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    Passion vinyles (1)

    4 janvier 2013 |Sylvain Cormier | Musique
    Sur la table de cuisine, je sortais les 45 tours un par un des boîtes, comme dans un rêve.
    Photo: Sylvain Cormier Sur la table de cuisine, je sortais les 45 tours un par un des boîtes, comme dans un rêve.
    Lire aussi: Les vinyles de...
    Une année de trouvailles en 33 et 45 tours : pour tout un monde de musiciens-collectionneurs, chroniqueurs-collectionneurs, collectionneurs-revendeurs et collectionneurs tout court, le chemin de l’aiguille au sillon est une véritable quête du Graal. Témoignages et trésors.

    Où étaient-ils, les disques rares, en ce samedi du long congé de la Fête du travail ? J’ai failli passer outre à l’annuelle vente du garage du monsieur de la rue principale de Lacolle : la fois d’avant, je lui avais acheté trois cartes postales. Je me suis pourtant arrêté comme on réactive son numéro à la loto : on ne sait jamais. Une demi-heure plus tard, sur la table de cuisine, je sortais les 45 tours un par un des boîtes, comme dans un rêve : des EP (extended-plays) d’Elvis première époque dans leurs pochettes intactes, des Little Richard, des Hank Williams… Et cinq étiquettes Sun m’éblouissant du jaune trop jaune de l’origine de l’univers : du Johnny Cash, du Jerry Lee Lewis, du Carl Perkins. Deux boîtes pleines de rock’n’roll : « Tous des bons », m’avait dit le monsieur, qui devait avoir 16 ans en 1956. Et qui avait raison.

     

    C’était trop pour moi tout seul. J’ai photographié quelques disques et partagé ma joie mâtinée d’incrédulité avec les amis Facebook. Zéro jalousie : un grand frisson collectif nous a parcouru l’échine virtuelle. Dans le mouvement, d’autres fabuleuses récoltes ont été évoquées. Ça m’a donné l’idée de ce papier, après une année où le disque de vinyle a littéralement débordé de son marché de niche. J’ai demandé autour de moi : et vos dernières grandes trouvailles, vinyles d’hier ou d’aujourd’hui ? Les réponses ont été nombreuses et enthousiastes, tellement que pour citer tout le monde, deux vendredis ne seront pas de trop. Face A maintenant, face B vendredi prochain.

     

    Car certains ont la passion expansive. Steve Normandin, par exemple : le multi-instrumentiste n’a pas déniché sa réputation d’encyclopédiste de la chanson dans une boîte de céréales. Une fois lancé, rien ne l’arrête : cinq paragraphes rien que pour le disque 25 cm de Henri Crolla, Le long des rues… (1957). Extrait : « C’est un album à la limite de la carte postale, de l’illustration d’un documentaire sur les beautés de Paris. Soutenu des arrangements de cordes et de cuivres d’une sobriété qui n’a plus cours, Crolla fait littéralement pleurer sa guitare. Le charme opère aux premières secondes d’audition. On imagine un musicien de rue filmé en noir et blanc par Jean Renoir ou Marcel Carné, seul au fond d’une ruelle. » Un lyrique, Steve.

     

    Louis-Jean Cormier, lui, a regroupé ses vinyles préférés comme on chante ensemble autour d’un seul micro : « Mon disque de l’année 2012 est [celui de] Father John Misty : Fear Fun. En vinyle, c’est une merveille. J’ai un vieux disque de Randy Newman (Good Old Boys) qui a tourné souvent. Et j’ai eu une rechute de Radiohead qui m’a fait écouter Kid A et Hail To The Thief en vinyle et ce fut vraiment gratifiant. À part ça, le The Band (The Band) est un incontournable dans nos soirées de scotch ! Et tant d’autres… »

     

