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Adamus - Le blues du tourbillon

Après la belle tempête qui a soulevé sa jeune carrière, le musicien se réfugie dans son quotidien pour son deuxième disque, No 2.

22 septembre 2012 | Philippe Papineau | Musique
Photo : François Pesant - Le Devoir

No 2

Bernard Adamus

Grosse Boîte

En magasin mardi

Bernard Adamus n’était pratiquement personne en 2009. Oh si, il y avait bien quelques centaines de Montréalais qui avait déjà eu vent des chansons du grand bonhomme à la voix rauque et qui remplissaient le Divan Orange ou le Quai des Brumes. Même que Le Devoir avait fait la critique de son premier disque, Brun, lancé à compte d’auteur ou presque. « Ça iodle, ça saute, ça tape du pied, ça chante en choeur, c’est magnifiquement vivant et humain », écrivait-on.

Mais quand même, le Montréalais d’origine polonaise était méconnu. Puis il y a eu le Festival en chanson de Petite-Vallée, où Adamus a raflé six prix, et l’arrivée de sa maison de disque Grosse Boîte. Le vent s’est mis à souffler. De plus en plus de gens se sont mis à entonner « Bruuuun, la couleur de l’amour » et le refrain de La question à 100 piasses, puis à découvrir en spectacle son tube Rue Ontario.


Et le vent est devenu tourbillon pour Adamus. « Je pense qu’on a gagné nos épaulettes, on en a fait en crisse des spectacles. Ça frise les 200 », lance le chanteur, rencontré sous le soleil de Rouyn-Noranda lors du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue. Ce qui veut dire des heures de route, des quantités de caisses de bière et de nouveaux fans partout au Québec… Même qu’en 2010, Bernard Adamus est nommé Révélation de l’année au gala de l’ADISQ, où il lâche son sympathique : « Devil, câlisse, pis vive la vie ! »


Malgré son succès, la création de son nouveau disque, intitulé No 2, s’est faite dans la douleur et le stress. « Y a eu des tourments, c’est clair, clair, clair, confie-t-il en replaçant son éternelle casquette. Un moment donné, j’étais fourré, comme tout le monde j’ai eu le syndrome de la page blanche. De quoi je parle ? Je savais pus. Pis je me suis dit, d’la marde, je vais continuer de parler de ce qui m’entoure, de ce que je vois. »

 

La faune du quotidien


Et ce qui entourait Adamus, c’est moins ses histoires de gars cassé et de bol de toilette. Si Entre ici pis chez vous nous plonge en tournée, la plupart des ballades de No 2 évoquent son malheur amoureux, alors que Ouais ben, La diligence et la touchante 2176 nous présentent plusieurs de ses amis.


« Je suis solitaire dans ma tête, mais je suis vraiment un gars social », dit Adamus. Il faut voir la quantité d’amis qu’il nomme sur ses nouvelles pièces : Franki, Val, Annie, Pat le DT, Marine, Villeneuve, capt’n Flamme, Tothor, Kapain, et on en saute plusieurs.


« C’est du monde que j’ai beaucoup côtoyé, dit Adamus. Je pense que j’ai fait de bonnes images de ces gens-là. Peut-être des affaires un peu crues, des fois, mais tout le monde qui est nommé dans ce disque-là est au courant et a entendu la toune. Ça reste un album de folk pis de blues, et on réinventera pas le genre, ça parle de ce que ça parle. Moi je suis encore très confortable là-dedans, c’est très direct comme album. »


Au fil de la discussion, Bernard Adamus parle de ses ballades et revient souvent sur le quétaine, qu’il semble fuir comme la peste. « C’est sûr que je ne veux pas sonner quétaine, j’ai tout le temps peur d’avoir l’air trop straight, raconte-t-il, un comique t-shirt Nicola Ciccone sur les épaules. J’ai toujours été crotté dans la vie, j’ai toujours aimé la musique crottée, je suis de même. Mais c’est dur de faire une ballade qui n’est pas quétaine, mais vraiment sincère, qui est bien rendue. En même temps, c’est les bouts les plus, euh… c’est ce qui sort le plus naturellement. Je pensais à rien quand j’ai écrit le texte qui fait la première et la dernière toune du disque, ou alors Le scotch goûte le vent. Par contre, pour Entre ici pis chez vous, où ça enchaîne tac-tac-tac, c’était un plus grand défi technique d’écriture. »

 

Boogie et soucis


Musicalement, No 2 ne tombe pas si loin de l’arbre Brun. La guitare blues est reine, encore bien entourée de percussions, de contrebasse et de cuivres. Mais le groupe s’éclate davantage, prenant des airs un peu trash à la Bloodshot Bill sur Arrange-toi avec ça ou Ouais ben dans sa version dite « mescaline ».


