Concerts classiques - Pahud-Labadie: géant!
Soirées Arte Musica
«Le Roi flûtiste». Benda: Sinfonia pour cordes n° 1, en do majeur, L I:1. Frédéric II: Concerto pour flûte n° 3, en do majeur. Quantz: Concerto pour flûte en sol majeur, QV5:174. J.-S. Bach: Ricercar à 6. C.P.E. Bach: Sinfonia pour cordes en si mineur, Wq. 182/5. Concerto pour flûte en la majeur, Wq. 168. Emmanuel Pahud (flûte), Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Salle Bourgie, 17 octobre 2012.
Le Québec va exporter à Carnegie Hall dans quelques jours son plus dynamique et spectaculaire ensemble musical! C’est avec le flûtiste du Philharmonique de Berlin, Emmanuel Pahud que Bernard Labadie et ses musiciens iront à la conquête du public new yorkais et ils peuvent être rassurés sur l’effet boeuf qu’ils produiront.
Soirée quasi parfaite, hier, à la Salle Bourgie, et soirée parfaitement introduite par le chef avec une présentation intéressante et éclairante du programme de la soirée. On retrouvait les Violons du Roy dans toute leur splendeur, avec le mordant des attaques, la complicité totale (violons I et II, contrebasse et clavecin…) et des petits instants tout simplement uniques, comme cette irréelle pirouette finale du Concerto pour flûte de Carl Philipp Emanuel Bach.
Ce dernier fut le grand gagnant de la soirée. Si Haydn est communément considéré comme le père de la symphonie, le genre a aussi son oncle: CPE Bach. La Sinfonia en si mineur Wq. 182/5 est renversante d’originalité, avec son dramatisme torrentiel, ses accents désespérés, ses revirements inattendus. La tonalité de si mineur a inspiré les Bach père et fils. D’ailleurs on note, dans le Finale, des entrées violentes en rafale des divers pupitres de cordes comme dans la seconde moitié du Crucifixus de la Messe en si. On retrouve cette douleur dans le mouvement central du Concerto pour flûte.
Dans la masse des concertos de Quantz, Labadie et Pahud ont choisi le plus intéressant, au volet initial très réussi, un mouvement interprété avec un mordant surprenant. De Frédéric II, le souverain flûtiste et compositeur, on entendait auparavant une oeuvre d’agrément sympathique: il n’y a sans doute pas mieux à se mettre sous la dent.
Labadie avait voulu la première partie agréable et galante et la second plus substantielle. C'est exactement l'impression laissée, d’autant que le Ricercar à 6 de L’Offrande musicale, dense et concentré, plongeait immédiatement l'auditeur dans cet « autre chose».
Emmanuel Pahud est à la flûte dans ce répertoire, comme James Ehnes dans les Sonates et Partitas de Bach: il donne le son le plus dense et saturé avec le plus d’agilité possible. Le style n'est pas « d’époque », mais la belle musique est intemporelle.