    Le collègue « rock critic » Patrick Baillargeon (alias Pat De Bratte le DJ), véritable aventurier de la galette introuvable, m’a bien fait saliver : son Jerk avec les Gottamou ne court pas les coins de rue. « Ce 45 tours EP médium, je l’ai déniché dans une pile de disques plus ou moins oubliés d’un Virgin Mégastore de Paris ou de Dijon. Cette réédition limitée de 1110 copies - le disque est d’abord paru en 1966 - inclut quatre titres instrumentaux du trio jadis mené par un bassiste du nom de… Nino Ferrer ! Orgue, batterie, basse et du jerk en masse ! »

     

    JF Hayeur, vidéaste et grand propagateur de photos prises chez le disquaire Beatnick, ne signale qu’un disque, mais tout un : Dippin’, par Hank Mobley. Jazz de haute volée. « Un des saxophonistes les plus enregistrés chez Blue Note durant les années 1950-1960 et dans l’ombre des géants, il demeure l’un des plus collectionnés. Lorsque j’écoute sa version de Recado Bossa Nova, j’entends la trame sonore de ma vie ! »

     

    Sébastien Desrosiers, collectionneur-blogueur, à qui l’on doit cette année (en CD et en vinyle) l’extraordinaire compilation Résurrection ! Rock chrétien et messes rythmées du Québec, signale entre autres raretés exhumées Un habit en la bémol, disque de… Roger Gravel & Flashback, paru chez Gamma en 1977. « Une impressionnante brochette de collaborateurs entoure l’arrangeur Gravel (ex-membre des Three Bars) sur ce rarissime opus. D’influence disco et funk, cet amalgame de vignettes principalement instrumentales se dévore comme la bande-son d’un film qui n’existe qu’entre vos deux oreilles. »

     

    Découvertes pour les uns, retrouvailles pour les autres : l’amour du vinyle n’est pas regardant. Éric Desranleau, l’ancien de Mes Aïeux et l’actuel des Wonder-Trois-Quatre, n’a pas boudé son plaisir : « J’ai finalement trouvé un disque des Carcasses que je connaissais par coeur adolescent au point de le réciter à qui voulait l’entendre pendant l’heure du dîner à la polyvalente. Quand j’ai mis la main dessus, je sautais de joie. »

     

    Tout est là : dans le moment où, en apesanteur, on tournoie dans le sens du sillon jouissif. Suite la semaine prochaine.

    ***
     

    Les vinyles de...

     

    Patrick Baillargeon
     

    
Jerk avec les Gottamou

    Les Gottamou 
(Riviera/Barclay)

     

    Ce 45t E.P. médium je l'ai déniché dans une pile de disques plus ou moins oubliés d'un Virgin Mégastore de Paris ou de Dijon. Cette réédition limitée de 1110 copies — le disque est d'abord paru en 1966 — inclut quatre titres instrumentaux du trio jadis mené par un bassiste du nom de... Nino Ferrer! Orgue, batterie, basse et du jerk en masse!

     

    Steel Leg v. The Electric Dread

    Don Letts, Stratetime Keith, Steel Leg & Jah Wobble
 (Virgin)

     

    Trouvé dans un magasin de disques usagés du Lower East Side (NYC), ce rare 45 tours de 1978 n'est ni plus ni moins qu'un PIL embryonnaire. Keith Levene (ici Stratetime Keith), Jah Wobble et le mystérieux Steel Legs (nul autre que John Lydon!) se lancent en quatre titres dans un space dub post-punk expérimental en compagnie du DJ et musicien (et futur B.A.D.) Don Letts. Un avant-goût de ce que donnera PIL sur son mythique album Second Edition.

     

    
Death Rattle/Ghost of Scandinavia

    Get Your Gun
 (Empty Tape)

     

    C'est après un concert ensorcelant aux Transmusicales de Rennes que j'ai sorti avec plaisir cinq euros de ma poche pour me procurer ce 45 tours de deux titres du trio danois Get Your Gun. Son blues noise tragique et sombre ne laisserait pas les fans de Nick Cave indifférents!
     

