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Démesure sur les Plaines avec Madonna

4 septembre 2012 | Isabelle Porter | Musique
Dynamique et très dansant, le numéro en majorettes d’Express Yourself a été de loin le plus réussi de toute la soirée.
Photo : Yan Doublet - Le Devoir Dynamique et très dansant, le numéro en majorettes d’Express Yourself a été de loin le plus réussi de toute la soirée.

Elle était là. Et nous sommes 72 000 et quelques à pouvoir dire qu’on y était aussi. De Girl Gone Wild à Like a Prayer, compte rendu d’une autre soirée démesurée sur les Plaines d’Abraham.


À moins d’être coupé du monde depuis des mois, il était impossible d’ignorer que Madonna débarquait à Québec. Des semaines avant son arrivée, la star était partout : à la une des journaux, dans les haut-parleurs des chaînes stéréophoniques, dans les conversations… Depuis quelques jours, on en avait presque oublié les élections.


Et pour cause, il n’y a pas si longtemps encore, la venue d’une star de sa trempe était évoquée comme un rêve un peu fou. Or, depuis 2008, les Paul McCartney, Metallica, Roger Waters et Madonna se succèdent sur les Plaines. Et ce n’est pas fini, on parle déjà de la venue possible de U2…


Rien à dire de particulier sur la première partie du DJ Paul Oakenfold, qui a débuté vers 20 h 30. Des remix des Stones (I Can’t Get No…), des Eurythmics (Sweet Dreams). Un mélange convenu de boom boom, de rock et de pop juste assez efficace pour occuper la foule sans voler la vedette de vous savez qui.


Comme plusieurs, j’avais hâte de voir ce que ce spectacle aurait de spécial. Madonna allait-elle dire quelques mots en français ? Évoquer ses racines québécoises ? La reine de la provocation allait-elle daigner sortir du programme de chansons de la tournée ? Le site allait-il conquérir une star de plus ?


L’heure de la transgression


Eh oui, le public a eu droit à ses petits moments spéciaux, mais il a fallu attendre. « Come on Quebec City ! », a-t-elle lancé vers le milieu du spectacle. Puis il y a eu ce « Thank you French Canada ! », lancé avant d’entonner une chanson en hommage à sa mère. La Madonne a même brandi un drapeau du Québec qu’un fan avait mis sur scène. Les symboles, la Madone, elle connaît.


Sinon, on s’en est tenu à la mécanique précise du spectacle de tournée, une entreprise ambitieuse, archi-paradoxale, archi-léchée, archi-violente, archi-sexy, archi-chorégraphiée. Bref, archi-Madonna.


Tout en fusils et crucifix, la première partie (transgression) a quand même mis du temps à réveiller le public. Construite à la manière d’un film façon Kill Bill, elle se vivait d’ailleurs davantage comme un film que comme un concert.

 

Dynamique


C’est vraiment la seconde partie du spectacle (prophétie) qui est venue chercher tout le monde. Dynamique et très dansant, le numéro en majorettes d’Express Yourself était de loin le plus réussi de toute la soirée. Et quel beau pied de nez à Lady Gaga que d’y insérer à chaque concert des passages de Born This Way, qui ressemble effectivement beaucoup à Express Yourself ! Quand on sait qu’elle répète la bravade à chaque concert, c’est tout simplement brillant d’arrogance.


Des chansons comme Open Your Heart, Vogue et I’m a Sinner ont suivi, les tubes plus anciens, se glissant heureusement entre les chansons du nouvel album, qui, disons-le, ne passeront pas toutes à l’histoire. Il fallait voir des couples de tous les âges danser sur Like a Prayer à la fin. Un hymne contagieux, un party rassembleur, beaucoup de satisfaction.


Malgré les réussites de cette soirée, on peut se demander si ce genre de spectacle et les Plaines sont des alliés naturels. Il est peut-être plus facile de nous envelopper dans les atmosphères irréelles et cinématographiques de MDNA à l’intérieur, dans un stade ou un amphithéâtre.


Tôt en soirée, les organisateurs ont fait savoir que tous les billets avaient été vendus. Il n’était certes pas très difficile d’en trouver à prix réduit ces derniers jours, mais c’est quand même un pari réussi pour le producteur local QuébéComm.


Pour l’entreprise qui est connue surtout pour son festival d’humour, le concert de Madonna marque une étape dont on n’a pas fini de mesurer l’importance. Soudain, l’espèce de monopole du Festival d’été sur les grands spectacles des Plaines n’est plus… Dans la géopolitique du spectacle à Québec, ce n’est pas rien.

 
 
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