Barbra Streisand au Centre Bell - Le grand tour guidé
Rien que ça. Et elle. Et nous. Et des invités dont on se passerait et qui ont surtout pour fonction de permettre à la chanteuse de ménager sa voix: le trio de ténors teenagers Il Volo en première partie, le trompettiste Chris Botti en seconde. Il y avait aussi au programme le fiston Jason Gould, mais il arrive tard dans le déroulement prévu de ce spectacle de trois heures et je n’en parlerai pas, puisque la tombée tombait avant.
Alors voilà. Tout ça pour dire que l’essentiel de cette soirée franchement extraordinaire de mercredi soir au Centre Bell était ailleurs: dans la véritable rencontre qui a lieu entre Barbra Streisand et nous. Ce spectacle est un grand tour guidé à travers la vie de cette fille de Brooklyn devenue grandissime chanteuse, et c’est la grandissime chanteuse elle-même qui, fibre rétrospective titillée à 70 ans, nous amène par la main - et en chansons - à tous les âges de sa vie.
Ça commence par l’enfance, splendide photo-montage qui aboutit à la chanson As If We Never Said Goodbye: nous voilà avec elle à Brooklyn. Mais la voilà aussi avec nous: elle parle en français, beaucoup. Compare Brooklyn au Plateau, mentionne Schwartz: chez d’autres, ce serait racoleur. Chez elle, c’est pure connivence: elle sait qu’on sait qu’elle fait exprès, et ça fait plaisir quand même. C’est simplement Streisand, totalement showbiz, et complètement sympa.
Je n’ai pas de meilleure façon d’expliquer ça: elle a suprêmemennt le tour. Script ou pas script, ça respire la spontanéité, le naturel. Elle a du chien, elle est cool, on veut être son amie et elle veut bien. Dans son tour guidé, où elle passe longuement par Broadway et chante beaucoup ses amis auteurs-compositeurs (Alan et Marilyn Bergman et leur The Way He Makes Me Feel, Marvin Hamlisch et l’imparable The Way We Were, Jule Styne et le Don’t Rain On My Parade de Funny Girl), nous sommes constamment inclus: ça tient à sa manière de nous les rendre familiers. Sorte de bonne franquette en robe longue.
Ainsi, elle reprend le truc de la période de questions, hérité de la tournée de 2006: c’est très télégraphié, mais gagnant: quand elle lit la question d’un monsieur François Gauthier de Drummondville, on est encore plus avec elle.
Et quand elle chante? C’est tout ce que Céline ne sera jamais: chaleur et beauté du timbre (à peine un peu de rauque dans les grands aigus), nuances infinies, force et douceur, instinct chevillé au corps. La plus grande chanteuse vivante, encore et toujours. «Living legend? I like the living part...»








