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Concerts classiques - Imperturbable bâtisseur

10 septembre 2012 | Christophe Huss | Musique
LADIES’MORNING 
Récital Arnaldo Cohen (piano). Bach : Partita n° 1. Brahms : Variations sur un thème de Haendel. Chopin : Les Scherzos. Salle Pollack, 9 septembre.
Arnaldo Cohen s’est présenté à la Salle Pollack comme le convive de pierre qui s’invite à la table de Don Juan ; tel un commandeur de la musique sous les doigts péremptoires duquel tout est ainsi et ne pourrait être autrement. De la statue du commandeur, il a le côté marmoréen inébranlable et l’imperturbable solidité. La musique, il la construit et structure en bâtisseur et architecte. Pas d’atermoiements, pas de grands rubatos, mais des dessins parfaitement imbriqués.

La rigueur du pianiste brésilien se perçoit dès la 1re Partita de Bach. Contrairement à Lang Lang, il y a quelques mois, Cohen ne joue pas de nuances pour iriser la musique. Il ne calque pas davantage son jeu sur une imitation du clavecin ou du pianoforte : il joue du piano, exploitant l’ambitus de l’instrument et sa résonance. Les contrastes de tempos (par exemple entre la Sarabande et les Menuets) sont lissés.
 
Cette approche organique marque également son interprétation des Variations sur un thème de Haendel de Brahms. La respiration avec laquelle les variations s’enchaînent est fondamentale, afin que l’on n’ait jamais l’impression que les transformations du thème sont autant de petites vignettes. L’interprétation repose aussi sur une très forte assise sonore, autre caractéristique de l’art d’Arnaldo Cohen. On en veut pour preuve la richesse phénoménale de la main gauche dans les deux variations finales et l’assise et la dimension quasi symphonique des variations « structurantes », qui cadrent la progression.
 
Dans les Scherzos de Chopin, Cohen remarque que les indications sont toutes presto ou presto con fuoco. C’est cette flamme qu’il met en évidence. Non comme un feu follet, mais avec d’intenses progressions, qui mènent les trois premiers Scherzos à une véritable incandescence finale. Les dualités thématiques (entre passages altiers et moments plus « romantiques ») ne sont pas soulignées, mais aplanies. Cohen « plonge » ainsi littéralement dans les seconds thèmes pour préserver un souffle unitaire à l’ensemble. Les amateurs d’émotions à fleur de peau s’abstiendront.
 
En clin d’œil, il a interprété en bis Apanhei-te, Cavaquinho d’Ernesto Nazareth, grand compositeur brésilien, que Nelson Freire a malencontreusement oublié d’intégrer dans son récent récital Brasileiro (Decca).
 
 
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