Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Que peut un homme seul?

Louis-Jean Cormier lance un premier album, hors Karkwa et post-Miron

15 septembre 2012 | Sylvain Cormier | Musique
À travers Le treizième étage, on a le résultat hors Karkwa, post-Miron. Ce que Louis-Jean décrit comme un « travail hyper minutieux d’écriture », avec et sans Beaumont.
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir À travers Le treizième étage, on a le résultat hors Karkwa, post-Miron. Ce que Louis-Jean décrit comme un « travail hyper minutieux d’écriture », avec et sans Beaumont.

Le treizième étage

Louis-Jean Cormier

Disques Simone

En spectacle les 21 et 22 novembre au Club Soda.

Fort de la force de Miron et de ses frères rapaillés, nourri de complicités neuves, vibrant d’indignation comme un citoyen en marche et perméable comme un jeune papa aux constats qui plombent la suite du monde, le chanteur-guitariste de Karkwa propose un premier disque en solo où rien n’est possible autrement qu’à plusieurs : Le treizième étage. Ou l’espoir envers et contre tout. Rencontre.

Dix ans qu’on se connaît sans se connaître. Depuis Karkwa en finale aux Francouvertes de 2002, très exactement. Une pleine décennie à lui servir du pluriel et réciproquement. Vous, les gars, nous, les gars. Un pour tous, tous pour un. « J’ai toujours fait des entrevues en faisant attention. Un band en promo, c’est comme une campagne électorale, tu parles au nom du parti. Tu pèses tes mots. J’ai jamais marché sur des oeufs, ce serait exagéré, Karkwa c’est relax, mais quand même : toujours conscient de comment les autres vont percevoir ce que je dis du band. »


Même quand on se croisait dans une émission de Monique Giroux (une fois, j’aime le rappeler, Karkwa m’a accompagné chantant Johnny Hallyday), ou à l’occasion de l’un ou l’autre de ses projets parallèles, réalisations d’albums, trames de films, lui et moi ne parlions jamais vraiment de lui : Louis-Jean m’entretenait des Rapaillés, de Miron et des musiques de Gilles Bélanger, de Lisa LeBlanc, de David Marin, de son travail avec Michel Rivard pour les Filles de Caleb, etc. Et Louis-Jean Cormier dans tout ça ? Fallait-il donc son beau visage tout pâle et tout seul sur une pochette ? Que soit bâti Le treizième étage, premier album en solo, pour arriver à lui ? Pour qu’il arrive à lui-même ? Dans la page des remerciements du livret, cet aveu : « Je m’agenouille devant la plume et le cerveau de mon nouvel ami Daniel Beaumont, avec qui j’ai enfin compris qui j’étais. » Daniel Beaumont : le parolier de Tricot Machine. Il y a quatre textes de lui dans Le treizième étage, un autre encore en collaboration avec Louis-Jean.


Trop tentant. Alors t’es qui, Louis-Jean, finalement ? Il rit de son petit rire étouffé, baisse les yeux, regarde son café, lève les yeux. « J’ai compris que je le savais pas, pour commencer. Que j’avais de la misère à me nommer auteur, signer. Dans ma tête, je suis vraiment une espèce d’apprenti poète presque charlatan. Naïf. Mais qui s’améliore. Merci, Miron. » Difficile de ne pas repenser le geste de prise de parole, une fois dans les parages du grand Gaston. « D’abord, ça te dit que t’as des croûtes à manger. Mais en même temps, t’apprends. J’ai compris qu’une image peut être totalement littéraire et complètement directe. J’avais un problème de flou. De gestion dans la clarté du texte. Avec Karkwa, ça allait, on voulait ça impressionniste. Il y a des bons textes, L’acouphène par exemple, mais ça laissait exprès les gens dans une espèce de pense-ce-que-tu-veux. »


À travers Le treizième étage, on a le résultat hors Karkwa, post-Miron. Ce que Louis-Jean décrit comme un « travail hyper minutieux d’écriture », avec et sans Beaumont. Ça donne des chansons concises, ramassées, efficaces, à fleur de peau. Ça donne Un monstre, sur la maladie infantile, du point de vue du parent, avec intro de grégorien fou et délicat picking acoustique : « Je veux qu’on fasse le tour de la planète/à vélo/J’veux encore te prendre sur mes épaules/Dans les shows ». Poignante. Pas juste pour nous. Rien que de commenter la chanson, Louis-Jean dit qu’il en « shake ». Ça donne Un refrain trop long, sur fond de guitares et percussions obsessives, physiquement angoissante : « L’étau se resserre/J’ai le mal du pays/J’ai mal à mes pères/Qui vieillissent aussi/J’ai mal au malaise, malaise dans la foule/Sentiment qui pèse, du bateau qui coule ». Ça donne La seule question, chanson finale qui contient toutes les autres, où « Malgré l’air irrespirable/Les journées au chronomètre/Tous les fraudeurs sous la table/Et les scandales de prêtres […] La seule question qui ressort…/Crois-tu qu’on s’aime encore, fort ? » Ça donne un grand disque signé.


