Spectacle - Même lui
Peter Gabriel recrée So et découvre les joies de la commémoration au Centre Bell
Ne pas l’aimer autant, on dirait : il a cédé. Succombé. Sacrifié à la tendance. Lui l’irréductible, l’homme qui a toujours regardé droit devant, dont chaque spectacle était une petite révolution de la notion même de spectacle (merci à Robert Lepage) s’est donc finalement laissé aller à la célébration jusqu’alors taboue de son passé glorieux. Abdication ? Mou dans le genou ? On n’oserait pas.
N’empêche que la tournée Back To Front, qui démarrait dimanche à Québec et se poursuivait mardi soir au Centre Bell, revisite sans gêne et dans l’allégresse générale les années pop (comme dans succès populaire) de la carrière solo de Gabriel.
Clou de l’affaire, notre héros - Gabriel nous appartient un peu beaucoup passionnément depuis Genesis - joue pour la première fois sur scène dans son intégralité le fameux album So de 1986, avec les non moins fameux musiciens du temps : Manu Katche, David Rhodes, David Sancious, Tony Levin. Plus deux jeunes choristes.
Être cynique, ne pas se réjouir comme on se réjouissait mardi de l’occasion ainsi fournie d’entendre, dans la séquence si familière du disque, les Red Rain, Sledgehammer, Don’t Give Up et les autres, on aurait de légers doutes sur les intentions du Peter : le coffret anniversaire grand luxe CD-DVD de So ne paraît-il pas en octobre ?
Ce serait bouder notre plaisir. Et même bouder son plaisir à lui : c’était bonheur de voir mardi à quel point il aime ça. Ses gars aussi : les retrouvailles sont joyeuses, les regards affectueux sur les écrans géants, les relectures expertes et encore plus souples, vous pensez bien.
Reste que ce rêve exaucé a son prix. Vrai comme je vous le dis, j’ai entendu quelqu’un souhaiter « l’intégrale de Lamb Lies Down, la prochaine fois… » Vertige du rétroviseur.








