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John Hiatt et The Combo — L’Amérique dans tous ses états

3 octobre 2012 09h32 | Sylvain Cormier | Musique
Ça se prenait bien en lever de rideau, Roxanne Potvin et sa sorte de soul-blues acoustique : rien de compliqué, une voix qui porte, un groove bien accroché et pas lâché en chemin, sauf dans sa chanson en français, où elle perdait curieusement tous ses moyens, allez comprendre. Cela étant, tout ce qui retardait l’arrivée sur la scène du Club Soda de John Hiatt et son Combo était long longtemps pour ces gens qui attendent le retour du vétéran et vénérable singer-songwriter depuis la dernière ère glaciaire.
 
Eh ! Ces gens-là ne sont pas rassasiés en americana dans nos contrées, et ce n’est pas moins que l’intronisé de l’Americana Music Association (Lifetime Achievement Award for Songwriting en 2008) qui a finalement fait son entrée, avec sa grande charpente un peu voûtée, sa gueule sculptée dans le mont Rushmore des esseulés magnifiques, son chapeau vissé sur le chef et l’habit-cravate laissant dépasser la chemise à carreaux. L’accueil a été dûment triomphal, ovation debout et tout et tout, à tel point que notre héros des antihéros en était non seulement manifestement content, mais presque intimidé.
 
Sans esbroufe

Brièvement. Ça a démarré carré, sans esbroufe : Master Of Disaster, chanson titre d’un album de 2005, avait le folk rock plein de guitares, sono impeccable d’entrée, Hiatt tirait la langue comme le vieux gamin qu’il est pendant les solos de Doug Lancio. Tennessee Plates a pesé sur la suce, la machine a vrombi rock’n’roots, la chanson a ouvert le mur de fond de scène et on a vu l’horizon. Arrivé à Real Fine Love, il y avait des guitares à perte de vue, un plein désert avec des Fender Telecaster à la place des cactus.
 
Et ça s’est poursuivi ainsi, road-movie avec arrêts en forme d’épisodes, ici pour noyer une peine d’amour (The Blues Can’t Even Find Me), là pour constater les dégâts causés par les actes de Dieu (Down Round My Place, à propos d’inondations au Tennessee). Ça y allait mandoline-guitare dans Crossing Muddy Waters, ça groovait quasiment calypso dans Cry Love, total régal pour qui aime la musique bien humide et gorgée de limon. Pour qui aime la lecture, aussi : Hiatt le bourlingueur a cité Appollinaire en intro de Drive South, comme quoi la littérature se trouve parfois au bout des routes les moins pavées.
 
Le beau gros bruit de Perfectly Good Guitar a sonné l’hallali : le spectacle entrait dans sa phase finale, la plus intense. Feels Like Rain, histoire d’ouragan et de dévastation, a jeté tout le monde par terre : la chanson est à Hiatt ce que The Weight était à The Band. Pesante et puissamment évocatrice. J’ai quitté le Club Soda pour rallier ma propre lointaine contrée alors que John Hiatt et The Combo assénaient Thing Called Love, rock’n’funk pas tuable de 1987. En chemin, j’ai écouté le Greatest Hits des années A & M. de Hiatt, pour prolonger le plaisir, et si je n’avais pas aperçu du coin de l’œil l’enseigne de la 202 menant à Lacolle et chez moi, je crois bien que j’aurais continué jusqu’aux États. C’est qu’on peut en traverser, des états, avec cette musique-là.
 
 
 
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