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    Les révolutions douces d’Erik Truffaz

    13 octobre 2012 |Guillaume Bourgault-Côté | Musique
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	Erik Truffaz au Festival de Montreux en 2011. </div>
    Photo: Agence France-Presse (photo) Fabrice Coffrini
    Erik Truffaz au Festival de Montreux en 2011. 
    Erik Truffaz en concert
    • 24 octobre au Centennial de Sherbrooke
    • 25 octobre à L’Astral de Montréal
    • 26 octobre au Cabaret du Capitole de Québec
    • 27 octobre à Saint-Eustache
    Festival de Jazz de Québec
    Du 15 au 29 octobre

    On le constate à chaque entretien : Erik Truffaz opère dans un espace-temps joliment décalé. Il parle avec lenteur, en prenant le temps de réfléchir. Il joue avec concision, pas une note de trop. Épuré partout. Et toujours pertinent.

    Quinze ans de succès et près d’un demi-million de disques vendus au fil de son association avec Blue Note (chez qui il lancera le 22 octobre son dixième album, El tiempo de la Revolución) n’ont pas changé Erik Truffaz. Modestie permanente chez le trompettiste franco-suisse. On lui parle de sa tournée au Québec (Sherbrooke, Montréal, Festival de jazz de Québec — où il sera l’une des têtes d’affiche de la sixième édition — et Saint-Eustache), il s’informe d’abord des vêtements à apporter pour son séjour automnal. On l’interroge sur le titre de son album, il s’informe d’abord des développements du conflit étudiant québécois.

    Cette modestie tranquille transparaissait dans une entrevue accordée au Devoir en 2009 : il refusait de se dire « fier » d’avoir relevé le défi de lancer un album triple en pleine crise du disque. « Une fierté, ce serait prétentieux, répondait-il au Devoir. Disons simplement que je suis content. » La grosse tête, très peu pour le souffleur.

    Trois ans plus tard, il se dit également « content » de son dernier disque, bâti dans la foulée du précédent (In Between). On y retrouve les ingrédients de la recette Truffaz : du jazz à la fois planant et teinté de rock, une rythmique assez lourde en contrepoids de la trompette aérienne de Truffaz, quelques chansons (avec Anna Aaron), du bidouillage, des couches de textures, une vague évocation de Miles Davis — de qui Truffaz a toujours revendiqué la filiation. Loin de la virtuosité, Truffaz a acquis au fil des ans une parfaite maîtrise du souffle pour développer un son de trompette remarquable, que l’on goûte à plein dans une pièce comme Un souffle qui passe.

    « C’est un disque que je vois vraiment comme le second volet d’In Between, explique Truffaz. Cet album marquait l’arrivée de Benoît Corboz aux claviers [en remplacement de Patrick Muller — Marcello Giuliani et Marc Erbatta complètent le quartet]. Les deux ans de tournée qui ont suivi In Between ont permis de faire évoluer le groupe, de solidifier notre son. On a composé El tiempo au bout de ces deux ans, directement dans le studio. »

    À un morceau près, le travail s’est donc fait en live. « On répète généralement avant d’arriver en studio, pour des raisons économiques, dit Truffaz. Mais là, on était tout le temps en tournée ; je n’avais pas de nouvelle musique, à part quelques bribes. Alors, on a improvisé, on a retenu le plus intéressant, on a refait quelques prises, et voilà, on avait chaque soir un nouveau morceau. »

    Quelle révolution ?

    Concernant le titre choisi — Le temps de la révolution —, Erik Truffaz rigole quand on lui demande s’il s’agit d’un appel en bonne et due forme. « Je n’irais certainement pas appeler à la révolution mondiale », répond-il. Pas son genre, non. Mais quand même, le titre n’est pas innocent.

