Concerts classiques - L’effet boomerang
ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN
Dvorak : Symphonie n° 9 « Du Nouveau Monde ». Champagne : Exil intérieur. Rachmaninov : Symphonie n° 3. Direction : Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal, dimanche 23 septembre.
En militant ardemment pour la construction d’une nouvelle salle à l’acoustique très analytique, l’Orchestre symphonique de Montréal et son chef ne s’attendaient certainement pas à l’effet boomerang observé aujourd’hui.
Si la précision de la Maison symphonique de Montréal était censée opérer une distinction qualitative nette entre un orchestre de première ligue (entendez l’OSM) et une phalange de seconde division (supposément le Métropolitain), c’est raté. La différence n’est pas si grande, et l’excitation musicale dispensée par Yannick Nézet-Séguin compense largement. Le moins-disant est certes évident pour certains pupitres (les trompettes par exemple), mais pas pour le corpus orchestral en tant qu’équipe soudée.
Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain nous ont donné hier à nouveau très exactement ce que l’on est en droit d’attendre d’un concert : de la fièvre, de l’émotion et de la prise de risques. À ce titre, la coda du 1er mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde était jubilatoire, le Largo - plutôt lent - amenant, quant à lui, les frémissements. Yannick Nézet-Séguin préfère ces instantanés « physiques » à des recherches sonores plus poussées - par exemple la manière dont les bois se « passent la phrase » dans le 3e mouvement de Dvorak - ou à la quête d’une infaillible logique - si le Largo est lent, l’écho du Largo avant la coda du Finale devrait l’être aussi.
On ne reprochera aucun manque d’architecture dans la 3e Symphonie de Rachmaninov, prise dans un souffle unitaire puissant, résistant à tout relâchement. Le chef ne peut pas donner au Finale la cohésion que Rachmaninov ne lui a pas conférée, mais l’incessante relance des tempos dans les transitions thématiques fut admirable. Le Métropolitain a tout donné. À Philadelphie, Yannick Nézet-Séguin dirigera le meilleur orchestre rachmaninovien du monde, qui dispensera le « gras sonore » supplémentaire dans les cordes et les cuivres : la chose deviendra grandiose (pour la prochaine visite à Lanaudière, SVP)…
Quant à Éric Champagne, on le sait malin et jubilant lorsqu’il amène l’orchestre à faire beaucoup de bruit. Exil intérieur est de cet acabit ; l’oeuvre fait son effet, mais on parlera de « dernier succès dans le genre », car désormais le compositeur a épuisé la veine du jeu de Lego sonore séquentiel éruption-silence-éruption-silence. Ça va, on a compris le système : il est temps de trouver quelque chose de plus organique.








