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    Véronique Lacroix, cuisinière de musiques

    Avec L’amour sorcier, l’ECM+ et Appassionata proposent une ambitieuse fantaisie orchestrale

    15 septembre 2012 |Christophe Huss | Musique
    Daniel Myssyk et Véronique Lacroix dirigeront tous deux, alternativement, la musique de Manuel de Falla.
    Photo: Source ECM+ Daniel Myssyk et Véronique Lacroix dirigeront tous deux, alternativement, la musique de Manuel de Falla.

    L'amour sorcier

    Un spectacle de l’ECM+ et de l’Ensemble Appassionata, direction Véronique Lacroix et Daniel Myssyk, avec des oeuvres de Manuel de Falla, Annalia Llugdar, Ana Sokolovic et Andrew Staniland. Solistes : Julie Boulianne et Tim Brady. Salle Pierre-Mercure, mercredi 19 septembre à 19h30.

    Mercredi 19 septembre, l’ECM+ et Appassionata s’associent dans le cadre du spectacle L’amour sorcier. Fantaisie orchestrale avec grand écran. Une soirée d’unions. Entre deux ensembles ; entre un classique du XXe siècle et des créations contemporaines d’ici ; entre musique et art visuel.

    Au départ, L’amour sorcier est un spectacle maudit. Prévu le 30 mai dernier, dans le haut-fourneau névralgique de la contestation étudiante, à l’angle des rues Saint-Denis et de Maisonneuve, il a dû être annulé, non en raison du feu printanier, mais des eaux.


    Les pluies torrentielles du soir du 29 mai avaient endommagé le système électrique de la salle Pierre-Mercure, contiguë à l’UQAM. Bien plus qu’une déception, le report de la soirée a frappé l’ECM+ directement au portefeuille. Véronique Lacroix, le confirme au Devoir : « Cela nous a causé d’importants dommages financiers : au moment où j’ai reçu le coup de fil m’avertissant de l’impossibilité de donner le spectacle, nous avions derrière nous trois jours de montage avec techniciens, 30 heures de répétitions avec quarante musiciens, un buffet prêt à huit heures du matin pour le soir, sans compter l’annulation de l’encan-bénéfice. »

     

    Symbiose de deux époques


    L’amour sorcier est un « spectacle à grand déploiement », avec deux orchestres, deux solistes, « mais aussi tout un arsenal vidéo et une conception très poussée ». L’oeuvre éponyme bien connue de Manuel de Falla est découpée en quatre parties correspondant aux quatre airs du personnage principal : « Ces quatre airs créent une courbe dramatique qui part de la nuit, des profondeurs, de la frayeur et de la jalousie, pour arriver au lever du jour, à un envol et à l’amour. Cette courbe est commentée par les compositeurs et les oeuvres insérées dans cette structure. »


    L’alliance de l’ECM+ et d’Appassionata répond à la demande des composteurs d’écrire pour des orchestres dépassant le cadre des ensembles spécialisés de 6 à 15 musiciens. Véronique Lacroix et Daniel Myssyk dirigeront tous deux, alternativement, la musique de Manuel de Falla et les créations.


    Des trois compositions insérées, deux ont été créées pour ce projet, alors que les Neuf proverbes d’Ana Sokolovic existaient déjà. « Cela enrichit l’enluminure de l’oeuvre de Falla, en permettant de créer davantage de contrastes. Il y a des contrastes tant pour les styles musicaux que dans le traitement vidéo. » À ce propos, Véronique Lacroix parle de « scénarisation » de la musique.


    La multidisciplinarité est une posture adoptée par l’ECM+ depuis le début : « C’est une personnalité de notre compagnie, mais je ne suis plus sûre qu’il faille vraiment parler de multidisciplinarité. En fait, c’est de la contextualisation d’oeuvres dans une histoire qu’on raconte. »


    Le grand écran est un outil, découvert dans le spectacle Madame Merveille, qui a convaincu Véronique Lacroix de poursuivre la voie vidéo pour atteindre l’objectif de faire connaître la musique à plus large échelle. Chez Falla, les thèmes visuels, « le rouge, le noir, le tissu ondoyant de la danseuse, le feu, l’oiseau, les paysages désertiques, ont permis de créer une trame visuelle de base ». Ensuite, chaque oeuvre sera déclinée différemment : psychédélique avec la guitare électrique dans l’oeuvre de Staniland, en noir et blanc pour Sokolovic. Avec un souci omniprésent : « équilibrer l’écoute et le regard »,pour éviter que certains auditeurs ne soient gênés par une vidéo trop chargée et invasive.


    Semences et cuisine


    Madame Merveille, spectacle alliant musique et dessins projetés, dans lequel des chanteurs incarnaient les personnages illustrés, est devenu une référence. « Nous devons faire des choix, décider où nous mettons nos sous. Nous voyons là une piste très intéressante et avons une commande en route pour donner une suite à cet élan. »


    L’écran géant transparent (« la transparence est très importante car elle est immersive ») permet, aux yeux de la directrice artistique de l’ECM+, de rejoindre un plus large public : « Regardez L’amour sorcier : n’importe qui peut se présenter à la salle Pierre-Mercure mercredi, même s’il va y avoir des oeuvres musicales audacieuses, car l’élément visuel, repère immédiat pour une grande partie de la population, permettra de mieux saisir l’oeuvre musicale. »


    On ne manquera pas de remarquer que l’accessibilité est soudain devenue - également à la SMCQ - le maître mot ambiant dans l’univers de la création. Ce souci se reflète-t-il dans les oeuvres que des compositeurs proposent à Véronique Lacroix ? « Jamais je n’interfère auprès du compositeur pour qu’il compose autre chose que ce qu’il a pour but de composer », clame-t-elle, notant que, même à ce concert-bénéfice, l’ECM+ « n’enlève pas les oeuvres réputées difficiles, mais soigne l’approche. »


    À propos du choix des oeuvres qu’elle programme, Véronique Lacroix fait remarquer qu’elle est « toujours en repérage, mais de compositeurs davantage que d’oeuvres », mais elle reconnaît que « par rapport à il y a 15 ans, davantage de compositeurs sont à l’aise d’aller vers une esthétique plus accueillante pour un public plus large ».


    « C’est très bien, car cela montre que nous ne sommes plus fermés sur nous-mêmes en ne défendant qu’un seul style. En tant que directrice artistique de l’ECM+, je continue de croire en la richesse de différentes approches. C’est ce qui explique la présence, dans L’amour sorcier, de créations radicalement différentes [Llugdar par opposition à Staniland]. »


    Et, au bout du compte, tout est affaire de cuisine : « Ce qui me fait plaisir,dit Véronique Lacroix, c’est de composer un menu autour de compositeurs qui excellent dans leur propre style. Du contraste naît la richesse, mais la nature de la conjugaison est fondamentale. Souvent je sors de concerts horrifiée par le simple fait que les oeuvres n’ont pas été présentées dans le bon ordre, l’une détruisant l’autre. Faire une programmation est une tâche qui ressemble à celle du chef cuisinier. »

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    Cet article a été modifié après publication

    Daniel Myssyk et Véronique Lacroix dirigeront tous deux, alternativement, la musique de Manuel de Falla. Tim Brady, soliste Julie Boulianne, soliste












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