Le Met au cinéma - La tempête perd une dimension
Le Devoir s’est déjà prononcé très favorablement sur ce spectacle lorsqu’il fut présenté, en grande première, au Festival d’opéra de Québec. La transposition au cinéma, sous l’oeil du metteur en images attitré du Met, Gary Halvorson, peut être qualifiée de décente, mais pas transcendante. En résumé, ce ne fut pas le massacre de La damnationde Faust, mais pas non plus la documentation sobrement réussie du Ringdes Nibelungen, les précédentes mises en scène de Lepage au Met.
Le cinéma enlève une dimension au spectacle théâtral de Lepage : la magie, le brio, le relief, la texture. La tempête de Lepage se déguste souvent en plans larges, notamment le dernier acte. Or les caméras new-yorkaises aiment cerner l’action de plus près et ne font guère preuve de patience dans le découpage. L’autre problème posé par le travail de Lepage fut sonore, dans la captation de sources vocales assez étalées, y compris en hauteur.
Un public fasciné
Le Met a donc documenté La tempête, mais le cinéma ne l’a pas éclairée. Par contre, nous renouvellerons notre admiration globale, surtout dans la réussite du défi de faire accepter par un large public un opéra contemporain. Même les non-initiés sont restés rivés à l’écran, fascinés par le spectacle.
Musicalement, la retransmission du Met nous a prouvé que la distribution de Québec ne déméritait pas du tout. Cela dit, Simon Keenlyside est le Prospero idéal dans cet opéra et le couple formé par Isabel Leonard (Miranda) et Alek Shrader (Ferdinand) était physiquement et vocalement irrésistible, Alan Oke campant un Caliban plus philosophe que bouffe.








