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Concerts classiques - Debussy factuel

20 octobre 2012 | Christophe Huss | Musique

JOURNÉES DEBUSSY

Préludes (Livre I). Children’s Corner. Estampes. L’isle joyeuse. Jean-Philippe Collard (piano). Salle Bourgie, jeudi 18 octobre 2012.

Il y a des semaines comme ça. Heureuses. Recevoir en concert, à 48 heures d’intervalle, le ballet intégral Ma mère l’Oye de Ravel et le 1er livre des Préludes de Debussy, est un privilège.



La salle Bourgie n’avait pas fait le plein jeudi, malgré la visite prestigieuse de Jean-Philippe Collard. La faute non pas à la mise en avant tardive de ces Journées Debussy, mais, selon la directrice de la Fondation Arte Musica, à un système de réservation de billets qui connaît des ratés ces derniers temps.


Il est toujours intéressant d’entendre un maître, d’une grande maturité, jouer ces oeuvres qu’il a parcourues tant de fois. Après ce concert, une constatation s’impose : une lignée interprétative française dominante demeure. Cette approche fuit la microgestion atmosphérique de la partition et les touches impressionnistes pour privilégier un souffle et un cadre d’ensemble. La musique, tangible, l’emporte sur l’évocation ou le fantasme pictural.


Puisqu’on en est à évoquer des peintres (l’exposition est en face, au Musée des beaux-arts), le Debussy de Collard m’a davantage fait penser à Van Gogh qu’à Monet. D’abord parce que, comme chez Alexandre Tharaud, la lumière est plus vive et les nuances relevées (un piano devient un mezzo forte). Ensuite parce qu’il y a un trait, notable (Ce qu’a vu le vent d’ouest, L’isle joyeuse). Les douleurs sont balayées (Des pas sur la neige) et une impatience empêche le calme et la douceur (La fille aux cheveux de lin).


Jean-Philippe Collard a donné l’impression de rentrer progressivement dans le sujet. Dans le 1er livre, il y est vraiment parvenu à partir de La sérénade interrompue, neuvième des douze pièces. Chef-d’oeuvre de cette interprétation : La danse de Puck, notamment la dernière partie.


L’art du pianiste est quasiment intact et son Debussy se nourrit d’accords joués avec une vraie conscience de toutes les notes qui les composent et d’une maîtrise absolue de la résonance - ah ! le dernier accord de La soirée dans Grenade…


Il reste que l’interprétation musicale est un grand mystère, et le moment du concert un espace où tout peut arriver. Ainsi, je donnerais cher pour avoir un enregistrement juxtaposant Des pas sur la neige tels que joués (avec un zeste d’impatience) dans le flot du 1er livre, puis (somptueusement, cette fois, avec une concentration et une tenue absolues) en rappel.

 
 
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