En avant dans le mix…


Qui est Louis-Jean Cormier, déduit-on ? Cet homme-là. Qui reçoit tout au plexus. Bien plus sensible qu’il ne le croyait. Papa aimant. Conjoint amoureux. Homme rapaillé. Gars trop calme et cool avec de la colère en dedans qui passe encore et toujours dans les riffs de guitare, mais aussi dans les mots, désormais. « J’ai découvert que j’étais un gars qui avait des idées, des valeurs, des indignations, et le goût que ça se dise. Dans les discussions avec Daniel, c’était une vraie pulsion, j’étais étonné d’avoir autant d’output à donner. J’ai l’impression qu’avant, je surfais sur les idées, c’était comme un jeu avec les gars de Karkwa. Mais là, au printemps, avec les jeunes dans la rue, j’ai été comme… poussé. »


Il évoque un voyage à Winnipeg en février pour une émission de radio, une discussion pendant le vol de retour avec Stéphane Archambault et Jérôme Minière. « C’était l’aube du printemps québécois, on parlait de ça, Stéphane a lancé une phrase qui m’est rentrée dedans comme jamais : “Tous les grands soulèvements populaires, ça a été orchestré par des artistes, et moi, je trouve qu’en ce moment, on fait rien.” Ça a fait ting ! dans ma tête. Je me suis trouvé passif. Ça m’a pas fait écrire des chansons partisanes, mais plus engagées socialement. Des chansons qui constatent, qui posent des questions, qui regardent le présent et l’avenir. Des chansons qui essayent d’être un petit peu plus dignes de Miron. »


Fallait se sentir seul pour ça. « Fallait que je mette à risque. Me départir de tout ce qui était familier. » Fallait une autre famille de musique : Marc-André Larocque, Guillaume Chartrain, Adèle Trottier-Rivard. Fallait mettre la voix en avant dans le mix, nudité des sentiments. « Fallait que j’assume ma tristesse, ma détresse, aller au bout de mon sentiment d’impuissance, pour trouver l’espoir. » Fallait faire le vide pour entendre ce que Beaumont lui écrivait : « On joue au solitaire/Tout le monde en même temps ». C’est devenu tout naturellement un refrain. Un refrain ! Louis-Jean Cormier aura découvert ça aussi, enfoui sous les séquences instrumentales des disques de Karkwa : un goût du refrain presque pop. Refrains écrits seuls précisément pour ne pas être chantés seuls. « Refrain pour que les gens se rapprochent », écrit-il dans Un refrain trop long. Pas surprenant qu’Adèle vienne harmoniser à ces moments-là. De la même façon que Louis-Jean chante avec Lisa LeBlanc sur son disque à elle, dans le refrain de Kraft Dinner: « C’est là que ça se passe, hein?» Oui. C'est là qu'on se rejoint, les humains, quand on chante ensemble. Seuls avec d'autres.

***

Louis-Jean dans la cour d’école

Dans le sac à dos, le bagage de base?
Bébé d’une famille de trois. Moyen frère et grande sœur. Éducation paternelle sévère et maternelle relax.

L’attitude dans la cour au primaire?
Plutôt clown avec les amis et timide avec les grands.

Et en classe?
Rêveur.

L’avenir, vu de la cour?
J’hésitais entre devenir rockeur ou joueur de hockey.

Et la musique arrive quand?
À un très bas âge, famille de musiciens, piano classique de 4 à 14 ans, guitare de 8 à aujourd’hui. Beaucoup de cours de littérature musicale et de théorie, pour finir par désapprendre tout ça en créant du nouveau.

 

Louis-Jean Cormier - Un monstre

À travers Le treizième étage, on a le résultat hors Karkwa, post-Miron. Ce que Louis-Jean décrit comme un « travail hyper minutieux d’écriture », avec et sans Beaumont. «J’ai découvert que j’étais un gars qui avait des idées, des valeurs, des indignations, et le goût que ça se dise.»
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel