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Le nouveau Don Giovanni de Yannick Nézet-Séguin

22 septembre 2012 | Christophe Huss | Musique
Mardi, on a vu arriver dans les rayons des disquaires le premier des opéras de Mozart enregistrés par Yannick Nézet-Séguin pour Deutsche Grammophon : Don Giovanni.

Le coffret est magnifique et c’est non sans une certaine émotion qu’on le déballe. Un chef québécois âgé de 35 ans se voit confier un Don Giovanni par DG, à la suite de Fricsay, Böhm (par deux fois), Karajan, Gardiner et Abbado. C’est vraiment quelque chose…


La publication d’une nouvelle version audio, alors que depuis dix ans toute l’édition lyrique s’est orientée vers le DVD, montre que les grandes étiquettes ressentent le besoin de renouveler de leur catalogue lyrique en CD. Pour cela, deux moyens sont bons. Le premier a été initié par la publication des Noces de Figaro par Harnoncourt à Salzbourg et consiste simplement à publier en CD le son de grands DVD. Ainsi, Decca édite dans quelques jours Le chevalier à la rose avec Thielemann et Renée Fleming et annonce pour le mois prochain la Traviata d’Angela Gheorghiu avec Solti. Les éditeurs commencent à faire de même dans le symphonique : les Concertos pour piano de Beethoven par Barenboïm qui viennent de paraître sont la bande-son du DVD Arthaus de 2008.


Ce Don Giovanni repose sur un autre procédé : la captation, à Baden-Baden, d’opéras donnés en concert. Cela évite les coûts astronomiques de l’enregistrement en studio, mais aussi le parasitage de la musique par la mise en scène. Ici, les protagonistes sont concentrés sur la musique et le chant, ce qui permet aussi de soigner les récitatifs. Mettre en boîte deux ou trois concerts et une générale suffit à ficeler le produit.


Premier bon point, donc : la présence sonore, d’une impeccable précision et non soumise aux aléas des déplacements scéniques. La distribution est rutilante : Ildebrando D’Arcangelo (Don Giovanni), Luca Pisaroni (Leporello), Diana Damrau (Anna), Joyce DiDonato (Elvira) plus Rolando Villazón (Ottavio), Vitalij Kowaljow (le Commandeur), Konstantin Wolff (Masetto) et Mojca Erdmann (Zerlina).


Yannick Nézet-Séguin tient la baraque avec aplomb. Sa direction est plus une admirable et précise peinture qu’un tournoyant kaléidoscope entre drame et farce. Mais le travail de synthèse entre tradition et acquis stylistiques récents est excellent. La distribution repose sur le parfait dipôle D’Arcangelo/Pisaroni. Damrau et DiDonato sont impeccables, mais pas aussi renversantes que dans Rossini. J’ai beaucoup de mal avec Villazón, mais il joue avec intelligence de sa fragilité vocale et de son anachronisme stylistique. Kowaljow est un peu léger et la piaillante Erdmann, nettement plus belle que bonne.


Au total, un très bon Don Giovanni, moins bouillonnant que le Jacobs, mais plus théâtral que l’Abbado. Le gros os pour Nézet et DG est qu’au même moment, EMI met en coffret les trois opéras de Mozart et da Ponte — Don Giovanni, les Noces et Così —par Muti, une merveille, vendue (selon les enseignes : attention, les prix varient presque du simple au double) quelques dollars de plus… voire quelques euros de moins.
 


 
 
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