Et on entend aussi de l’harmonium et du piano, comme sur Entre ici pis chez vous. « Cette toune-là, je voulais qu’elle pompe et j’entendais un boogie-woogie, c’était mon plan. Et on a trouvé le pianiste de course, Alexis Dumais, qui pouvait vraiment rentrer de quoi là-dedans. C’est une bête ! Ç’a pris cinq minutes et je savais qu’à la fin de la journée, on l’aurait réussie. »


Par contre, l’enregistrement de No 2, comme sa composition, n’aura pas été sans souci. Encore du stress, et jusqu’au mixage dont Adamus est un peu déçu. « On est plus loin dans l’histoire, avec un autre genre de budget que pour Brun, plus de monde dans le portrait, une attente, des fans. Et en même temps, tu veux pas que ça arrête, on se le cachera pas, c’est merveilleux, faire des shows, se promener et rencontrer du monde. »


La réalité, c’est que ce qui était jadis une fête sans fin pour Bernard Adamus a doucement muté en boulot. Un travail où l’on peut prendre une couple de verres, certes, mais un travail quand même. « Beaucoup de monde converge vers moi. Au label, ils sont cinq à me pitonner avec des e-mails et des téléphones tout le temps. Et il y a les musiciens du groupe qui veulent rester au courant, en plus des gars comme toi qui veulent me parler. Ce sont tous des gens qui veulent bien faire, pis vaut mieux avoir du monde qui s’intéresse à toi que personne. Mais je me suis rendu compte que c’est devenu très sérieux, tout ça. Faut que je trouve la bonne place. Faut que ça reste le fun, mais il faut prendre soin de ça aussi. » C’est peut-être ça, au fond, la leçon de No 2.
 

***


Les amis


Bernard Adamus nomme plusieurs de ces amis sur No 2, dont Annie Q, visage connu de la scène indie de Montréal, et ses complices du groupe Canailles, que l’on entend sur le disque.

 

Annie Q


« Miss Q, ’est drôle, a rit/A fait du bruit en maudit/C’est la kingpin du look, que’que chose me parle dans son book », chante Bernard Adamus. « Elle est magique. C’est quelqu’un que j’ai rencontré il y a deux ans. On est devenu des super bons amis pendant un bout de temps. Elle m’a automatiquement fait du bien. Je sais pas pourquoi j’en parle autant sur le disque, mais je trouvais qu’elle méritait plus qu’une phrase. Somme toute je pense que c’est un beau couplet, je pense que j’ai fait de quoi de swell.»

Canailles

« Quand le projet ne faisait que monter et monter, tout le monde ne me parlait que de mes affaires, et j’étais vraiment écoeuré de parler de moi. Mais la bande de Canailles a tout de suite compris ça. J’arrivais et on parlait de la pluie et du beau temps. Ils m’ont beaucoup aidé psychologiquement, même si on s’est passablement scrapé le foie en même temps ! »

 

***

Trois inspirations québécoises d’Adamus

Plume : « Je m’en sors pas, la personne que j’ai le plus écoutée au Québec, c’est Plume Latraverse. Il faisait du bon folk, du bon blues, du bon rock. Jeune, j’écoutais du Led Zeppelin, je comprenais rien de ce que pouvait bien radoter Robert Plant ! Alors quand tu écoutes Bobépine ou la version rock de Mouton noir, c’est magique. »

Richard Desjardins : « Son disque au Club Soda, ç’a été une révolution dans mes oreilles. À ce moment-là, je me suis dit : “O.K., y a un gars qui peut être meilleur que Plume.” »

Harmonium: « J’écoutais L’heptade en boucle, j’étais plus qu’emo, et Chanson noire, c’était la meilleure toune de l’univers, y avait rien de mieux écrit et plus senti. Serge Fiori, je me suis coupé les veines devant ton vinyle ! C’était bon ! C’était magique. »


Bernard Adamus - Arrange-toi avec ça

 
 
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