    « On a enregistré pendant le printemps arabe ; plusieurs pays bougeaient et j’ai eu cette idée. Mais c’est au fond une façon de parler de plusieurs choses : poétiquement, c’est un clin d’œil à Ennio Morricone et à son film Il était une fois la révolution ; politiquement, on exprime ainsi notre opposition par rapport au monde libéral qui a tendance à aller n’importe comment. On le voit bien que la vie est de plus en plus chère et que les gens ont de moins en moins d’argent. »

    Une autre référence, musicale celle-là, s’accroche au titre. « La manière dont on transforme les musiques est une forme de révolution », soutient Erik Truffaz. Il donne l’exemple de la pièce qui ouvre son nouveau disque et de celle qui le clôture : deux morceaux complètement différents, l’un ballade jazz, l’autre dominé par une rythmique rock. « C’est pourtant la même pièce, dit le trompettiste. Giuliani a eu l’idée de tourner la ballade pour voir où on pouvait aller. On peut décliner la musique de cent façons, en la réarrangeant. »

    C’est là un principe — jongler avec les structures, modifier les repères — que Truffaz suit plus largement dans sa carrière. Son album Rendez-vous le présentait avec des formations très éloignées de son quartet (avec un groupe indien, l’artiste électro Murcof ou le chanteur Sly Johnson) et sans batterie. « Je joue avec le quartet depuis presque 20 ans, explique le musicien. Pour qu’il demeure frais et motivé, on doit arrêter de temps à autre, essayer autre chose, se nourrir ailleurs. Après, on revient et on repart ensemble. Et c’est ce qui est bien avec la musique : c’est beaucoup plus facile de partir et de revenir que dans un couple. »

    Au Festival de jazz de Québec, Truffaz se produira en programme double avec la chanteuse suisse Sophie Hunger, dont le folk-rock de création est apprécié par un large public en Europe (et au Festival de jazz de Montréal). Les deux ont collaboré sur In Between, et Hunger a assuré plusieurs premières parties du trompettiste. Elle présentera elle aussi un nouvel album (The Danger of Light).

    Erik Truffaz - El Tiempo de la Revolucion (mp3)

    ***

    Le 6e FJQ en six spectacles

    Robert Glasper

    Avec Jason Moran, Glasper est sûrement le pianiste trentenaire le mieux coté du jazz actuel. Sa « new urban black music » a un pied dans le jazz acoustique, l’autre dans le hip-hop. L’album Double Booked (2009) témoignait de ces deux facettes de l’artiste américain. Glasper doit d’ailleurs présenter à Québec une formule similaire (trio acoustique d’abord, et avec son groupe Experiment en deuxième moitié). Au Palais Montcalm, le 18 octobre, à 20 h.

    Paolo Fresu et Omar Sosa
    On le signalait à la sortie en avril : le disque Alma du Sarde trompettiste et du Cubain pianiste est un bijou. Album habité, inspiré et inspirant, bâti sur des thèmes délicats et des méditations qui ont leur part de lumière et de mystère. Une sorte de poésie jazzistique. Au Capitole de Québec, le 19 octobre, à 20 h.

    Gretchen Parlato
    Ce sera le troisième passage de la chanteuse américaine au FJQ. Son album The Lost and Found (réalisé par Robert Glasper) s’est glissé dans la liste des meilleurs crus 2011 de plusieurs médias — dont Le Devoir. L’auteure explore un jazz très personnel aux teintes métissées : soupçons brésiliens, pop, soul, folk, R & B, voix sensuelle et précise. Probablement la révélation vocale des dernières années. Au Capitole, le 27 octobre, à 20 h.

    Matt Stevens et Christian Scott

    Une autre affiche qui a les pieds bien plantés dans le futur du jazz contemporain. Le guitariste Matt Stevens — peu connu ici, mais encensé aux États-Unis — vient de lancer un premier album en tant que leader. Son travail avec l’excellent trompettiste Christian Scott lui a valu la reconnaissance du milieu. Les deux se partagent l’affiche d’un quartet complété par Eric Doob et Vincente Archer. Au Largo, les 24 et 25 octobre, à 20 h 30 et 22 h 30.

    Jeremy Pelt Quintet

    Avec notamment Truffaz, Scott et Fresu en tête d’affiche, le FJQ sera très trompette cette année. On ajoute à cette liste de valeurs sûres Jeremy Pelt, dont le quintet libère un puissant hard bop. Au Largo, les 21 et 22 octobre, à 20 h et 22 h.

    Scène locale

    Les jazzmen québécois sont un peu partout dans la programmation du FJQ : notons la présence de François Bourassa, de Samuel Blais, d’Oliver Jones, de Ranee Lee, de Michel Donato, de Jim Doxas, de Rémi Bolduc ou de Joe Sullivan.












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