui, ça ! »


    Surprenant, Yuli Turovsky l’a aussi été envers nous. Au lendemain d’un concert Chostakovitch, en 2005, où nous lui reprochions d’avoir programmé une oeuvre mineure après la poignante 14e Symphonie, en titrant avec humour Le supplément cornichons, nous est arrivé à la rédaction un grand seau vert de 20 litres de cornichons à l’aneth premier choix. Le couvercle dédicacé « Le supplément cornichons, avec les compliments de Yuli Turovsky » nous rappelait mardi, avec émotion, que cette humanité-là, aussi, c’était Yuli.

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