Ses derniers habits neufs
Richard Desjardins et les siens rendent plus belles ses belles au Coup de coeur francophone
Il l’a dit, on ne pouvait l’ignorer après l’avoir lu un peu partout, ce spectacle est le dernier de Desjardins à s’offrir le luxe d’atours, la valeur ajoutée par la présence de musiciens exceptionnels au service d’arrangements qui touchent à une certaine idée du divin sur Terre. Rien de religieux là-dedans, Richard se fâcherait, le même Richard qui a mordu dans le dogme comme dans un os juste avant de chanter Avec l’amour de Jésus: «Moi, je pense que les terrorists, au lieu de s’attaquer aux Twin Towers, auraient dû bombarder le Vatican...»
Une certaine idée de la plus exquise beauté, voilà tout. Il aura réussi ça à tous les coups, l’exigeant. Quelque chose comme de l’anti-Dylan: non pas des airs à chaque fois déguisés et un groupe imperturbable, mais bien des mélodies qui ne changent pas, et des musiques transfigurées autour. Cette fois-ci, le miracle était affaire de cordes, de clarinette, de flûte, de saxo avec du lap steel, de guitare blues avec du banjo: une combinaison heureuse par chanson, lovée à la mélodie comme une amante.
C’était l’harmonica à grandeur de désert dans Lovelight, ballade country d’autant poignante. C’était Le bon gars en Delta blues, Avec l’amour de Jésus et Söreen en concert pour orchestre de chambre, Sur son épaule manière E Street Band, et ainsi de suite.
Ils étaient parfaits, tous, Richard, Mélanie Auclair, Claude Fradette, Tommy Gauthier, Jean-Denis Levasseur, Karl Surprenant, après tant de mois à sillonner le Québec et peaufiner leur art: ce spectacle qui arrivait auréolé du Félix était rodé jusqu’à l’extase.
Oui, Richard a été drôle, comme toujours, cinglant évidemment, mais là n’était pas ce qui nous manquera. Nous faisions mercredi le terrible deuil d’un Desjardins: le paysagiste de génie.








