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Keith Kouna, l’audace efficace

L’ex-chanteur des Goules lance un deuxième disque solo, Du plaisir et des bombes

15 septembre 2012 | Philippe Papineau | Musique
Keith Kouna
Photo : Nic Cantin Keith Kouna
Si on se fie à Keith Kouna, ce papier est passé à deux doigts de parler de… Schubert. C’est que, pour faire suite à son précédent album solo, Les années monsieur, le chanteur de la défunte formation Les Goules avait prévu de revisiter le Voyage d’hiver du compositeur autrichien. Mais il a appliqué les freins sur ce projet et écrasé l’accélérateur pour créer onze titres rock originaux où il a réussi à faire rimer audace et efficace.

Audace ? Le mot peut sembler prétentieux. Aujourd’hui, pourtant, ne pas se lover dans le moule suffit parfois pour paraître audacieux. Keith Kouna, lui, ne force rien, ne tente pas d’être intrépide. Mais il a une voix nasillarde que l’on n’oublie pas, relent de son personnage coloré au sein des Goules. Le mélange de ses influences crée aussi un son inusité, entre Tom Waits, Bérurier noir et Richard Desjardins.


Et surtout, Keith Kouna écrit comme s’il faisait une pièce de théâtre. Il y a bien une histoire, mais pas nécessairement linéaire. Le sens surgit d’un peu partout, l’émotion vient d’un choc d’images, d’une mise en scène.


Créé avec ce type d’audace, Du plaisir et des bombes est le résultat le plus « efficace » du chanteur. Le son est plus rock que sur Les années monsieur, mais les titres sont plus précis, plus accrocheurs. « J’ai une espèce de pli à fuir le simple, mais je me suis laissé aller, j’ai essayé d’être moins bavard ! rigole Kouna. J’essayais d’amener de la répétition dans certaines phrases, des petits hooks. J’ai choisi des structures plus classiques couplet-refrain. J’en ai fait six ou sept pas pires, mais un moment donné, le vieux fond est remonté à la surface ! »


Au long du disque, on sent beaucoup les deux opposés du titre. Il y a bien le plaisir et l’amour, mais aussi les bombes, les déchirements, les disputes et les guerres. « Le monde est à l’agonie/Entre la douleur/Et l’ennui/Je t’aime à la folie/Et vive le tic tac tic tac/Le monde est à l’agonie/Et je m’en fiche/Et je m’enfuis », chante Keith Kouna sur Tic tac, qui ouvre l’album.


« Oui, ça oppose les carnages à l’amour, le sexe, l’alcool. Ça n’en fait pas un plaisir coupable, c’est surtout le paradoxe qui m’intéresse, c’est revenu souvent dans les pièces, raconte Kouna. Comme pour oublier qu’on est mortel, tout le monde s’aime. Et il y a le plaisir dans la guerre aussi, y a quelque chose d’enivrant à faire la guerre. Sur le disque, ça commence avec la guerre ben réaliste dans le monde, après c’est celle avec l’autre, et finalement avec soi-même. »


La différence du confort


Un peu comme l’a fait Dany Placard sur son plus récent album, Keith Kouna se permet avec la pièce Pas de panique un clin d’oeil au monde de la musique, plus ludique toutefois que celui de l’autre musicien à pseudonyme. Kouna multiplie avec humour les références à peine voilées à quelques gros noms québécois - celle qui fait son rock à elle ou celui qui vend des disques de covers des années 1980 - tout en se donnant le rôle du rêveur qui, au fond, doit d’abord payer son compte d’Hydro.


« Je me mets totalement dans le lot des gens dont je parle, dit Kouna. Et mon souhait c’est : je peux-tu avoir un peu de sérénité ? Moi, je veux juste vivre de ce que je fais. Sans être plein, je veux pouvoir vivre décemment à faire que ça et pouvoir pousser mes trucs plus loin dans des conditions qui le permettent. »


Puis il prend une pause. « Anyway, même si c’était pour rester comme ça toute ma vie, j’ai la passion de faire ça et je vais le faire dans toutes les conditions possibles. Et je n’aurais pas réussi cet album-là si ce n’avait pas été fait dans le stress, l’urgence, l’inconfort. C’est souvent ça qui te permet d’aller chercher plus loin. C’est un ennemi, le confort. C’est très dangereux. » Ça tue l’audace, peut-être.

 

Quant à son timbre unique, il ne vient qu’en partie de son personnage. « En solo, je l’atténue un peu par rapport aux Goules, mais j’ai une voix nasillarde très particulière,avoue-t-il. Sauf que je suis capable d’avoir une bonne voix de baryton, c’est surprenant. Mais j’ai comme été victime du phénomène Goules, j’ai pris cette voix-là pour percer le mix, comme on dit, et je suis encore pogné avec ! »
 

***

Devenir Kouna

Quand le groupe rock de Québec Les Goules a été formé aux alentours de 2001, ses membres se sont tous donné des noms de scène. C’est là, en quelques secondes de brainstorm, qu’est né Keith Kouna, aux côtés des flamboyants Ken Pavel, Igor Wellow, Klaudre Chudeba et Rabin Kramaslabovitch (oui, oui).

Toutes ces années plus tard, Kouna traîne encore avec lui son personnage, même en solo.

« Tsé, mon vrai nom c’est Sylvain Côté, c’est vraiment plate, et c’est proche de Sylvain Cossette en plus. Quand ça fait des années que tu te fais appeler Kouna par le monde, ben, ça reste… Ça fait partie de ce que je suis devenu. Ça s’est installé, fusionné à mon épiderme. »

Keith Kouna - Tic Tac

 
 
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