    
50 Years Of Comparative Wealth

    Steve Diggle 
(Liberty)

     

    En 1981, alors que les Buzzcocks se séparaient, le guitariste et chanteur Steve Diggle a rameuté ses deux complices Steve Garvey et John Maher pour pondre un premier 45 tours solo de trois titres. C'est un peu les Buzzcocks... mais sans Pete Shelley. Déniché dans une petite boutique de disques de Bruxelles.

     

    JF Hayeur

     

    Dippin’

    Hank Mobley (1965)
     

    Un des saxophonistes les plus enregistrés chez Blue Note durant les années 50-60s et dans l'ombre des géants, il demeure l'un des plus collectionnés. Lorsque j'écoute sa version de Recado Bossa Nova, j'entends la trame sonore de ma vie ! C'est sa pièce la plus populaire sur YouTube en plus: 83,000 jazz fans can't be wrong!

     

    Sébastien Desrosiers

     

    Disques neufs…
     

    The Haiduks – 1968 (Kinnta, 2012)

     

    Une pop psychédélique originale aussi éthérée que sophistiquée. Un grand cru. Aux côtés de son acolyte Nicolas Lê Quang, l’auteur-compositeur-producteur Christian Richer propose déjà une riche palette sonore qui pourrait bien s’imposer rapidement auprès de la faune indie montréalaise. Source : des mains du producteur au Salon du disque de Montréal.

     

    Le Quatuor de Jazz Libre du Québec – 1973 (Tenzier, 2012)

     

    Éric Fillion et les disques Tenzier défrichent depuis 2010 le terroir avant-gardiste de la province. Cette rare performance improvisée dans le cadre de l’émission Jazz en liberté de mai 1973 accumulait la poussière dans les archives de Radio-Canada en attendant d’être remasterisée. On y découvre une nouvelle mouture du groupe, aux confins du jazz et scrutant vers un univers de plus en plus abstrait. Pour l’audiophile sérieux.

    Source: acheté le soir du lancement en jasant frénétiquement avec Guy Thouin.

     

    Disques usagés…

     

    Coffret Feu roulant (Ministère de l'Éducation/Radio Québec; 1970) & B.O. de Movin' (1970) 

     

    Une trouvaille partagée avec celle de mon ami Gaétan: des titres inédits de Jean-Pierre Ferland! Le premier est un coffret de 10 albums offrant diverses entrevues et un bref démo de God is an american. Le second, un simple de la bande sonore d'un film promotionnel du CN avec la méconnue Allons-y ainsi que trois inédits de Gordon Lightfoot au verso. Source: Colisée du livre / Salon du disque de Montréal.

     

    Nanette
    Nanette Workman (EMI, 1970)

     

    Quittant le Québec pour l'Angleterre en 1970, on imaginera pour elle un casting d’émule de Shirley Bassey, un rôle dans lequel Workman semble peu confortable. Sur ses propres compositions comme Flying machine ou You're wasting your time, on distingue déjà un peu plus de mordant… et c’est là qu’elle sonne authentique. L’album n’a jamais été disponible au Québec et n’a jamais fait l’objet d’une quelconque ré-édition, mais sachez que quelques pressages originaux allemand, anglais et même australien existent.

    Source: eBay.de.

     

    Un habit en la bémol
    Roger Gravel & Flashback (Gamma, 1977)

     

    Une impressionnante brochette de collaborateurs entoure l'arrangeur Gravel (ex-membre des Three Bars) sur ce rarissime opus. D'influence disco et funk, cet amalgame de vignettes principalement instrumentales se dévore comme la bande-son d'un film qui n'existe qu'entre vos deux oreilles.

    Source: mon contact sherbrookois.

     

    Éric Desranleau 

     

    Je me tiens au Paul's Boutique et Aux 33 tours et j'avoue m'ennuyer de l'Avant-Gardisque où je pouvais passer des heures (j'y ai déjà acheté, il y a quelques années, un disque de discours de Pierre-Elliott Trudeau qui se détaillait à 6,66$).

Cette année, j'ai mis la main sur plusieurs disques dont deux que j'écoutais en boucle dans les années 1980: 

- Lipsync de Trafic d'influence, le défunt groupe de Claude St-Jean (L'orkestre des pas perdus) qui utilisait des échantillonnages de films comme Cat People et Escape From New York (version française, bien sûr). C'est un disque qui me fascinait pour son côté glauque et trame-sonore-faite-avec-les-moyens-du-bord. Pas pour toutes les oreilles, mais ça rentre parfaitement dans les miennes.

- J'ai finalement trouvé un disque des Carcasses que je connaissais par cœur adolescent au point de le réciter à qui voulait l'entendre pendant l'heure du diner à la Polyvalente. Quand j'ai mis la main dessus, je sautais de joie. Ça vieillit un peu mal à cause de quelques gags périmés, mais il ne faut pas bouder son plaisir pour autant. Il y a de petites perles comme la pub de Tranquilex. Je me demande s'ils ont eu une influence sur RBO avec, entre autres, le gag de «le maire de Lemaireville, Monsieur Lemaire»: Mme Brossard de Brossard?

- J'ai acheté un disque neuf, mais qui date: le premier album de Black Sabbath, que j'écoute en cachette de ma blonde.

- Mon coup de cœur va à un album live de Joni Mitchell, Shadows And Light, que je ne connaissais pas. Je l'ai mis sur ma platine sans lire les crédits et j'ai eu l'agréable surprise de reconnaître la basse de Jaco, le son de guitare de Pat Metheny et les claviers de Lyle Mays. Je me sentais chez nous.

     

    Steve Normandin 


    Le long des rues

    Henri Crolla (1957)
     

    C’est un 10 pouces (25 cm). Un format que j’aime beaucoup, hérité du 78 tours, qui fut vite abandonné en Amérique pour privilégier le «12 pouces» (30 cm), à la durée prolongée et à la possibilité de présenter l’œuvre à écouter en revers de pochette. Donc, moins de chansons au programme d’un 30 cm, compte tenu de la surface à graver. C’est tout de même un sacré document, car Henri Crolla est mort très jeune (1960, 40 ans, des suites d’un cancer foudroyant). Napolitain d’origine, plusieurs musiciens français des années 1950 n’hésitaient pas à le comparer au grand Django Reinhardt et reconnaître l’influence qu’il a pu exercer sur la nouvelle génération de guitaristes de jazz.

     

    Discret de nature et musicien de l’ombre, il sera la deuxième voix, le confident et le fidèle copain d’Yves Montand. Compositeur de musiques de film, redoutable jazzman, il propose ici de simples mélodies qui ne révèlent pas tout à fait le virtuose qu’il était... En apparence, car il faut être doué pour soutenir les airs comme il le faisait et donner une note nostalgique sans tomber dans le pathos. C’est un album à la limite de la carte postale, de l’illustration d’un documentaire sur les beautés de Paris. Soutenu des arrangements de cordes et de cuivres d’une sobriété qui n’a plus cours, Crolla fait littéralement pleurer sa guitare. Le charme opère aux premières secondes d’audition. On imagine un musicien de rue filmé en noir et blanc par Jean Renoir ou Marcel Carné, seul au fond d’une ruelle. Même «Sous les ponts de Paris», trop de fois reprises (à mon goût!!), goûte le bon rouge dans les mains d’Henri Crolla. «Revoir Paris», de Trenet, devrait être citée comme version de référence tant la qualité de l’interprétation de Crolla se rapproche dune voix humaine. Rien n’est surfait, tout est au service de la mélodie dans cet album.

     

    À quand une réédition digne de ce nom? Depuis, on a remis sur le marché du CD les hommages d’Henri Crolla à Django (on l’entend exceller à la guitare électrique, égalant le phrasé d’un Joe Pass) et ses feux d’artifices aux côtés d’Yves Montand (sa musique du «Cireur de souliers de Broadway» sur un texte de Jacques Prévert est une réussite absolue). Cet opus apporte un éclairage nouveau sur l’art d’Henri Crolla, musicien de la subtilité et injustement oublié du grand public.

     
     
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